abandon
Photo : Mateus Campos Felipe / Unsplash, détail

L’abandon est-il irresponsable ?

Un texte de Jean-Philippe Murray

Mon Dieu,
Donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer,
Le courage de changer les choses que je peux,
Et la sagesse d’en connaitre la différence.

La pandémie actuelle jette un grand nombre d’incertitudes sur nos projets. Emploi, famille, amitiés, toute notre vie semble en ballotement. Souvent galvaudée ou servie à une sauce mièvre, la prière de sérénité (fréquemment attribuée aux Alcooliques anonymes) contient une attitude fondamentale pour vivre ce contexte : l’abandon.

Il n’est pas rare d’entendre qu’il faut s’abandonner, que ce soit à la vie, à la nature, au cosmos, etc. Sous ses différentes formes, cette idée s’enracine dans une croyance très ancienne qu’on trouve déjà dans la Bible : l’abandon à la Providence divine. Attitude naïve et infantile ou astucieuse quête de sérénité ? 

L’abandon n’est pas irrationnel

Tout d’abord, est-ce vraiment rationnel de s’abandonner ? N’est-il pas mieux de chercher à tout maitriser ? C’est en effet la première question à se poser, car il serait fou de s’abandonner à n’importe quoi ou à n’importe qui ! Un bon parent n’abandonne pas son enfant au premier inconnu croisé dans la rue. On n’abandonne pas non plus ses affaires les plus précieuses n’importe où. 

Donc, pourquoi serait-il légitime de s’abandonner à Dieu, à sa Providence ? N’est-ce pas naïf ou crédule ? En fait, quand on y réfléchit un peu, c’est non seulement raisonnable, mais c’est aussi la meilleure voie qui s’offre à nous. 

Premièrement, cet abandon à Dieu n’est pas un saut dans le vide, mais un choix rationnel. En effet, si on lève les yeux de nos écrans — ou si on regarde une série comme Planet Earth — et qu’on va un peu dans la nature, on voit que c’est plutôt l’ordre qui y règne, que les êtres vivants ont ce qu’il faut sans même qu’ils aient à y réfléchir. 

Qu’est-ce que s’abandonner à Dieu veut dire concrètement ?

Le nourrisson a besoin de lait ou de protection ? Sa mère est là ! L’arbre a besoin de lumière et de nutriments ? Le soleil, l’eau et la terre sont là ! L’aigle a besoin d’une bonne vue ? Il a des yeux excellents ! Pas besoin de faire un doctorat en biologie pour comprendre que la nature nous donne ce dont nous avons besoin.

Quand on s’y arrête, on réalise que la nature est comme un grand panneau de signalisation qui nous crie : « Le monde est ordonné, il est bien fait ! Fais comme nous, fais confiance à son auteur ! » 

Rationnel, mais aussi bon

S’abandonner à Dieu ce n’est pas seulement raisonnable, mais c’est en plus ce qu’il y a de meilleur pour nous.

C’est ce qui apparait lorsqu’on regarde les saints et plus largement tous ceux qui ont pleinement vécu et qui vivent encore cet abandon à la Providence. Même au sein des pires adversités, ces derniers ont une joie rayonnante, une paix immense. Ils vivent avec cette certitude que Dieu les conduit, qu’il les aime et les attire vers une joie sans mesure. 

On peut comparer une personne qui s’abandonne à la Providence divine à quelqu’un qui, marchant dans la rue, entend une musique festive jaillir d’une maison. Il hume des odeurs délectables qui s’en dégagent et voit à l’entrée un panneau invitant les passants à se joindre à la fête. Certes, il ne voit pas la fête, il ne voit pas le maitre de maison et ses invités, mais tout autour lui indique qu’il est bon et raisonnable d’avoir confiance et d’y aller.

Entre agitation et inaction

Ceci étant dit, qu’est-ce que s’abandonner à Dieu veut dire concrètement ? S’agit-il d’être insouciant en abandonnant tout ? Ici encore, partons de réalités qu’on connait mieux.

Qu’est-ce que le courage ? C’est de ne pas avoir peur, mais aussi d’éviter d’être casse-cou, d’être téméraire. 

Qu’est-ce que faire des choix prudents ? C’est d’éviter les choix irréfléchis, mais aussi les délibérations qui n’en finissent plus. 

Qu’est-ce qu’un bon repas ? C’est éviter de mettre trop de sel ou d’en mettre trop peu.

Bref, si on examine notre vie, on voit que nos actions réussies et nos bonnes dispositions intérieures (les vertus) sont toujours un ajustement très fin entre deux écueils ou travers opposés.

Pour s’abandonner à Dieu, on doit donc éviter deux fausses routes : l’agitation et l’inquiétude nocive. Pour cela, il est bon de se rappeler que nous ne sommes pas l’unique acteur de notre vie. Celui qui donne aux abeilles des fleurs à butiner veille aussi sur nous !

Il est aussi nécessaire de fuir l’inaction, la passivité absolue. La Providence ne nous dispense pas d’agir et de chercher à faire le bien : ce n’est pas parce qu’un patient fait confiance à son médecin et s’abandonne à son aide qu’il est dispensé de prendre ses traitements, même s’ils sont durs !

