Oeuvre présentée au Musée d'histoire maritime de Saint-Tropez

Les exvotos de la bonne sainte Anne

Encore une fois cette année, ma chronique du mois de juillet portera sur l’une des saintes les plus populaires du Québec, celle que l’on nomme tout candidement « la bonne » sainte Anne. L’an dernier, je me suis intéressé aux origines de la dévotion envers la grand-maman du Christ. Pour ce second opus, je vous propose d’examiner l’un des éléments les plus caractéristiques du sanctuaire de Beaupré : les exvotos.

Tout d’abord, définissons ce qu’est un exvoto. Le mot provient de l’expression latine exvoto sucepto, qui signifie « selon le vœu fait ». Un exvoto est simplement un objet commémorant un vœu. 

Il existe plusieurs artéfacts qui nous permettent de confirmer que pendant la période antique il était de coutume pour les païens grecs d’offrir des objets à leurs dieux. Ceux-ci représentaient le plus souvent une partie malade du corps humain et étaient consacrés au dieu de la médecine Asclépios dans l’espoir d’obtenir une guérison. Il est même fort probable que les pratiques religieuses liées aux exvotos remonteraient aussi loin qu’à l’époque préhistorique.

Les exvotos pour les saints et le Dieu chrétien

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Exvoto en forme de pied, collection Ricci Busatti. Photo : Wikimedia Commons

Quoi qu’il en soit, la coutume s’est perpétuée après la christianisation du monde hellénistique et s’est répandue dans l’ensemble de la chrétienté. Ainsi, il n’est pas rare de rencontrer des exvotos représentants des pieds, des mains, des yeux ou des corps entiers dans plusieurs églises anciennes. 

Les hordes de béquilles déposées sur les deux piliers à l’avant de la nef du sanctuaire de Beaupré sont les lointains héritiers de cette coutume millénaire. L’objet, l’exvoto, quel qu’il soit, est le témoin visuel d’une puissance invisible qui opère des miracles en ce monde. 

Loin de toujours n’être qu’une représentation naïve d’une partie du corps, certains exvotos sont des ouvrages artistiques forts complexes. C’est le cas de l’exceptionnelle collection d’exvotos peints conservé à Beaupré.

Remercier après


Antoine Plamondon, « Exvoto de Monsieur Juing », 1826, huile sur toile, 270 x 212 cm, Musée Sainte-Anne. Photo : Centre de conservation du Québec.

Il en existe trois grands types. 

Le plus commun est l’exvoto gratulatoire, qui est donné après avoir obtenu une faveur. Il s’agit d’un moyen pour le fidèle de rendre un témoignage public de sa gratitude pour la faveur obtenue. Dans ce cas, nous sommes presque toujours face à un exvoto qui représente un évènement. C’est pour cette raison que l’on donne, par exemple, le fameux exvoto en forme de pied si l’on ne souffre plus du mal dans cette partie du corps. 

Dans un registre plus artistique et propre à la bonne sainte Anne, notons aussi les nombreuses scènes marines peintes par Antoine Plamondon (1804-1895) qui figurent toutes des sauvetages en mer obtenus par l’intercession de la sainte. Les exvotos combinant une représentation d’Anne et de scènes marines étaient fort populaires depuis l’époque de la Nouvelle-France puisque les marchands, les militaires et les colons, arrivaient nécessairement par la mer. Les litanies de sainte Anne l’identifient d’ailleurs poétiquement comme le « port des naufragés ».

Remercier avant

Le second groupe est celui des gens les plus confiants en la divine providence. Il s’agit des exvotos propitiatoires, dans ce cas le fidèle offre l’objet… avant d’être exaucé ! C’est le cas du tableau de 1703 dit « L’exvoto de madame Riverain ». Sans représenter une scène marine, il a été peint comme une demande de protection à sainte Anne, en vue d’une traversée de l’Atlantique ayant pour but d’aller rejoindre son époux retourné en France. 

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Anonyme, « Exvoto de Madame Riverain », 1703, huile sur toile, 45,6 x 52,7 cm. Photo : Jean Gagnon, au Musée national des beaux-arts du Québec / Wikimedia Commons

Donner tout simplement

Finalement, le dernier groupe est celui des exvotos surérogatoires, qui sont offerts par simple acte de dévotion, sans qu’un vœu particulier y soit rattaché. C’est le cas de l’« Exvoto de Mademoiselle de Bécancour ». 

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Jacques Galliot, « Exvoto de mademoiselle de Bécancour », 1675, huile sur toile, 124,6 x 91,2 cm, Musée Sainte-Anne.

Loin de n’être qu’un acte anodin de dévotion, le fait de montrer sa foi publiquement s’inscrit dans les mœurs des 17e et 18e siècles, dont les hautes sphères sociales sont très hiérarchisées… et catholiques ! Le tableau participe ainsi à l’autopromotion du donateur. En somme, offrir un tableau à une église participe à la construction d’une bonne réputation sociale pour le commanditaire. Si vous voulez, c’est un peu l’équivalent d’un milliardaire qui a une fondation caritative de nos jours : il y a certes une intention sincère d’aider son prochain, fort possiblement un fond de charité chrétienne, mais l’effet collatéral est de faire jouir d’une réputation enviable. 

Avec sa douzaine de tableaux exvotos anciens, dont huit sont des scènes marines, la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré possède la plus grande collection du Québec. Malheureusement, depuis la fermeture du Musée de Sainte-Anne en 2017, les tableaux ne sont plus visibles au public. Il s’agit encore une fois d’une triste situation où une politique nationale sur les biens patrimoniaux aurait été fort utile. Ne reste plus qu’à espérer que cet ensemble exceptionnel ne soit pas dispersé aux quatre vents ! 


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Emmanuel Lamontagne

Emmanuel est présentement candidat à la maîtrise en histoire de l'art. Il se spécialise en art et en architecture religieuse.

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