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La valse de la Saint-Valentin

Saint-Valentin
Gustav Klimt - Le Baiser / Wikimedia Commons

Nouvelles dates, nouveaux chums, nouvelles blondes, nouvelles amours, nouveaux coup-de-foudre… La Saint-Valentin, avec ses représentations commerciales et même artistiques, nous vend un monde facile et magique. La seule chose qu’elle ne propose pas vraiment, c’est un amour durable. Notion aujourd’hui périmée, il s’agit de la clé pour vivre pleinement une relation.

La Saint-Valentin est à nos portes. 

Qu’y a-t-il dans cette fête contemporaine pour ceux qui, comme moi, se sont promis fidélité jusqu’à la mort ? 

On pourrait penser que nous n’avons plus rien à attendre de cupidon. On pourrait penser qu’une fois les premiers émois amoureux passés, notre couple doit se résigner à la monotonie. 

Rester en couple signifie-t-il que je ne peux pas me choisir moi aussi ? Est-ce à dire que je n’ai pas droit au bonheur ? Ou encore que, comme on l’entend souvent, je ne peux pas choisir l’amour lorsque j’ai choisi de m’unir pour toujours ?

La logique amoureuse contemporaine

Ce discours dans lequel on baigne laisse croire que le soi, le bonheur et l’amour sont non seulement primordiaux dans l’existence de l’être humain, mais qu’ils sont également difficilement accessibles (voire introuvables) au sein de la relation à long terme.

Dans cette logique, l’amour est quelque chose qui vient combler le soi rapidement et sans effort. De ce fait, on a tendance à penser que le je, avec son profond désir d’être aimé, peut difficilement être rassasié par l’amour de toute une vie.

Ce discours dans lequel on baigne laisse croire que le soi, le bonheur et l’amour sont […] difficilement accessibles au sein de la relation à long terme.

Pour le pire…

Je le concède, c’est dans le long terme que « pour le pire » prend toute sa signification. 

Les défauts de l’autre nous apparaissent et la relation nous semble alourdie. Les problèmes de la vie nous frappent et l’idée de faire cavalier seul parait alléchante. L’autre nous blesse et nous sommes tentés d’aller voir ailleurs.

En regard de ces difficultés, le couple uni-pour-la-vie est-il contraint à renoncer à soi, au bonheur et à l’amour ? Ou encore, est-il condamné à un triste statu quo : « puisqu’il nous faut rester ensemble, essayons que ce soit le moins pénible possible » ? 

Et si, malgré les défauts, les difficultés et les blessures, nous poursuivions la relation et nous nous engagions à nous aimer plus ? 

L’amour centré sur l’autre

Et si, dans mon désir d’être aimé inconditionnellement, je décidais, moi, d’aimer inconditionnellement ? Si je cessais de penser en termes de je et que je pensais plutôt à l’autre, je construirais dès lors une relation qui s’approcherait davantage de cet idéal. Je toucherais déjà d’un peu plus près ce que je recherche et désire profondément. Je toucherais à cet amour indéfectible que je ne trouverai jamais dans des relations sans promesses et sans lendemain.

Et si, me défaisant de l’idée d’amour véhiculée en cette Saint-Valentin — avec ses mille et une versions du coup de foudre —, je touchais quelque chose de plus vrai ?

D’où sortons-nous l’idée que tout devrait être facile ?

La pensée magique selon laquelle une bonne relation devrait aller de soi si je suis avec la bonne personne est sortie des contes de fées !

Honorer un engagement à long terme demande abnégation, persévérance et travail. Cependant, comme toute chose, la relation à laquelle on a mis temps et énergie et que l’on a acquise à grand prix recèle une bien plus grande valeur que toute autre.

La beauté de la chose

Et si, en effet, la vie d’un couple qui se promet « fidélité pour la vie » devenait une grande aventure, excitante et remplie de découvertes? Où l’amour devrait se renouveler constamment ? Où la confiance des bras de l’autre ouvrait sur un amour plus grand, plus complice, plus… satisfaisant ?

La pensée magique selon laquelle une bonne relation devrait aller de soi si je suis avec la bonne personne est sortie des contes de fées !

Deux psychologues, Hendrix et LaKelly Hunt encouragent d’ailleurs les couples à demeurer ensemble jusqu’à ce que « la mort les sépare ». Selon leur expertise, c’est la seule expérience capable à la fois de guérir leurs blessures relationnelles et de réaliser leur idéal amoureux (ni plus ni moins !). 

Rêver d’un amour engagé

Peut-être que je fais erreur en émettant l’idée qu’on nous obnubile avec le « choc amoureux » et les débuts romantiques. Il y a peut-être plus de représentations mettant de l’avant la beauté de la relation amoureuse durable centrée sur l’autre que je ne le prétends. 

Afin de nous en convaincre et, surtout, de nous en inspirer, ne pourrions-nous pas dresser une liste de ces œuvres artistiques ? 

Il me vient à l’esprit le long métrage Les Ombres du cœur qui retrace la relation amoureuse de C.S. Lewis avec Joy Gresham : un amour d’abord désintéressé qui surprend les protagonistes eux-mêmes, les liant profondément jusqu’à la mort

J’ajouterais les beaux poèmes d’amour d’Alain Grandbois, qui font l’apologie d’une relation qui traverse le temps, malgré l’imperfection humaine : 

Pour toi cette nuit.
La longue route derrière nous
Ce chemin découvert
Ouvert devant nos bras fatigués
 
Il n’importe pas que les feuilles fraiches du printemps
Que les fruits murissants de l’été
Que les récoltes de l’automne
Il n’importe pas que tout ceci soit aussi perdu
Que le noyé en haute mer
 
Mais il importe que notre hiver
Soit rempli de silence et de tendresse
Il importe surtout que nous allions vers le destin fatal
Avec la grâce et le sourire derniers. 

Et si on se nourrissait un peu de cet amour-là, un peu fou il est vrai, mais porteur d’une grande plénitude ? 


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Émilie Théorêt

Émilie Théorêt détient un doctorat en études littéraires. En historienne de la littérature, elle aime interroger les choix qui ont façonné et qui façonnent encore la société québécoise.

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