En somme, pour s’abandonner à la Providence, il y a deux ingrédients à ne jamais séparer : chercher le bien et avoir confiance en Dieu. C’est une recette simple, délicieuse et elle ne coute rien ! 


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6 Comments

  1. Bonjour M.Murray,

    J’aurais aimé voir votre définition d’«abandonner» au début du texte, après les premiers paragraphes ce n’était pas clair pour moi ce que le mot voulait dire dans le contexte. La dernière phrase m’indique un peu plus ce que vous voulez dire. «Chercher le bien et avoir confiance à Dieu» semble être ce que vous voulez véhiculer par « l’abandon à la Providence divine ».

    Dans les premiers paragraphes, vous mettez en opposition l’abandon à « chercher à tout maîtriser ». Je comprends donc que cet abandon correspond à un certain laissez-faire (sans sombrer dans l’inaction) en laissant le destin (ici, la Providence) s’occuper de tout dans sa vie. Voyons voir pourquoi je ne suis pas d’accord quand vous dites que c’est « la meilleure voie qui s’offre à nous ».

    S’abandonner à Dieu (ou tout autre divinité/force surnaturelle) ne m’apparait pas rationel. Selon moi c’est plutôt un acte de foi. Un peu comme dans votre métaphore de la fête invisible à laquelle une personne est invitée à se joindre à des convives invisibles. Tant mieux si l’individu est comblé par la musique et les odeurs de la fête mais entrer dans la maison pour fêter n’est pas une approche rationnelle. Confirmer l’existence de la fête avec ses sens et prouver celle-ci avec une méthode plus fiable que la foi avant de se joindre aux festivités fait preuve de beaucoup plus de raison.

    Je vais être honnête, vos propos sur la nature et ce qu’elle nous donne selon nos besoins m’ont fait sursauter. « L’aigle a besoin d’une bonne vue ? Il a des yeux excellents! ». La sélection naturelle explique bien le fait que la vision de l’aigle est bonne: les yeux de cette espèce se sont adaptés à son environnement. Si c’est ce que vous voulez dire en insinuant que la nature à donné des bons yeux aux aigles, nous sommes sur la même longueur d’onde. Si par contre vous dites qu’un créateur a créé les aigles en leur donnant une bonne vision parce qu’ils en ont besoin pour chasser, le doctorat en biologie ne ferait certainement pas de mal!

    Vous dites ensuite qu’un abandon à Dieu c’est « ce qu’il y a de meilleur pour nous ». Ici, je suis en désaccord avec seulement un mot, le ‘nous’. Je ne vais pas argumenter que c’est la meilleure approche pour vous, si ça vous apporte paix et bonheur, c’est tant mieux. Par contre, chaque personne est différente et, donc, de dire que l’abandon à Dieu est la meilleure approche pour tous me semble être erroné.

    En somme, l’abandon à votre Dieu ne me semble pas être rationnel mais plutôt un acte de foi. Par contre, s’il vous fait du bien de vous abandonner ainsi, allez-y!

    • Merci pour votre commentaire et vos réflexions! Vous soulevez des points intéressants que je partageais moi-même quand j’étais athée/agnostique. Toutefois, ce que j’ai pu étudier dans les dernières années m’a amené à changer d’avis à ce sujet (est-il rationnel de croire que Dieu existe et de s’y abandonner?).

      Vous avez bien raison lorsque vous dites que la dernière résume ce que j’entends par « l’abandon à Dieu »: chercher à faire le bien et faire confiance à Dieu. Toutefois, cet abandon ne doit pas conduire à un laissez faire, sans quoi on tombe dans un des extrêmes (l’inaction). Ce qui est souvent difficile à comprendre, c’est que l’action humaine et divine ne s’opposent pas et ne se substituent pas. Dieu n’entend pas agir à notre place et il m’apparait néfaste de se prendre pour Dieu en agissant sans lui. Le juste abandon à la Providence consiste plutôt à tout faire ce qui est en notre pouvoir, à chercher le bien de toutes ses forces, et en même temps agir avec la certitude que nous ne sommes pas seuls, mais que Dieu nous guide, qu’il nous soutient. Ce n’est pas ou bien nos actions ou bien celles de Dieu, mais plutôt nos actions et celles de Dieu.

      Ensuite, vous pointiez que l’abandon à Dieu n’est pas rationnel, qu’il est un acte de foi, et qu’il n’est donc pas la meilleure chose pour «nous», pour tous les hommes. Je suis d’accord que si l’on ne pense pas que Dieu existe, cet abandon est déraisonnable, car on ne s’abandonne pas à une personne qui n’existe pas. Ce serait irresponsable! Et j’irais même plus loin que vous: si l’on pense que Dieu n’existe pas, il faut être convaincu qu’il est mauvais, non seulement pour soi, mais pour tout le monde, de s’y abandonner. Si Dieu n’existe pas ou s’il n’y a pas de moyens rationnels pour savoir qu’il existe, alors il est déraisonnable de s’y abandonner, peu importe ce qu’on en pense. De même, si on ne peut pas savoir s’il y a un sol devant nous ou un précipice, il serait déraisonnable pour tout le monde d’y avancer, et ce, peu importe ce qu’on peut s’imaginer.

