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Photo: Luma Pimentel/Unsplash

Accouchement et foi en temps de pandémie

Trois mères et une sagefemme croyantes offrent leur expérience de l’accouchement en ce temps de crise. Quatre récits uniques sur cette joie de donner la vie en toutes circonstances.

L’accueil

Noémie accouche de Théophane le jour du Mercredi des Cendres, avant la mise en place des mesures de confinement. « Ce drôle de carême » qui débute en même temps que son quatrième trimestre s’avère plus aride que prévu. 

« Au début de la crise, je me disais que ça ne changerait rien, car de toute façon, je ne sortais pas. Mon plus grand trajet était entre mon lit et la salle de bains. Quand j’ai réalisé que mes parents, mes beaux-parents et mes amis ne pourraient pas venir nous aider, c’était plus costaud à vivre. » 

« Je n’ai plus besoin de voir de beaux paysages, j’ai le plus beau paysage dans mes bras à longueur de journée. »

Il lui fallait également faire une croix sur la célébration baptismale de Théophane à l’église prévue peu de temps après la naissance. C’est plutôt à la maison que son fils a dû être baptisé, plus précisément ondoyé, suivant la recommandation de leur diocèse. 

Photo de Noémie & Maxime.

« Samedi passé, nous avons baptisé Théophane dans notre salon, avec le parrain sur Skype pour qu’il prie avec nous. On a fait un petit autel. Maxime l’a baptisé et moi je l’ai consacré au Cœur immaculé de Marie. » 

« C’était quand même un moment lumineux, mais il y avait aussi quelque chose d’un peu triste, parce que lors d’un baptême, le bébé est accueilli dans la grande famille de l’église. C’est pourquoi plus tard, à l’église, il y aura un accueil officiel de l’enfant. »

Si depuis, Noémie doit faire les suivis avec sa sagefemme en ligne, trouver des haltes d’allaitement virtuelles, rencontrer ses amis dans des « petits carrés » d’ordinateur, elle sait aussi se réjouir.

« Confinement, pas confinement, il n’y a pas de limites physiques à l’amitié. J’ai assisté à plusieurs messes en allaitant, sans bouger, en étant surtout bien installée. Et je n’ai plus besoin de voir de beaux paysages, j’ai le plus beau paysage dans mes bras à longueur de journée. »

La venue

Rebeca s’apprête à donner naissance à l’hôpital Glen à Montréal quelques jours avant que l’Hôpital général juif interdise la présence de conjoints lors de l’accouchement. Évidemment, pour Rebeca et son mari Louis-Joseph, c’est une source de stress supplémentaire.

« J’ai trouvé ça dur, me dit Rebeca. Je me suis demandé ce que je ferais sans mon mari à l’hôpital. On priait pour que l’accouchement se passe rapidement, car les règles changeaient fréquemment. »

Alors que Rebeca attend un appel le lundi 6 avril à 5 heures du matin pour un déclenchement, elle perd finalement ses eaux la nuit même. Et bonne nouvelle, son mari peut l’accompagner. Sa demande est exaucée.

Pour Louis-Joseph, ce revirement des hôpitaux lui fait comprendre davantage l’importance de sa présence aux côtés de sa femme

« Mon rôle a d’abord été de soutenir psychologiquement et d’encourager. C’est un soutien en fonction de ce dont ma femme avait besoin. Souvent, on a une idée de ce que l’autre veut, mais ce n’est pas ce que l’autre veut vraiment. Je pensais qu’elle aurait aimé se faire faire un massage par exemple, mais là, je ne pouvais pas la toucher. J’essayais donc d’être réconfortant. »

Aux côtés de Louis-Joseph, l’accouchement de Rebeca s’est déroulé dans un calme inhabituel. Pas de présence d’étudiants, moins de va-et-vient d’infirmières, pas de sorties autorisées, même pour aller chercher de l’eau et surtout pas droit aux visiteurs, même si son père et son frère travaillent au sein du même hôpital. 

