Fière mère au foyer

C’est moi, dont la vie est dépeinte comme le pire cauchemar de toute femme, moi dont les gens pensent à la fois que j’abuse du système et que je me pogne le beigne toute la journée, sans toutefois être capables de s’imaginer mon quotidien. C’est moi qui ne m’habille qu’en mou et qui ne suis, à ce qu’on dit, rien d’autre que la boniche de la maisonnée.

C’est moi qui n’ai aucune valeur aux yeux de la société, parce que je ne rapporte rien dans les coffres des gouvernements. Moi qui n’ai pas compris que d’autres sont payées pour éduquer mes enfants pendant que je pourrais faire autre chose (genre, de l’argent). 

C’est moi, disent encore certains, dont le mari est possiblement si contrôlant qu’il préfère me garder à la maison, quitte à travailler plus pour compenser les dépenses familiales.

C’est moi dont le loisir principal est de courir les circulaires. 

Mais

C’est moi, aussi, dont les sacrifices quotidiens sont récompensés par bien plus qu’une paye à la fin de la semaine. Moi qui en vis aussi des pas faciles. C’est moi qui ai le bonheur de voir mes enfants évoluer, jour après jour. Moi qui ai le temps de les comprendre, de les entendre, de les connaitre, de remarquer le moindre changement dans leur comportement. 

C’est moi qui ne choisis peut-être pas l’entièreté de mes horaires, mais qui choisis le tourbillon qui anime mes journées. C’est moi qui n’ai pas de lunchs à faire ou d’enfants à amener à la garderie. 

C’est moi qui vois mes enfants vieillir et interagir, qui vois leur relation grandir au fil des chicanes et des pardons.

Et même si j’ai l’impression que j’aurais fait une excellente médecin, historienne de l’art, travailleuse sociale, chef ou sociologue, je sais que je suis à ma place. 

Je soigne des bobos à coup de bisous et de câlins, je règle des conflits, nourris toute la place, choisis quel tableau mettre sur quel mur de la maison, et j’apprends sans cesse sur l’être humain et ses comportements. 

Je suis une femme épanouie, bien à sa place. Je suis heureuse, fatiguée et comblée. Je suis souvent dépassée, aussi. Je sais compter jusqu’à dix, à l’endroit et à l’envers. J’écris sans fautes, et j’ai même deux diplômes universitaires. Je n’ai jamais occupé d’autre emploi que des jobines d’étudiants, et je n’ai pas été rémunérée depuis plus de 5 ans.

J’ai choisi d’être à la maison.

Je suis mère au foyer, et j’en suis bien fière.


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Florence Malenfant

Détentrice d'un baccalauréat en histoire de l'art à l'université Laval et d'un certificat en révision linguistique, Florence a une affection particulière pour le bouillon de poulet et un faible pour la littérature russe!

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