      Là où je diverge avec votre analyse, c’est que je pense qu’il y a bien des raisons de croire que Dieu existe et que l’acte de foi en lui n’est donc pas irrationnel. D’ailleurs, ce qui m’a marqué quand je me suis converti, c’est de découvrir que c’est l’enseignement classique de l’Église: la foi n’est pas la crédulité, elle ne consiste pas à croire sans raisons des choses invisibles. La foi consiste plutôt à croire quelque chose qu’on ne voit pas parce qu’il y a des raisons de croire, parce qu’une personne crédible, digne de confiance, nous le dit. C’est d’ailleurs ce qu’on vit tous les jours, car pour la majorité de ce qu’on connait, nous n’en avons pas l’évidence, nous ne le voyons pas, mais nous nous appuyons sur le témoignage d’autrui. On peut ensuite ne pas être d’accord que telle foi précise n’est pas rationnelle (moi-même je pense que plusieurs croyances ne sont pas rationnelles!), mais il m’apparait faux de dire que toute foi est nécessairement irrationnelle.

      C’est justement la rationalité de la foi en Dieu que j’ai voulu imager par l’exemple de la fête (désolé si mon analogie n’a pas fonctionné). Même si on ne voit pas la fête qui se passe dans la maison, il y a plusieurs signes qui nous permettent de savoir qu’il y a bien une fête qui a lieu. Ces signes nous donnent des raisons de croire qu’il y a une fête et que nous sommes bien invités. En effet, la présence de la musique, l’odeur la nourriture, les paroles qu’on entend, les gens qui entrent et qui sortent, le panneau d’invitation à l,’entrée, la beauté de la maison, etc. sont autant de signes rationnels qui nous indiquent qu’il y a une fête et que nous y sommes invités. De même que la présence de traces de pas dans la neige nous indiquent que quelqu’un est passé, de même tout ce qu’on entend et voit autour de la maison nous indique qu’il y a une fête à l’intérieur.

      Si on en vient maintenant aux raisons de croire en Dieu, c’est un vaste sujet et je n’avais pas la prétention de tout dire dans un article de moins de 800 mots! J’ai surtout cherché à montrer que l’ordre présent dans la nature est le signe ou l’effet d’une intelligence qui l’a ordonnée. J’ai renvoyé entre autres à un autre article du Verbe qui développe un peu plus cette ligne argumentative: https://le-verbe.com/idees/existencededieu/. Les quelques exemples ne servaient qu’à illustrer cet ordre que que tout le monde observe et pas seulement les spécialistes (c’est en ce sens que j’ai dit qu’un doctorat en biologie n’était pas nécessaire).

      Maintenant, quand on en arrive à l’explication de cet ordre, je ne nie pas qu’il y ait plusieurs mécanismes en jeu (mutations génétiques, l’hérédité, dérives génétiques aléatoires, etc.). Toutefois, les différents mécanismes (entre autres la sélection naturelle) n’expliquent pas entièrement l’ordre présent dans la nature, mais la supposent. Pour que la sélection naturelle (ou un quelconque autre mécanisme utilisant le hasard fonctionne), il faut qu’il y ait un ordre préexistant dans lequel le hasard s’insère. Par exemple, il ne pourrait pas y avoir de sélection naturelle s’il n’y avait pas des êtres vivants avec un système reproducteur, une hérédité et une fin vers laquelle ils tendent (la survie). Autrement dit, on n’explique pas complètement l’ordre présent à tous les niveaux dans la nature (ordre que la science suppose en cherchant des lois) lorsqu’on l’explique en recourant au hasard ou à un autre phénomène naturel ordonné. J’ai surtout voulu pointer que le fondement ultime de l’ordre dans la nature ne peut se trouver qu’en une intelligence qui en est responsable (Dieu). Cette explication philosophique n’est pas en compétitions avec les explications scientifiques, car elles ne répondent pas aux mêmes questions.

      Bref, c’est un grand et beau sujet de réflexions et, encore une fois, je ne prétends pas résoudre toutes les questions/difficultés par ma réponse. J’ai surtout voulu amener quelques pistes. Si vous voulez creuser plus profondément ces questions, je vous propose ce livre très solide de Jean Daujat: y a-t-il une vérité. L’auteur creuse de manière rationnelle les plus grandes questions. Le livre est disponible légalement en ligne, si ça vous intéresse: http://rdlvgc01.fr/_media/daujat-jean-y-a-t-il-une-verite-04.pdf.

      Il me semble que le plus important – qu’on croit ou non que Dieu existe – c’est de chercher la vérité sur les grandes questions et d’en discuter avec les autres. Ce sont ces réflexions, ces discussions et les amitiés qui en découlent qui élèvent vraiment notre vie!

      Jean-Philippe

      • Bonjour Jean-Philippe (c’est ok si je vous appelle ainsi?),

        Premièrement, merci d’avoir pris du temps pour me répondre, j’apprécie. Votre réponse à d’ailleurs éclairée plusieurs points sur lesquels j’avais besoin d’explications. Je vais couvrir les différents éléments de votre réponse, mais particulièrement les éléments pour lesquels nos opinions divergent. Après tout, ce sont les plus intéressants!

