J’ai déjà été apostat (juste une fois au chalet)

« Il n’y a même pas cent personnes dans ce pays qui haïssent l’Église catholique. Mais il y en a des millions qui haïssent ce qu’ils pensent à tort être l’Église catholique » – Fulton Sheen

L’apostasie1 fait de nouveau la manchette au Québec. Fidèle à son cycle d’à peu près trois ans, elle refait surface chaque fois qu’un scandale ou une polémique concernant l’Église catholique vient alimenter la machine médiatique. Ces jours-ci, c’est en raison des pensionnats autochtones

Je pense que c’est on ne peut plus légitime que des personnes veuillent contester leur appartenance à une institution à laquelle ils n’adhèrent pas ou plus. Surtout si, dans le cas catholique, elles ont été baptisées enfants et, devenues adultes, n’assument pas cette foi.

Encore faut-il connaitre réellement ce que l’on refuse.

D’apostat à catholique

Diverses prises de parole dans les médias invitent donc périodiquement les gens à apostasier de l’Église catholique. J’ai d’ailleurs moi-même répondu à l’invitation, à l’aube de mes 18 ans, après que Benoit XVI eut suscité un tollé lors de son voyage en Afrique. 

Je n’avais pas la foi. Je détestais même profondément le christianisme (ou enfin ce que j’en concevais) et j’espérais par tous les moyens pouvoir me « débaptiser ». J’aurais certainement été de ceux qui brulent des églises ces temps-ci. 

J’avais une connaissance de l’Église catholique aussi superficielle que de l’apostasie, mais il n’en fallut pas davantage pour que je pose cet acte d’intégrité ; pas question d’être compté dans les statistiques  !

Six mois plus tard, toujours athée, je commençais à me rendre à la messe chaque dimanche… Vous pouvez deviner la suite (à découvrir ici). 

Redevenir catholique n’a pas été si compliqué : j’ai dû professer ma foi devant des témoins qui en ont attesté au diocèse. C’est tout  ! On est loin de l’époque médiévale où l’apostat qui réintégrait l’Église devait faire un très long et pénible pèlerinage à pied en guise de pénitence…

Martin Luther vs François d’Assise

« Devrais-je partir ou bien rester, devrais-je enfin tout laisser tomber  ? » chante Leloup dans La Chambre. Et pourtant, à lire tous ces titres de journaux sur les abus sexuels et les pensionnats, il y aurait bien matière à y songer.

Or, je ne fais pas partie de l’Église catholique parce que je crois que le pape et les prêtres sont parfaits, parce que sa doctrine est à priori la plus attirante ou que c’est le club social le plus hot en ville (pas difficile de vous convaincre jusqu’à maintenant. Attendez, ça va se corser)…

À vrai dire, je suis le premier scandalisé par les péchés (à commencer par les miens) de mes coreligionnaires. Mais l’Église, ce n’est pas seulement le Vatican et les cardinaux. Ce sont ces sœurs qui se dévouent corps et âme pour les pauvres. C’est cet ancien toxicomane devenu prêtre qui apporte son soutien spirituel aux plus marginaux. C’est cette jeune mère de famille qui a aimé ses enfants jusqu’au don total de sa vie. 

Dans l’histoire de l’Église, deux modèles s’offrent à nous : Martin Luther ou François d’Assise. 

Face à ceux qui se sont écartés du Christ, le premier, moine défroqué, s’est révolté (avec raison) et s’est dissocié en se pensant plus catholique que le pape. Le second a laissé humblement la grâce transformer son cœur pour que celui des autres soit également transformé. Ainsi, il (ré)édifiait les pierres vivantes d’une Église au visage défiguré.

Entre les paroles et les actes

On connait bien cette célèbre devise parentale : « Fais ce que je dis, pas ce que je fais. » Malheureusement, elle s’applique aussi à l’Église catholique. Ce principe n’excuse en rien le contretémoignage de plusieurs, mais il aide au moins à faire la part des choses.

Imaginons un médecin qui tue ses patients au lieu de les guérir. Arrêterions-nous d’avoir confiance en la médecine ? Bien sûr que non. En certains médecins peut-être. Mais les actes mauvais du médecin prouvent, renforcent la nécessité de la véritable médecine. 

Il en est de même avec les chrétiens, leurs incohérences et leur hypocrisie.  

Par exemple, dans le cas de la relation des autochtones et de l’Église, ce n’est pas anodin de savoir que, déjà en 1537, le pape condamnait la conversion forcée de ceux-ci et affirmait leur dignité. 

Que des siècles plus tard, des catholiques canadiens aient pu agir de manière contraire à cet enseignement du pape est à la fois si scandaleux, mais pas si surprenant ; c’est la définition même du péché de faire le mal qu’on connait ou qu’on ne voudrait pas faire.

Je crois en la sainte Église catholique

Aurais-je encore moi-même la foi si mon expérience de l’Église se résumait au pensionnat  ? Je n’en sais rien…

N’empêche que, dans mon intelligence, je suis profondément convaincu que Jésus-Christ a voulu l’Église catholique et qu’il lui a confié une mission (et voilà, c’est ici que je vous perds). 

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux » (Mt 16, 18-19).

Cette parole, Jésus l’a prononcée à Pierre qui l’a renié trois fois. Le même à qui il dit, quelques versets plus loin : « Passe derrière moi Satan ! […] Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ». 

Comme quoi le premier pape peut devenir le premier apostat et le prochain apostat pourrait devenir le prochain pape… 


Notes:

  1. Détrompez-vous, ce n’est pas une nouvelle drogue tendance en provenance de la côte Ouest. Du grec « se tenir loin de », l’apostasie désigne le fait ou l’acte de rejeter officiellement une religion. Est nommé apostat celui qui commet l’acte. Dans l’Église catholique, pour apostasier, on doit faire une démarche administrative auprès de son diocèse pour qu’il nous retire de ses registres. Ce retrait formel et juridique implique qu’on ne peut plus s’y marier, y avoir ses funérailles, etc. Certains aiment parler de « débaptême » (ce qui n’est pas tout à fait exact, mais on comprend l’idée).

James Langlois

James Langlois est diplômé en sciences de l'éducation et a aussi étudié la philosophie et la théologie. Il travaille pour Le Verbe médias à titre de rédacteur en chef adjoint et de coanimateur pour l'émission On n’est pas du monde. Curieux et autodidacte, il est aussi le geek qui aide ses collègues pour les affaires technologiques et audiovisuelles.