En onze heures de travail intense, une parole de sainte Faustine lui reste à l’esprit : « Plus tu souffres, plus l’amour est pur. » Même si Rebeca est triste de ne pas présenter sa petite à sa famille, sa souffrance en a valu la peine. Elle tient maintenant chaleureusement Clara-Jeanne dans ses bras.

L’attente

Valérie est mère d’un garçon de 18 mois. Elle en attend un autre pour le mois de mai. Si le confinement ne change pas trop son mode de vie, elle ne voit pas d’un mauvais œil la diminution du nombre de rendez-vous cliniques, étant donné que sa première grossesse avait été trop médicalisée à son gout.

Avant de devenir croyante, Valérie […] considérait le monde comme un lieu hostile à l’éducation d’un enfant. Aujourd’hui, […] elle a une perspective différente sur la situation.

« Cette nouvelle situation nous permet de faire un meilleur tri entre les interventions et les tests vraiment nécessaires versus ce qui était de l’ordre de la prévention et de la gestion algorithmique. Je trouve ça bien qu’on soit dans un rapport plus naturel et vital. Les contacts sont plus rares, mais sont d’autant plus importants quand ils ont lieu. »

Avant de devenir croyante, Valérie ne souhaitait pas devenir mère plus qu’il n’en faut. Elle considérait le monde comme un lieu hostile à l’éducation d’un enfant. Aujourd’hui, en contexte de pandémie et de récession où le mal est pourtant plus palpable, elle a une perspective différente sur la situation d’accouchement en temps de crise.

« J’ai fait la guerre à mes propres crises. J’ai arrêté de projeter le mal à l’extérieur, j’ai trouvé une paix intérieure, évidemment ancrée en Dieu. La paix, c’est une façon de se situer intérieurement dans un contexte, peu importe le contexte. »

« Avant, je n’avais pas la foi, donc pas d’espérance. Maintenant, je ne suis plus limitée à la vie sur terre. La vie est un passage qui nous amène vers la vie éternelle. Le monde terrestre n’est pas absolu. Non pas que je rejette ce monde-ci : il est rempli des signes de la présence de Dieu et de sa bonté. Toutefois, avant, je projetais le mal à l’extérieur de moi et j’y étais enfermée. Résoudre ce problème, c’est ce qui a tout changé. »

L’accompagnement

Tobi-Lynn est sagefemme depuis 1995. Durant ses années de pratique, elle n’a jamais vécu un tel chamboulement. Dans une maison de naissance aux couleurs pastel, l’atmosphère chaleureuse est devenue aseptisée : divans rangés, toiles de plastiques sur les bibliothèques, chaises placées à distance les unes des autres. Pendant l’accouchement, elle doit enfiler une blouse et un masque.

« C’est important de le porter pour protéger la clientèle. Mais quand on ne peut pas montrer l’expression du visage, il y a un impact. On ne porte plus le linge normal, on est dans un uniforme qui peut avoir l’air plus autoritaire. »

« Depuis toujours, le cri de mon cœur, c’est d’assurer un suivi axé sur les besoins de la femme devant moi, de sa famille, de sa façon d’être, de ses valeurs. Je cherche à suivre les directives à la lettre le plus possible tout en respectant mes valeurs de base pour mes clientes et leurs besoins. Ma motivation n’a jamais changé. » 

« Je veux juste pouvoir créer l’espace pour que les femmes soient dans la liberté de se laisser aller pour mettre au monde un enfant dans l’amour et la dignité. Tant et aussi longtemps qu’une femme se sent traitée avec respect, elle va pouvoir bien vivre son accouchement, même si ce n’était pas le plan original qu’elle avait eu. »

Comme pratiquante de la religion orthodoxe, Tobi-Lynn continue à vivre cette vocation avec la foi au cœur. Même si le contexte actuel change certains aspects de sa pratique, les principes qui la guident demeurent. Elle continue de voir la naissance comme un « sacramentel » de l’amour.


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Sarah-Christine travaille comme journaliste indépendante depuis 2013. Aussi cinéaste de la relève, elle signe un premier court-métrage en 2019, Le rang pas drette, distribué par Spira.

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