        Je comprends maintenant beaucoup mieux ce que veux dire s’abandonner à Dieu. Ça semble être l’addition des actions de l’humain qui cherche le bien et de celles d’une divinité qui guide l’humain dans ces actions. Je n’ai aucun problème avec ça puisque nous avons probablement des définitions très similaires de ce qu’est le bien. Ça soulève quand même quelques questions chez moi. Vous dites que « l’action humaine et divine ne s’opposent pas et ne se substituent pas ». Premièrement, comment établir qu’une action est humaine ou divine? Aussi, que faire si une action humaine semble chercher le bien selon les normes de la société dans laquelle vous vivez mais que la divinité auquel vous vous abandonnez dicte, dans un livre sacré par exemple, que cette action est mauvaise ou immoral?

        Je sens que vous avez très bien compris mon point de vue par rapport à mon impression que votre abandon n’est pas rationnel. Je suis un athée puisqu’aucun des arguments et preuves de l’existence d’un Dieu que je connais ne m’ont convaincu. C’est donc en effet impossible pour moi de comprendre comment un abandon à une divinité peut être rationnel. Vous soulignez clairement la divergence dans nos points de vue quand vous dites que, selon vous, « il y a bien des raisons de croire que Dieu existe et que l’acte de foi en lui n’est pas irrationnel ». Plus loin vous décrivez ce qu’est la foi pour vous, qu’elle « consiste à croire quelque chose qu’on ne voit pas parce qu’il y a des raisons de croire, parce qu’une personne crédible, digne de confiance, nous le dit ». J’ai des problèmes avec cette définition. Malheureusement, les personnes crédibles et fiables peuvent se tromper. Je préfère baser mes croyances sur ce qui peut être démontrer. Je ne crois pas en l’existence de la gravité, un phénomène invisible, parce que quelqu’un de crédible m’a annoncé son existence mais plutôt parce que l’existence de la gravité peut être prouvé de façon expérimentale et théorique. Selon moi la méthode scientifique est la meilleure méthode pour se rapprocher de la vérité. La définition de « foi » que vous donnez et celle que j’ai (c-à-d. « une croyance en l’absence de preuve ») ne colle pas tout à fait à cette méthode (je dois par contre admettre que votre définition s’en éloigne moins). D’ailleurs, je comprends maintenant mieux votre analogie de la fête et je trouve que c’est un bon exemple de processus d’obtention de preuves concrètes (sons, odeurs, pas dans la neige, etc.) pour arriver à la conclusion qu’il y a une fête dans la maison. J’imagine que la différence majeure entre nos positions repose donc sur la solidité des preuves amassées pour justifier l’existence de Dieu. À ce propos, vous mentionnez l’article « Dieu existe-t-il? » de Simon Lessard auquel j’ai répondu dans le passé. Si mon opinion sur les preuves soulevées dans cet article vous intéresse vous irez lire mes commentaires.

        Je saisi mieux votre opinion sur les mécanismes qui entrent en jeu dans « l’ordre présent dans la nature » mais je suis sceptique envers la prémisse qu’il existe un ordre dans la nature et je suis en désaccord avec la conclusion que « le fondement ultime de l’ordre dans la nature ne peut se trouver qu’en une intelligence qui en est responsable (Dieu) ». Il faudrait mieux définir le terme « ordre », son sens dans ce contexte n’est pas tout à fait clair pour moi et ce flou explique probablement mon incrédulité face à la présence d’ordre dans la nature. Je n’argumente pas que le monde qui nous entoure est désordre complet, je désire simplement soulevé ceci: peut être que le monde semble ordonné puisqu’il ne pourrait pas être autrement de notre perspective! Autrement dit, on désigne la nature comme « ordonné » puisque qu’elle semble favoriser l’humanité. Un individu au centre d’un trou noir n’aurait peu-être pas la même opinion sur l’ordre naturel que nous, bien au chaud dans nos maisons! Pour ce qui est de votre conclusion que l’ordre de la nature ne peut avoir comme fondement ultime qu’un Dieu, ça semble être un appel à l’ignorance. Ce n’est pas parce que la science n’a pas encore une explication à une question qu’une autre explication devient vrai. En affirmant que Dieu est le seul qui puisse expliquer l’ordre dans la nature vous tirez une conclusion sans proposer d’argument ou sans explorer d’autres explications. De la même façon, je pourrais déclarer que l’ordre dans la nature est causé par la chance (ce n’est pas ma position mais seulement un exemple). En somme, si quelque chose n’est pas expliqué, venir y insérer Dieu comme explication c’est faire appel au concept du « dieu bouche-trou ».

        Pour finir, ce sont en effet des sujets très intéressants qui mennent à des discussions passionantes. Je vous en remercie!

        • Merci pour ta réponse! C’est une joie de voir une discussion en ligne qui est aussi constructive.

