Lou-Adriane
Photo : Marion Desjardins

Lou-Adriane Cassidy : comme s’il y avait quelque chose de plus grand

Elle a grandi entourée de musiciens de talent, a été formée en chant jazz avant un passage à La Voix, puis a été choriste pour Hubert Lenoir. Son premier album (C’est la fin du monde à tous les jours [2019]) a reçu une pluie d’éloges. À peine a-t-elle vingt-quatre ans que Lou-Adriane Cassidy semble avoir eu plusieurs vies. Pourtant, tout s’intègre à merveille dans son parcours. Et à l’entendre, on comprend assez vite que la jeune chanteuse basée à Limoilou, en basse-ville de Québec, n’a pas volé l’aura de respectabilité artistique qui contraste avec la verdeur de sa carrière. À quelques semaines de la sortie d’un deuxième album, on a siroté un café avec elle au cœur de son quartier chéri pour jaser de création, d’inspiration et de spiritualité.

Les derniers mois ont mis pas mal tout le monde – spécialement sur la scène culturelle – sur pause. Mais voilà, tout cela semble dégeler un peu. Et toi, presque trois ans après ton premier album, tu nous offres un single intitulé J’espère encore que quelque part l’attente s’arrête, comme pour nous aider à « attendre » ton prochain disque, prévu pour cet automne. J’imagine que ce titre-là fait écho à la pause mondiale dans laquelle nous avons tous été plongés ?

Ça, c’est vraiment drôle. Dernièrement, un de mes amis m’a demandé : « Ça parle-tu de la pandémie, ta toune ? » Ah ! Peut-être !

Initialement, la première phrase de la chanson m’est venue comme ça. J’avais déjà la mélodie en tête. La base de la création, c’est quelque chose qui s’impose à moi. Même si, au début, je ne me suis pas dit : « Je vais écrire sur la pandémie », je pense qu’il peut y avoir un lien.

Tu écris et tu interprètes en français alors que plusieurs artistes d’ici – même francophones – choisissent de chanter en anglais. Pourquoi ?

Ça n’a jamais été une question. J’ai tout le temps écouté de la musique en français. Quand j’étais ado, je tripais sur des Québécois. Puis ma mère [la chanteuse Paule-Andrée Cassidy] écoute beaucoup de chanson française. Alors, c’était ça mon univers : la chanson francophone. C’est comme si je ne me suis pas posé la question. Si j’étais pour écrire un jour, c’était sûr que ce serait en français. J’ai étudié en jazz, et là, évidemment, je chantais du jazz en anglais. Mais sinon, non. Je ne me verrais pas chanter en anglais.

Qu’est-ce que tu écoutes ces temps-ci ?

Ces derniers temps, j’ai eu un immense buzz sur Nart Mitski. C’est une artiste nippo-américaine qui a sorti son album Be the Cowboy en 2018, et c’est certainement l’album que j’ai le plus écouté dans les dernières années. Je me suis vraiment beaucoup inspirée de ça pour le prochain album. Elle fait des mélodies qui vont partout, avec des harmonies déstabilisantes, tout en demeurant super accessible.

Après un premier album acclamé par la critique, les attentes sont quand même élevées envers ton deuxième opus. Quel effet voudrais-tu que cet album-là fasse aux gens qui vont l’écouter ?

J’ai pris plus de risques. Je suis allée plus au bout de mon instinct. Pour les performances vocales, je suis allée plus all-in. Si l’on compare au premier album, c’était vraiment sobre, sobre, sobre. Je chantais pas mal égal tout le temps. Cette fois-ci, c’est en général le contraire. Il y a beaucoup plus de variété dans ma voix, et aussi dans les arrangements. C’est à la fois plus pop et moins lisse. Du moins, j’espère ! J’aimerais que le monde soit surpris.

Quand tu composes, tu te ramasses une guitare, tu grattes un peu, puis tu te mets à écrire ? Comment tu procèdes ?

Non. En fait, c’est paradoxal aussi, parce que, pour cet album-là [à paraitre cet automne], j’ai comme assumé le fait que créer c’est copier, qu’on le veuille ou non. Ça ne sert à rien d’essayer de faire quelque chose d’original. Je me suis même dit : « Je vais faire l’exercice, consciemment, d’essayer de copier certains éléments d’artistes que j’apprécie. »

Comme un peintre s’inspire des grands maitres qui l’ont précédé. Faut juste l’assumer !

Exact ! Par exemple, je vais prendre cette toune-là. Pas la mélodie, bien entendu. Mais comment je pourrais faire pour essayer de reproduire cette ambiance-là ?

Cet article est d’abord paru dans notre magazine de septembre/octobre 2021. Cliquez sur cette bannière pour y accéder en format Web.
Dans un tout autre ordre d’idées, tu savais, en acceptant de venir nous rencontrer, qu’il s’agirait d’une entrevue avec un magazine qui s’intéresse à la spiritualité. Quel est ton vécu en lien avec la foi, avec Dieu ?

C’est vraiment une grosse question !

Je ne suis pas baptisée et j’ai grandi dans une famille pas croyante ni pratiquante. Mais j’étais dans une chorale de mes huit ans à mes dix-sept ans, dans un programme d’art-études, à la Maîtrise des petits chanteurs de Québec. On chantait à la cathédrale toutes les deux semaines. J’ai même servi la messe – je ne suis même pas sure que j’avais le droit ! Ha ! ha ! Pour moi, c’était essentiellement une expérience pour faire de la musique. La chorale, j’adorais ça. C’était tellement fort pour moi que je m’en ennuie encore.

