intériorité
Photo : Kimson Doan / Unsplash

Sortir de la fausse intériorité !

Depuis près d’un an, nous expérimentons une vie intérieure forcée. Si plusieurs ont insisté avec raison sur les bienfaits de redécouvrir l’intériorité, nous ressentons maintenant le besoin de linverse. Aujourd’hui, c’est un véritable appel à retrouver une juste extériorité qui nous est lancé.  

Tout d’abord, nous expérimentons plus que jamais cette vérité qui a traversé les millénaires : nous avons une vie intérieure et extérieure. Il y a d’un côté les actions qui restent en nous-même, qui se font à l’insu des autres : je réfléchis, je me mets en colère, je veux dormir, j’aime, etc. Autant d’aspects qui constituent notre vie intime, intérieure. 

De l’autre côté, il y a les actions qui sont extérieures et nous dépassent : je marche dans la rue, j’achète des roses, je ris avec un ami, je joue de la guitare, etc. Qu’on le veuille ou non, ces éléments de notre vie et bien d’autres ont une dimension extérieure.

Ici, nul besoin d’entrer dans des considérations religieuses ou métaphysiques. Nous sommes devant un fait tout simple : nos vies sont bidimensionnelles. Cette vérité, nous en prenons douloureusement conscience aujourd’hui. 

Séparer en nous l’extérieur de l’intérieur, c’est couper la plante de ses racines.

En effet, ce n’est pas la même chose que de rester chez soi et d’aller au restaurant, de réfléchir seul ou avec des amis, de prier dans sa chambre ou dans une église pleine (ou presque).  

Allons toutefois plus loin. Quand un époux donne des fleurs à son épouse, l’acte extérieur traduit des pensées et des désirs intérieurs, cachés. De même, quand je souris et que je salue mon ami de la main, mes gestes visibles manifestent l’amitié que je porte en moi. Ainsi, ces deux dimensions de nos vies ne sont pas des vases clos, mais elles sont intimement unies. Plus précisément, elles sont reliées dans une double direction.

Primat de l’intérieur sur l’extérieur

Disons-le d’emblée, l’intériorité a le primat sur l’extériorité. Toute notre vie extérieure ne fait sens qu’en s’enracinant dans notre vie intérieure. Séparer en nous l’extérieur de l’intérieur, c’est couper la plante de ses racines.

Ici encore, pas besoin de croyances religieuses pour le voir. Notre expérience quotidienne nous le montre. Si j’aide une personne non pour son bien, mais simplement pour lui montrer ma supériorité, mon geste extérieur perd sa valeur. 

De même, si je dis des compliments alors que je pense l’inverse, on va dire que mes paroles sont vaines et mensongères. Dans de tels cas, on reproche aux gens leur hypocrisie. Ainsi, on reconnait et on affirme que la vie extérieure doit s’accorder et s’enraciner dans la vie intérieure. 

L’extérieur au service de l’intérieur

Ce premier constat pourrait nous conduire vers une fausse avenue. En effet, devrait-on conclure que les actes extérieurs sont sans valeur, qu’ils sont facultatifs ? L’expérience du confinement nous aide à détruire cette illusion et à voir la vraie utilité de la vie extérieure. La vie intérieure débouche naturellement dans la vie extérieure sous peine de s’asphyxier et de devenir stérile. 

Ce qu’on porte intérieurement peut survivre sans pouvoir s’exprimer extérieurement, mais la situation actuelle n’est pas la norme. Ne prenons pas l’exception pour la règle ! En encourageant la séparation entre l’intériorité et l’extériorité, on risquerait de détruire la première. C’est ce que la sagesse populaire nous rappelle en disant : « loin des yeux, loin du cœur. »

Ainsi, l’extérieur doit être au service de l’intérieur, il doit le soutenir. On demeure plus facilement unis aux gens qu’on fréquente régulièrement et on se souvient mieux d’une idée qu’on partage et qu’on écrit. On coupe aussi plus facilement avec le travail et le quotidien lorsqu’on change de lieu et de routine. De même qu’on est gêné dans une activité s’il nous manque des outils ou des aides extérieurs, ainsi l’intériorité est entravée par un manque d’extériorité. 

Retrouver une saine extériorité

En somme, la situation actuelle nous invite à redécouvrir l’importance d’une juste extériorité et donc d’une vraie intériorité. La diminution de la vie extérieure nous aide à mieux voir son importance et nous incite à chercher les moyens de la cultiver.

Nos vies sont bidimensionnelles et si l’on veut amputer une de ses dimensions, on affecte nécessairement l’autre. Refusons de séparer injustement l’intérieur et l’extérieur, mais tâchons de les ordonner. Ne cherchons pas une pure intériorité ou une pure extériorité, mais visons plutôt à épanouir notre vie intérieure dans une juste vie extérieure.  


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Jean-Philippe Murray

Jean-Philippe a étudié la philosophie à l’Université Laval. Il est ensuite entré au séminaire où il chemine présentement pour devenir prêtre. Il ne cesse pas d’être attiré par la Vérité qu’il cherche avec passion et embrasse partout où il peut la trouver.

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