          En ce qui concerne votre première question (le discernement et l’opposition possible entre une action humaine et divine), il me semble capital d’établir un pont entre les deux au moyen du concept de nature. C’est en ce sens que la tradition catholique (c’est la perspective dans laquelle je me place) a toujours insisté sur l’importance de la loi naturelle pour discerner ce qui est bien ou mal. Cela fait une médiation entre la volonté de Dieu (l’auteur de la nature et de ses lois) et les actions humaines et politiques. Tout homme, quelques soient ses croyances, peut avoir accès à une connaissance de ce qui est naturellement bien ou mal (ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, chercher la vérité, la justice, etc.). La loi naturelle nous indique ainsi une partie fondamentale de la volonté divine. Ce que Dieu peut révéler en plus ne pourra jamais contredire cette loi naturelle, il ne prescrira jamais une chose immorale (ça nous donne ainsi un critère pour juger de la crédibilité ou de la vérité d’une prétendue révélation: s’oppose-t-elle au bien naturel?). De l’autre côté, les lois humaines et politiques ne doivent pas non plus s’opposer aux lois naturelles sous peine de devenir une simple tyrannie à laquelle personne, peu importe ses croyances, ne devrait obéir. On retrouve ici un thème classique qui a traversé la philosophie (Antigone, le nazisme, etc.).

          Pour ce qui est de discerner entre l’action humaine et divine, le concept de nature m’apparait encore important. Toutes les actions qu’on pose sont humaines. En même temps, si on considère que la nature et donc aussi notre humanité, qui est une partie de la nature, ont leur origine et fondement en Dieu, on comprend que Dieu puisse agir au travers de la nature et des actions humaines. Ce qui est difficile quand on réfléchit à cette question complexe, c’est qu’on imagine souvent Dieu comme une cause à côté de la nature et de l’homme, comme s’il était à leur niveau (un peu comme une super cause cachée dans les nuages). En fait, tout ce que la nature et les hommes peuvent faire (dans la vision chrétienne et même plus largement théiste) a son origine en Dieu, de sorte qu’il les gouverne et les ordonne sans leur faire violence. Ainsi, toujours dans cette optique, lorsqu’une personne fait de manière ordinaire le bien, elle s’inscrit dans la volonté de Dieu (quelle le sache ou non), de sorte que son action est pleinement humaine et possède en même temps un caractère divin, car elle a son origine en Dieu. L’action de Dieu peut aussi se manifester de manière plus extraordinaire dans mes miracles ou des révélations. Cependant, cela n’est pas le cours habituel ou naturel, c’est précisément sur-naturel et non pas contre-naturel, car ça ne va pas contre la nature, mais ça l’élève ça va au-dessus de ses forces. Évidemment, pour de telles circonstances extraordinaires, il faut bien les vérifier pour s’assurer qu’il y a de solides raisons de croire qu’il y a eu un miracle ou une révélation. Sans un tel examen rationnel, on quitte la foi et on tombe dans la crédulité, ce qui est déraisonnable et dangereux.

          Vous avez très bien vu quels étaient les points de convergences/divergences que nous avions sur nos visions de la foi et si j’ai bien compris la difficulté se ramène aux raisons de croire, comme vous le dites bien: «J’imagine que la différence majeure entre nos positions repose donc sur la solidité des preuves amassées pour justifier l’existence de Dieu.» J’aimerais simplement expliciter un point à ce sujet. Vous dites que pour vous la foi est «une croyance en l’absence de preuve». Seriez-vous d’accord pour dire que c’est plutôt la définition de la crédulité? Je suis presque certain que dans votre vie quotidienne vous faites vous mêmes la différence entre une forme de foi raisonnable et la crédulité. Même si vous avez raison de pointer que des gens fiables et crédibles peuvent se tromper, tous nos actes de foi n’ont pas la même rationalité, tous les témoignages n’ont pas la même qualité. Par exemple, quand vous parlez avec un ami autour d’un repas et qu’il vous dit qu’il a marché avec son frère sans la matinée, vous pouvez reconnaitre si son témoignage est crédible et vous pouvez de manière raisonnable croire à ce qu’il dit. Par contre, ce serait beaucoup moins rationnel (ce serait de la crédulité) de croire tout ce que nous dit ce même ami lorsqu’il nous parle d’un homme politique qu’il connait mal et qu’il déteste. Traditionnellement, on distingue ainsi deux critères pour juger si un témoignage est crédible: la personne peut-elle se tromper dans ce qu’elle dit et peut-elle vouloir me tromper?

          En ce qui concerne les preuves de l’existence de Dieu en elles-mêmes, il y aurait encore beaucoup de choses à dire. Je voudrais simplement faire deux petites remarques. Premièrement, tu as raison de pointer que la notion d’ordre est floue. Je ne l’avais pas explicitée faute de temps dans l’article qui se devait d’être court. Fondamentalement, cette notion désigne le rapport ou la tendance d’un être ou d’une réalité vers une fin. Ainsi, quand on dit que l’oeil est ordonné, c’est parce que cet organe et ses différentes parties sont orientées vers une fin qu’est la vision. De même, les organes génitaux sont ordonnés, parce qu’ils ont un rapport et une tendance vers une fin: la reproduction. Même à un niveau non vivant, on voit cet ordre dans les tendances par exemple des éléments chimiques: l’hydrogène, l’oxygène, le feu, l’eau, etc. ont des propriétés et des tendances ou des inclinations qui leurs sont propres. Ces réalités naturelles sont ordonnées et non pas chaotiques, car elles ont des propriétés et des tendances régulières vers un ou plusieurs termes. S’il n’y avait pas un tel ordre à l’intérieur des réalités naturelles, il serait impossible de les étudier scientifiquement et d’en tirer des lois.

