punition Botticcelli
Image : Sandro Boticcelli, Le châtiment de Korah, 1481-1482, détail

Le coronavirus est-il une punition divine ?

Le coronavirus est-il une punition divine ? Depuis le début de la pandémie, j’ai eu l’occasion de me frotter à diverses réflexions à ce sujet, réflexions me laissant souvent assez perplexe. 

La certitude avec laquelle certains répondent « oui » et d’autres « non » m’a en outre étonnée. Il y a somme toute quelque chose de surprenant à se prononcer aussi catégoriquement sur la volonté de Dieu à propos d’un évènement comme l’épidémie actuelle.

Ce qui frappe également dans ces discours autour de la punition divine, c’est l’opposition radicale entre le « oui » et le « non ».

Une chose est claire me semble-t-il : clamer que tous ceux qui souffrent du coronavirus sont victimes d’une punition divine pour leurs péchés actuels est une vision bien audacieuse. 

À lire certains, on doit en conclure que « toute souffrance est une punition divine », comme la providence divine ordonne tout, même nos souffrances. Dieu voulait le coronavirus, prétendent ces personnes, et il le voulait pour nous punir.

Chez les autres, il semble au contraire qu’« aucune souffrance ne soit une punition divine ». Dieu, n’aimant ni le mal ni la souffrance, ne pourrait jamais, selon cette vision, punir l’homme. Punir contredirait la bonté de Dieu, prétend-on.

Un peu de logique

Le problème, c’est que bien que les énoncés « toute souffrance est une punition divine » et « aucune souffrance n’est une punition divine » ne puissent pas être vrais en même temps, ils peuvent cependant tous les deux être faux. Et, qu’on se le dise, avec des énoncés absolus comme ceux-là, c’est ce qui arrive le plus souvent.

L’autre difficulté consiste à bien comprendre la question posée. Car, en examinant les discours à propos de celle-ci, on se rend compte qu’elle cache deux questions en réalité.

Une punition, en effet, sous-entend une faute, un péché. Or le péché est double : actuel ou originel. Quand on demande si le coronavirus est une punition divine, veut-on savoir s’il est la conséquence du péché originel, commis et transmis par le premier homme, Adam, ou s’il est plutôt la conséquence des péchés actuels, des péchés commis présentement par les hommes du 21e siècle ?

La punition du péché originel 

Affirmer que le coronavirus découle du péché originel, c’est franchement passer à côté de la véritable question. C’est normalement un fait concédé pour qui connait et adhère à la doctrine de l’Église.

« Nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché. » (Rm, 5, 12)

Toute souffrance présente découle du péché originel et est une punition divine en ce sens précis. Cela n’est pas matière à débat pour un chrétien.

La punition du péché actuel 

En réalité, la vraie question que les gens se posent présentement, c’est si le coronavirus est une punition divine à cause de péchés commis actuellement par l’humanité. Le coronavirus affecterait l’humanité parce que les hommes du 21e siècle seraient orgueilleux, idolâtres ou que sais-je.

Cette seconde question cause beaucoup plus de difficultés que la première. Elle force à se demander si toute souffrance est la conséquence de péchés actuels ou s’il n’y a pas une autre lecture possible.

Trois manières d’expliquer la souffrance

Thomas d’Aquin, dans sa Somme théologiquese pose justement la question. Il met en lumière qu’on peut en fait, dans un contexte théologique, poser trois raisons à la souffrance (en mettant de côté le cas spécial du péché originel, dont on a déjà traité). 

D’abord, quelqu’un peut effectivement souffrir du fait d’être puni en raison d’un de ses péchés actuels, que cette punition vienne directement de Dieu ou des hommes. Il n’y a là rien d’injuste de la part de Dieu, ni de fondamentalement cruel, au contraire. Dieu punit comme un père corrige ses enfants en vue de leur bien.

On peut aussi souffrir, non pas à cause de ses propres fautes, mais parce qu’on accepte de prendre celles des autres. C’est notamment le cas du Christ ! Quand il prend nos péchés, il n’hérite pas de leur culpabilité. Il porte seulement les souffrances qui en découlent.

Finalement, on peut aussi souffrir du fait que Dieu autorise qu’on vive une épreuve, une difficulté, et ce en vue d’être sanctifié. Voici l’explication qu’en donne saint Thomas :

« Comme les biens de l’homme sont de plusieurs sortes, ceux de l’âme, ceux du corps et les biens extérieurs, il arrive parfois que, si l’on subit préjudice dans un bien moindre, c’est pour grandir dans un bien meilleur ; ainsi quand on subit une perte d’argent pour soigner sa santé, ou une perte à la fois d’argent et de santé pour le salut de son âme et pour la gloire de Dieu. De telles pertes ne sont pas alors pour l’homme un mal absolu mais un mal relatif. Elles ne sont donc pas absolument des punitions, mais des remèdes, car les médecins eux aussi font prendre des potions amères aux malades afin de leur rendre la santé. » (Somme théologique, Ia IIae, q. 87, a 7je souligne.)

Il arrive ainsi qu’un homme soit purifié par Dieu, non du fait qu’il ait commis un péché en particulier, mais du fait que Dieu veuille le rendre meilleur. Il en va comme du serment qui porte réellement du fruit, mais qu’on coupe pour qu’il en donne encore davantage.

Le cas du coronavirus ?

Où se situent les malades et même les victimes du coronavirus dans tout cela ? Sont-ils punis ou non par Dieu ? 

Difficile à dire. Les vues de Dieu ne sont pas nos vues ! Mais une chose est claire me semble-t-il : clamer que tous ceux qui souffrent du coronavirus sont victimes d’une punition divine pour leurs péchés actuels est une vision bien audacieuse. 

Et on comprend mal, dans cette vision, pourquoi les personnes âgées seraient plus pècheresses et coupables que les plus jeunes. Peut-être devrait-on en ce sens méditer l’épisode de la tour de Siloé et l’enseignement que le Christ en donne.

« Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » (Luc, 13, 4-5)

Des deux positions extrêmes sur le coronavirus, on peut en somme retenir les parts de vérité qu’elles contiennent : oui, Dieu est bon (et punir ne s’oppose pas à sa bonté) et oui, il est provident (et sa providence n’empêche pas qu’il ordonne la souffrance humaine parfois à d’autres buts que punir). 

Qu’on ajoute aussi que sa Sagesse dépasse la nôtre et qu’elle contient une logique pleine de nuances et de justesses, que nous ne saurions épuiser par notre intelligence.


En ce temps de crise, les médias chrétiens revêtent une importance capitale pour offrir un regard de foi sur les évènements. Aidez-nous à propager l’espérance en partageant nos articles et en contribuant par vos dons à notre mission.

Laurence étudie présentement au doctorat en philosophie et complète, dans ses moments de loisir, un certificat en théologie. Elle a enseigné à l'IFTM jusqu'à temps de devenir première fois maman.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.