Willaime
Image tirée de YouTube / Société protestante de France

J.-P. Willaime: Libre parce que chrétien

Alors que le manque de liberté d’expression apparait de plus en plus nettement dans le monde universitaire, Jean-Paul Willaime refuse tout endoctrinement et toute idéologie. Ses entretiens avec E.-Martin Meunier dans La guerre des dieux n’aura pas lieu (2019) nous font découvrir « l’itinéraire d’un sociologue des religions » aussi libre qu’éclairant pour tous ceux qui cherchent à porter une parole chrétienne crédible pour notre temps.

Tout au long des pages de ce livre remarquable, on assiste à l’évolution d’une pensée sociologique fidèle aux principes qui l’ont fait naitre. 

Encore étudiant, Jean-Paul Willaime était conscient du sectarisme philosophique dans lequel s’étaient emprisonnés les différents clans matérialistes. Ainsi, il écrit : « Mon prof de philo était un hégélien marxisant… Tout de suite, j’étais en “réaction critique” face à ce prof » (p.48). 

Plus tard, devant les prétentions dogmatiques du « romantisme révolutionnaire » (p.64), il gardera un regard « sceptique » (p.65) qui l’empêchera de tomber dans ce que beaucoup considèrent aujourd’hui comme étant un « engouement aveugle » (p.64). 

La véritable liberté du sociologue

Contrairement à beaucoup de ces pairs, il refuse de mettre entre parenthèses la rigueur scientifique pour « servir telle ou telle cause » (p.141). Il dit : « J’ai horreur des sociologues qui “bénissent” le changement social » (p.182). 

Pour lui, la sociologie demeure avant tout une science de la description, non de la morale. 

Il refuse de mettre entre parenthèses la rigueur scientifique.

Une méthode d’analyse du réel qui nous permet de constater le plus objectivement ce qui est non ce qui doit être. En effet, écrit-il : « Il est essentiel de ne pas confondre l’être et le devoir être… [sinon,] on peut aboutir à des constats et diagnostics désagréables » (p.183). 

Le scientifique digne de ce nom est donc celui qui sait mettre de côté ses préférences personnelles pour laisser parler le réel. En ce sens, l’éthique sociologique devrait faire son leitmotiv de la célèbre phrase de Charles Peguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit » (Notre jeunesse, 1910).

Alors que nos universités semblent revenir en arrière, en ce temps où on risquait d’être ostracisé du simple fait de s’écarter de la pensée dominante, Jean-Paul Willaime témoigne de la liberté immanente à la démarche scientifique et dont tout jeune aspirant au monde des idées devrait se soucier.

Or, chez Jean-Paul Willaime, cette véritable liberté du sociologue s’enracine dans quelque chose de plus intime : sa foi chrétienne.

Libre parce que chrétien

Inscrivant sa foi dans la tradition protestante, Jean-Paul Willaime a toujours gardé un intérêt plus que prononcé pour le phénomène religieux, jusqu’à en faire sa spécialité. 

Alors que le scientisme aussi ambiant que désuet voit un antagonisme radical entre la posture scientifique et la croyance, Willaime estime qu’elle en est une condition sine qua non

Il écrit en effet : « Théodore de Bèze, le successeur de Calvin à Genève, a admis la légitimité de la résistance au magistrat, si le pouvoir devient tyrannique […]. Je m’inspirais de cette posture dans tous ces dossiers où j’étais impliqué […]. Une absolutisation du questionnement critique » (p.71). Pour lui, la critique de la critique trouve sa source dans la relativité radicale des choses humaines de laquelle découle une liberté d’analyse peu répandue dans les milieux officiels de la sociologie.

De par sa foi chrétienne, Willaime est donc devenu un « désenchanteur des désenchanteurs » (p.70). Il est capable d’assumer pleinement, comme Théodore de Bèze, « l’aspect iconoclaste par rapport à tous les pouvoirs et tous les « prêts-à-penser » (p.132). 

Sans faire abstraction des apports positifs des différentes modes en sociologie, il ne fit jamais de lui-même une fashion victim. Par exemple, il refusa l’imposition extrêmement réductrice de la grille d’analyse « bourdivenne » (p.142) à la sociologie des religions. Ce qui, dans certains milieux, relevait pratiquement de la logique blasphématoire.

Jean-Paul Willaime est devenu un « désenchanteur des désenchanteurs. »

Un double témoin

La guerre des dieux n’aura pas lieu trace le parcours d’un homme animé d’une double fidélité. Fidélité à la démarche et à la rigueur scientifique, véritable rempart contre les récupérations politiques. Fidélité à la foi chrétienne qui l’anime depuis toujours et sans laquelle il n’aurait pu réfléchir en dehors des schémas de la « bien-pensance ». 

La vie de Jean-Paul Willaime a été dédiée à la véritable connaissance. Alors que le manque de liberté du monde universitaire se pose avec de plus en plus d’acuité, son parcours intellectuel saura inspirer tous ceux qui aussi soif de vérité que de liberté.

La guerre des dieux n’aura pas lieu est paru aux éditions Labor et Fides. 


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Francis Denis a étudié la philosophie et la théologie à l’Université Laval et à l'Université pontificale de la Sainte Croix à Rome. Il est journaliste et producteur à Sel et Lumière média pour le bureau de Montréal.

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