          Deuxièmement, la preuve de l’existence de Dieu qui s’appuie sur l’ordre inscrit dans la nature des choses ne doit pas être confondue avec les arguments qui conduisent au «God of the gaps» ou au dieu bouche-trou. Comme vous, je pense que ce genre d’argumentation n’est pas valide. En fait, le type d’argumentation que j’ai essayé de déployé rapidement et que les philosophes et théologiens classiques ont abondamment développé est plutôt un raisonnement a posteriori, c-a-d qui remonte de l’effet à la cause. On part d’une cause visible, connue par l’expérience et on déduit la cause qui est nécessaire pour expliquer l’effet observé. C’est le type de raisonnement qu’on fait dans la vie de tous les jours. Par exemple, en rentrant chez moi, je vois que ma poignée de porte est brisée et que tous mes objets de valeur ont disparus. J’en déduis donc qu’un voleur que je ne vois pas et que je n’ai pas vu est passé. C’est un raisonnement de ce type que j’ai essayé de présenté pour Dieu et qui me semble valide : j’observe que les réalités naturelles sont ordonnées et dépourvues d’intelligence et je sais que lorsque des réalités non intelligentes suivent un ordre (un rapport entre un moyen et une fin), cela implique une intelligence qui saisisse ce rapport et en soit la cause. Ainsi, cette argumentation n’est pas menacée par de futurs découvertes, car peu importe ce qu’on découvre de nouveau, ça ne fera qu’ajouter de nouvelles réalités naturelles qui doivent aussi recevoir la même explication.

          Pour approfondir tes questions concernant la preuve de l’existence à partir de l’ordre de la nature (qui est une des preuves de l’existence de Dieu, mais pas la seule), je te conseille cet excellent vidéo qui est court, mais très bon: https://www.youtube.com/watch?v=xzTtMz7wTvg. Il est fait par un des meilleurs thomistes contemporains et il rejoint directement plusieurs de tes questionnements.

          Merci pour tes bonnes questions et réflexions et une bonne continuation dans tes recherches! Marchons de tout notre coeur vers la Vérité et le Bien, c’est ce qui nous rendra véritablement heureux!

          Jean-Philippe

  2. Salut!

    Ouf, je vais être honnête, certains passages de votre réponse étaient trop abstraits et compliqués pour moi. Je ne sais pas si j’ai tout bien compris, corrigez moi si, clairement, je n’ai pas compris ce que vous vouliez exprimer!

    Selon vous, tous les humains peuvent avoir accès à une connaissance de que qui est naturellement bien ou mal. Vous voulez dire qu’intuitivement tout le monde sait ce qui est moral et immoral? Si c’est le cas, pourquoi avons-nous des débats sociaux sur des sujets comme la peine de mort ou le droit à l’avortement? Dans un monde où chaque personne peut avoir accès à la connaissance absolue de ce qui est bien et mal, il me semble qu’il n’y aurait aucune pertinence à avoir ces débats. Si j’ai mal compris ce que vous vouliez dire et que vous affirmez qu’il existe un document qui liste les actions morales et les actions immorales, j’aimerais en savoir plus sur ce document!

    Pour m’aider à distinger les actions humaines des actions divines vous me pointez vers quelques pistes. Dieu ne peut pas prescrire quelque chose d’immoral et que, s’il le fait, ça prouve une fausse révélation. Vous affirmez que « tout ce que […] les hommes peuvent faire […] a son origine en Dieu, de sorte qu’il les gouverne et les ordonne sans leur faire violence » mais continuez en disant que « lorsqu’une personne fait de manière ordinaire le bien, elle s’inscrit dans la volonté de Dieu […], de sorte que son action est pleinement humaine et possède en même temps un caractère divin, car elle a son origine en Dieu.» J’ai de la misère à voir comment ces affirmations ne s’opposent pas. D’un côté Dieu gouverne toutes les actions des tous les humains mais seulement les actions qui font le bien ont un caratère divin? Je vais être honnête, ça ressemble à la personne qui, lorsqu’elle subie une opération chirurgicale qui est un succès remercie Dieu. Par contre, lorsque cette personne subie une opération qui échoue, elle blâme le chirurgien. Ça revient un peu à dire que tout ce qui est bien vient de Dieu, mais tout ce qui est mal vient de l’humain, non?