Mais des fois, c’est comme si je regrette d’avoir un peu regardé tout ça de haut et d’avoir un peu jugé quand j’étais là. Je ne me posais pas vraiment ces questions-là. Je regrette d’avoir été aussi proche de ça quand je chantais à la chorale, et de ne pas avoir été plus ouverte. En même temps, j’avais douze ans, je chantais, j’étais bien contente, mais je trouvais ça plate pendant l’homélie… (Rires.)

Je ne pense pas que j’ai la foi. Mais c’est quand même quelque chose qui me questionne. Quand il est question de religion ces temps-ci, on parle beaucoup du négatif. C’est comme si, avec les années, je découvre tout ce qu’il y a de vraiment fort dans la symbolique et dans la richesse de l’histoire. J’ai commencé l’autre jour à lire un peu la Bible. C’est incroyablement riche !

Puis, Jésus…

Justement, c’est qui, Jésus, pour toi ?

Sérieusement, j’aurais peur de manquer de respect en répondant. Je veux dire, je suis pas assez… Par exemple, l’Incarnation du Dieu qui se sacrifie pour les autres, mais qui, en même temps, comprend nos combats, ce qu’est être un humain, et qui vit même de la colère, je trouve ça vraiment fort. Je trouve ça beau.

La spiritualité, je pense que c’est quelque chose de vraiment fondamental. Je dis ça tout en sachant que moi, je n’ai jamais été vraiment croyante ni pratiquante. Mais j’ai un certain respect… et un intérêt récent quand même pour ça.

À Pâques, je regardais je ne sais pas quel film qui passait. Je me disais : « Voyons ! Voyons, Jésus ! » (Rires.) J’étais transpercée. Mais je ne sais pas pourquoi.

Je pense que c’est mon amoureux qui m’a un peu sensibilisée à ça. D’ailleurs, on en a beaucoup discuté dans la dernière année ! Je trouve intéressant que tu me questionnes là-dessus. Mais, pour moi, il s’agit quasiment d’aimer l’idée plus que la pratique.

C’est drôle que tu parles de « l’idée », parce que, pour plusieurs chrétiens, l’expérience du christianisme, oui, c’est beaucoup d’idées, une histoire, une richesse culturelle et symbolique comme tu dis, mais c’est surtout cette histoire-là de l’Incarnation, comme tu l’évoquais plus tôt. Ça prend chair ! Quand tu chantais à l’église, tu chantais avec ton corps. C’était pas une discussion sur des idées.

L’intérêt de la philosophie et de la spiritualité, pour moi, c’est que c’est concret. Il n’y a rien qui s’applique plus que ça dans la vie.

Lou-Adriane
Photo : Marion Desjardins

Que Dieu existe ou qu’il n’existe pas, pour quelqu’un qui y croit et qui passe à travers un deuil, par exemple, Dieu l’aide. Ce n’est pas une question de savoir : « Y est-tu là, y est-tu pas là ? » Ce n’est pas ça la question. Mais si tu as la foi, eh bien oui ! il t’aide.

Ça change ta vie.

Bien oui ! L’« idée » de Dieu, concrètement, va changer la manière dont tu vas passer à travers ça. Alors, si tu le vis, ce n’est pas si intangible que ça.

C’est comme pour la philosophie. Ce sont des trucs qui vont t’aider. Le but, selon moi, c’est de te guider aussi dans tes actions, de t’aider à choisir comment tu vas vivre ta vie. Choisir le « bon chemin ».

Notre génération a fait le pari de tout miser sur l’instant présent, dont le fameux YOLO (« You Only Live Once ») témoigne. Mais si on est enfermé dans le présent, ça peut être tentant de tout larguer quand le moment présent est plus difficile. Pour plusieurs, la foi donne une espérance qui permet de se projeter au-delà du présent.

C’est drôle parce que, même si je n’ai pas la foi, j’ai une sorte d’envie, presque une jalousie, des fois. Tu sais, avoir la foi, ça ne s’invente pas. C’est difficile de dire tout d’un coup : « Eh ! je crois en Dieu. » Je ne peux pas décider. Mais j’imagine que je peux décider d’un peu plus vivre « comme si ». Comme s’il y avait quelque chose de plus grand que toi. Et même l’idée du Bien et du Mal, je ne crois pas que c’est une mauvaise chose. Je ne pense pas que tout est relatif.

Où te vois-tu dans 10 ans ?

Aucune idée. J’espère que je vais faire de la musique et que je vais encore vivre de ça. J’espère que je vais me dire : « Hein ? Il s’est passé tout ça ! » J’espère aussi me surprendre moi-même.

Musicalement aussi ?

Oui ! Musicalement, ce que je désire le plus, c’est de toujours aller plus loin pour essayer de repousser ce que je pense que je suis. Il y a quelques années, j’étais vraiment cantonnée dans une certaine idée de ce que je pouvais faire. Je pensais vraiment que c’était ça mon essence ; je pensais que c’était ça que j’avais à offrir musicalement. Avec le temps, en accompagnant Hubert [Lenoir], j’ai réalisé que c’était beaucoup plus large que ce que je pensais. Et ça me pousse à tester ces limites-là.

Ce doit être stimulant, quand même, de côtoyer des musiciens aussi éclectiques qu’Anatole ou Hubert Lenoir ?

Vraiment ! C’est même précisément pour ça que je fais de la musique : ça m’amène à collaborer, à vivre avec d’autres gens, spécialement en tournée.

C’est cet esprit-là qui est plus fort que tout. Un peu comme la chorale, quand j’avais 12 ans, on était tellement soudés. C’est ça que ça fait, la musique !

Merci, Lou-Adriane !

Merci à toi !


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Antoine Malenfant

Rédacteur en chef pour Le Verbe médias et animateur de l’émission On n’est pas du monde, Antoine Malenfant est diplômé en sociologie et en langues modernes. Il carbure aux rencontres fortuites, aux affrontements idéologiques et aux récits bien ficelés.

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