Ariane Beauféray

À Noël, c’est tout ou rien pour les cadeaux

Votre belle-sœur vous en a peut-être glissé un mot. Ou alors c’est une image que vous avez aperçue sur les réseaux sociaux. Cette année, vivons Noël comme il faut : pas trop de cadeaux ! Et si parfois, sous un joli couvert d’écologisme spontané, se cachait une pointe d’avarice?

Pour les enfants : un jouet, un livre, un vêtement, et ce sera tout.

Côté emballage, ce sera des sacs réutilisables, cousus à la main ou en papier brun. On ne va quand même pas polluer la planète le jour de Noël, n’est-ce pas ?

Et puis, pourquoi offrir un cadeau matériel ? Une sortie en famille, ça, c’est un bon cadeau qui ne nécessite aucun matériau bricolé on ne sait où.

Et puis, soyons fous : pourquoi ne pas tester un Noël sans cadeaux ? Ce serait tellement plus écolo. Et cela permettrait tellement plus aux enfants de se recentrer sur l’essentiel (la venue de Jésus et non pas celle du père Noël, pour ceux qui dorment au fond).

Vous ne vous retrouvez pas dans ce discours ? Moi non plus.

« Moi, quand j’étais gamin, je recevais une orange à Noël, et puis c’est tout ! » D’accord, grand-papa. Veux-tu une autre part de buche glacée ?

Chez nous, il n’est pas rare de voir 80 cadeaux sous le sapin. Débauche occidentale, consumérisme tapageur, folie du temps des fêtes ?

À Noël, chez nous, il n’est pas rare de voir 80 cadeaux sous le sapin. Il faut dire qu’on commence à être nombreux, et qu’on s’offre tous quelque chose. Débauche occidentale, consumérisme tapageur, folie du temps des fêtes ? Dans tous les cas, Greta va faire une syncope.

Le sens du cadeau

Mais au fait : faire un cadeau, qu’est-ce que cela veut dire ?

J’aime bien la réponse de Gary Chapman, conseiller conjugal et auteur du bestseller Les langages de l’amour : « Il faut penser à la personne en question pour lui offrir un présent. Le cadeau n’en est que le symbole. Sa valeur marchande n’a aucune espèce d’importance. Ce qui compte, c’est qu’on ait pensé à vous. Plus que la pensée venue à l’esprit, c’est la pensée exprimée par le geste qui est l’expression de l’amour. »

C’est cela un cadeau : un symbole visible de l’amour. On s’en offre en toutes occasions, car il n’y a pas de mauvais moment pour signifier son amour.

Lors d’un mariage, les époux s’échangent un symbole visible qu’ils garderont toute leur vie : une alliance. Ils disent alors : « reçois cette alliance, signe de mon amour et de ma fidélité. »

Dieu aussi nous a offert une alliance : il s’est lui-même offert en cadeau. Pas un cadeau en pensée, pas un cadeau en prière, pas un cadeau sous la forme d’un simple instant de joie partagée, d’une brise légère, d’un frisson dans le cœur, mais un cadeau entièrement, complètement et totalement tangible : il a pris chair.

Il s’est fait l’un de nous, et il s’est donné : il a offert son corps et son âme et il est ressuscité d’entre les morts pour notre salut.

Et chaque jour, il s’offre encore. Sous la forme du pain et du vin, qui supportent chacun de façon mystérieuse l’entièreté de Dieu. Simplement pour s’unir à nos corps et à nos âmes. Un cadeau qui dépasse largement la notion de symbole visible de l’amour ; c’est l’Amour même qui se donne !

Et on voudrait cesser de faire des cadeaux ! Par souci de sobriété, pour limiter la surconsommation, pour se recentrer sur l’essentiel ! Mais si l’essentiel est un cadeau, comment peut-on le comprendre si soi-même on n’offre rien ?

Aimer, c’est tout donner

Je ne dis pas qu’il n’y a pas un excès d’achat en Occident autour de la fête de Noël ; on donne tout un tas de choses à nos amis et à nos enfants qui sont complètement vides de sens. On achète au hasard, on emballe avec paresse et on donne sans conviction.

Ce n’est pas cela, un cadeau. Dieu s’est-il incarné dans un endroit au hasard, à un moment qui ne convenait qu’à lui, dans un écrin choisi à la va-vite ? Tout avait un sens, tout était prévu, tout était parfait. Tout était amour.

Ne visons pas la perfection dans nos cadeaux (on devine parfois si mal ce qui saura parler au cœur de l’autre !), mais ne tombons pas non plus dans l’avarice sous couvert de minimalisme.

C’est Noël : soyons altruistes et responsables, gardons tout (et notre cœur avec) pour nous. Non ! C’est Noël : donnons !

Qu’il s’agisse d’une fleur, d’un verset joliment écrit sur une carte, d’un parfum de chocolat qui vous a fait penser à l’être cher, peu importe !

Donnez avec votre cœur. Donnez tout ! Tout votre amour dans un cadeau. Qu’il s’agisse d’une fleur, d’un verset joliment écrit sur une carte, d’un parfum de chocolat qui vous a fait penser à l’être cher, peu importe ! Pensez à ceux que vous aimez, priez pour eux, flânez dehors ou dans une boutique, et alors une idée de cadeau viendra d’elle-même. Le cadeau nait d’abord dans votre pensée, avant de devenir un geste qui crée le symbole.

Et n’attendez pas Noël prochain avant de réitérer l’expérience ; c’est difficile de comprendre une langue étrangère quand on ne la pratique qu’une ou deux fois par an.

Plus on donne avec joie, plus on s’approche d’un mystère : l’incarnation de l’Amour. Cela ne vaut-il pas la peine d’essayer de parler ce langage avec fluidité ?


Ariane Beauféray

Ariane Beauféray est doctorante en aménagement du territoire et développement régional. Elle s’intéresse à l’écologie intégrale et met au point de nouveaux outils pour aider la prise de décision dans ce domaine. Collaboratrice de la première heure, elle est désormais membre permanente de l’équipe de journalistes du Verbe médias.