    Sur une note moins sérieuse, quand j’ai lu que « les lois humaines et politiques ne doivent pas non plus s’opposer aux lois naturelles sous peine de devenir une simple tyrannie à laquelle personne, peu importe ses croyances, ne devrait obéir. » je me suis demandé comment une loi politique pourrait s’opposer à une loi naturelle. Je me suis alors souvenu d’une des promesses du Parti Rhinocéros: « Abolir la loi de la gravité. »

    Pour ce qui est de définir ce qui est foi et crédulité, vous avez parfaitement raison quand vous dites que, dans ma vie, j’ai des croyances pour lesquelles je suis moins sceptique. Par exemple, si ma soeur me dit qu’elle a mangé des céréales pour déjeuner, je vais la croire sans demander sa facture d’épicerie et sans inspecter sa vaisselle sale. Par contre, si elle m’apprend qu’elle a adopté un dinosaure à l’animalerie, je vais lui demander de voir son nouvel animal de compagnie avant de croire que c’est la vérité. Plus une assertion est improbable et importante à mes yeux, plus je vais demander des preuves solides avant d’y croire. Cela suit donc que, si quelqu’un m’annonce qu’un Dieu a créé l’Univers, que ce Dieu observe tous mes faits et gestes et qu’il décidera où je vais passer l’éternité, je vais avoir besoin de preuves bétons avant d’y croire.

    Les derniers paragraphes de votre texte sur l’argument de l’existence de Dieu s’appuyant sur l’ordre dans la nature des choses a été plus difficile à comprendre pour moi. Voici ma compréhension de l’arguement:

    1. Les réalités naturelles sont ordonnées puisqu’elles ont une fin.
    2. La cause de l’ordre doit être une intelligence.
    3. Les réalités naturelles sont l’oeuvre d’une intelligence.

    Désolé si j’ai massacré votre argument, mais c’est comme ça que je le comprend. Donc, l’oeil de l’aigle est ordonné puisqu’il est orienté vers la vision. Cet ordre nécessite une intelligence et vous supposez que cette intelligence, c’est celle du Dieu de la Bible. Et si on prennais le vent? Une des fin du vent est de produire de l’énergie. D’autres fins sont l’anémogamie (pollinisation par le vent) et le rafraîchissement des visages par temps chauds. La liste des fins du vent est longue et inclut même la destruction des maisons mal construites! Est-ce qu’une intelligence est nécessaire pour saisir les rapports entre le vent et ses différentes fins? Je ne pense pas, non. J’ai plutôt l’impression que les fins du vent sont simplement une liste des interactions de ce phénomène naturel avec ce qu’il l’entoure (éolienne, pollen, humain, maison, etc.).

    • Désolé si ma réponse était complexe et abstraite. C’est effectivement difficile de répondre brièvement et simplement à des questions aussi complexes. Sans prétendre tout clarifier, je vais essayer d’apporter quelques éclairages.

      En ce qui concerne la loi naturelle, je ne voulais pas parler des lois de la nature que découvrent les sciences naturelles, mais plutôt des lois morales qui sont naturelles à l’homme, c-a-d qui se distinguent des lois conventionnelles et variables édictées par la société. C’est en ce sens qu’on distingue par exemple les droits de l’homme fondamentaux (liberté d’opinions, d’expressions, etc.) et les lois civiles qui peuvent changer (rouler à droite, s’arrêter au feu rouge, avoir un permis de chasse pour avoir une arme, etc.) En disant que tout le monde peut les connaitre, je ne voulais pas dire que nous avions une connaissance parfaite et intégrale de ce qui est naturellement bien ou mal (comme vous le dites très bien, les débats de société prouvent le contraire). Je voulais simplement dire que tout le monde sait qu’il y a certains principes moraux objectifs, c’est-à-dire qui valent pour toute époque et culture. On peut ne pas être d’accord sur la liste de ces lois morales naturelles et en discuter, mais la majorité des hommes et des cultures reconnaissent des grandes lois morales qui sont inhérentes à la nature de l’homme et qui ne devraient pas varier en fonction de la culture. C’est en ce sens que je disais que le politique lui-même ne devrait pas s’opposer aux lois naturelles morales. Par exemple, on ne devrait pas suivre une loi politique qui nous forcerait ou nous permettrait de tuer les juifs, qui nous permettrait de commettre des violes ou qui interdirait le mariage dans la société. Bref, par lois naturelles j’entendais le fait qu’il existe des principes moraux objectifs qui ne varient pas en fonction des sociétés et des époques, mais qui au contraire servent de normes pour nos actions.

      En ce qui concerne la distinction des actions humaines et divines, ce qui n’est pas une question facile, je ferais simplement une petite précision sur ce que j’ai essayé de dire. Lorsque je dis que tout ce que les hommes peuvent faire à son origine en Dieu et qu’il gouverne toute chose, cela signifie que les hommes et toute la nature ne peuvent rien faire qui ne soit voulu ou au moins permis par Dieu, car il est la cause fondamentale de tout ce qui existe (dans l’optique où on accepte les preuves de l’existence de Dieu). Ensuite, les hommes peuvent librement faire le bien et ainsi faire la volonté de Dieu (qui veut le bien et non le mal) ou faire le mal et ainsi s’opposer à ce que Dieu veut, de sorte qu’il permet les maux qu’ils font, mais ne les veut pas. La distinction importante ici se situe entre ce que Dieu veut et ce qu’il permet. Pour prendre une analogie (qui est évidemment imparfaite) on peut comparer cela au rapport entre un Père et son fils qui est adolescent: le fils ne peut pas faire grand chose sans l’aide de son Père, il reçoit presque tout de lui (la nourriture, la maison, l’argent, l’éducation, etc.). Cependant, le fils peut faire ce qui est vraiment bon et ainsi s’inscrire dans ce que veut son père ou bien faire le mal, ce que son père ne veut pas, mais permet. De manière similaire, Dieu serait cause du bien en ce qu’il le veut et ordonne sa création vers cette fin et l’homme peut librement entrer dans ce plan ou bien s’en détourner, ce que Dieu ne veut pas, mais permet. Le rapport entre Dieu et l’homme se voit sous le signe de l’alliance et de la coopération. Encore une fois, ce sont des grandes questions qu’il faudrait davantage développer. J’espère que ces quelques réflexions peuvent quand même aider.

      Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites sur la foi et la crédulité: plus quelqu’un nous annonce quelque chose d’improbable et d’important et plus il faut solidement le vérifier. D’ailleurs, il me semble que notre société est très contradictoire sur ce point, qu’elle n’adopte pas vraiment cette attitude que vous décrivez. Devant les grandes questions qui changent radicalement notre vie (Dieu, la vie éternelle, la morale, etc.), très peu de gens cherchent profondément la vérité. On dirait que beaucoup de nos contemporains accordent très peu d’importance à ce qui en a le plus.

      Pour ce qui est de la preuve de l’existence de Dieu par l’ordre, vous l’avez assez bien résumé:
      1. Tout réalité ordonnée a pour cause une intelligence
      2. Or, les êtres naturels sont ordonnés vers une fin
      3. Donc, les êtres naturels ont pour cause une intelligence

      Quand vous pointez que l’ordre dans la nature peut avoir d’autres causes qu’une intelligence (par exemple le vent) c’est vrai, mais vous vous situez alors sur un autre plan qui est complémentaire à ce dont il est ici question. En effet, il y a plusieurs sortes de causes qui coopèrent à la production et à l’existence d’une chose. Parmi celles-ci, on distingue entre autres la cause efficiente et finale: la cause efficiente c’est la plus simple, c’est celle qui est responsable de la production d’une chose (ex: je suis la cause efficiente d’un bâton d’hockey que je bouge ou la guitare est la cause efficiente du son) alors que la cause finale c’est la fin en vue de laquelle une chose est faite ou en vue de laquelle une cause efficiente agit (la cause finale du bâton d’hockey que je bouge c’est de pousser une rondelle et la cause finale de la guitare c’est de produire une musique). Ces deux sortes de causes (efficientes et finales) ne s’opposent pas, mais se complètent: la cause efficiente permet la réalisation de la cause finale et la cause finale est ce qui explique l’ordre de la cause efficiente. Si la guitare est construite et utilisée comme elle l’est c’est pour produire un son spécifique (cause finale) et si le son spécifique peut être produit c’est à cause de la guitare (cause efficiente).

      Quand je dis que l’ordre dans la nature nécessite une intelligence, je me situe au niveau de la cause finale. Comment se fait-il que l’oeil tende vers la vision, que la vue soit sa fin ? Dans l’ordre des causes efficientes, on peut déceler plusieurs réalités naturelles, ce que les sciences recherchent. Mais si on cherche comment une réalité non intelligente peut être ordonnée vers une fin qu’elle ne connait pas (l’oeil pour la vision, le rein pour filtrer le sang, etc.), on est conduit à discerner une intelligence, car seule l’intelligence peut connaitre une fin et les causes efficientes nécessaires et adaptées pour l’atteindre. C’est un peu comme lorsque tu vois une machine à laver: tu sais qu’il n’y pas seulement des causes efficientes qui l’ont produit et lui permettent de fonctionner (outils, électricité, etc.), mais tu sais aussi qu’une intelligence est responsable de l’ordre présent dans la machine à laver, de l’ajustement entre ses parties et sa fin (même si tu ne vois pas présentement cette intelligence).

      Aussi, quand je parle de finalité et d’ordre dans la nature, je parle de la finalité naturelle des êtres et non pas des fins accidentelles qu’ils peuvent atteindre. Ainsi, l’oeil a pour fin essentielle la vision, car il est par sa nature ordonné vers cette fin, mais il peut aussi produire de manière accidentelle plusieurs autres fins (charmer quelqu’un, bloquer un moustique dans son vol, etc.). Pour prendre un autre exemple, les feuilles de l’arbre ont pour fin essentielle de capter l’énergie du soleil, mais elles peuvent aussi produire des fins accidentelles (me procurer de l’ombre pour lire ou me reposer, servir de matériaux pour une oeuvre d’art, etc.). L’ordre qui demande comme explication une intelligence ce n’est pas les fins accidentelles produites par la rencontre entre plusieurs choses (cette rencontre accidentelle est ce qu’on appelle justement le hasard), mais plutôt la fin naturelle vers laquelle un être est incliné.

      Encore une fois, pour creuser cet argument, le vidéo partagé dans mon dernier commentaire est très bien. Sinon, plusieurs bons livres, entre autres celui partagé dans mon premier commentaire, développent plus longuement cette preuve, en mettant bien en lumière ses fondements philosophiques.

      Bonne continuation Edouard!
      Jean-Philippe

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