Paul-Julien
Photo : Elias Djemil, détail

Paul-Julien : de « bon à rien » à ange gardien

Véritable rescapé d’un milieu familial dysfonctionnel, Paul-Julien Osborne a grandi avec la conviction qu’il n’était bon à rien. Aujourd’hui, quand il n’est pas sur la patinoire avec ses enfants ou auprès de son épouse, il soigne et écoute des patients aux soins intensifs. Preuve que ses propres plaies ont été pansées par la grâce.

Il n’était même pas encore un petit désir dans le cœur de sa maman que déjà son père menaçait de la tuer si elle devenait enceinte. Après six mois de mariage, elle est partie, mais elle ignorait qu’elle était enceinte de Paul-Julien.

L’avocat qui s’occupait du divorce lui conseillait d’avorter, car une mère seule, ça augurait mal… La grand-mère s’en est mêlée et a dit à sa fille que si elle ne le voulait pas, elle, elle le garderait. « Si tu veux le ravoir un jour, tu le reprendras ! »

Puis, Paul-Julien a bougé. « Ma mère a réalisé que c’était quelqu’un qui était là… une personne », raconte-t-il, l’œil brillant.

Le nouvel amoureux de sa mère avait la fâcheuse habitude de boire. Et quand il buvait, il devenait violent. « Un jour, il a voulu me tuer avec son fusil de chasse. Trop soul, il n’arrivait pas à mettre les balles dans le fusil. Ma mère a crié : “Si tu tues mon fils, tu me tues avec ! Je ne vivrai jamais sans mon fils !” C’était la première fois que je prenais conscience de l’amour de ma mère pour moi. Cet homme m’avait toujours répété que ma mère, c’était lui qu’elle aimait, et pas moi. Je le croyais et j’espérais que mon père biologique revienne, même s’il n’avait jamais répondu à mes lettres. »

« Quand j’entrais en classe, je me sentais de trop. Adulte, dans l’autobus, j’avais l’impression de prendre la place de quelqu’un. »

Il avait grandi avec l’étiquette « enfant de parents divorcés », chose rare, il faut le dire, à cette époque. Il était la risée de l’école et du village. Adolescent, il avait une certitude : il était de trop. « Je n’avais pas le droit de vivre. Quand j’entrais en classe, je me sentais de trop. Adulte, dans l’autobus, j’avais l’impression de prendre la place de quelqu’un. »

Fier soldat

Paul-Julien s’engage dans l’armée pour prouver aux autres – et à lui-même – qu’il est quelqu’un.

« Quoi qu’on en dise, l’armée, c’est prestigieux. Quand je rentrais au village sur le pouce en uniforme, j’étais fier et je voyais l’admiration dans les yeux de tout le monde. L’armée mettait un baume sur mon sentiment de n’être bon à rien. »

En mission au Moyen-Orient, il visite le Calvaire à Jérusalem avec d’autres soldats. « Je n’allais pas là par piété ! C’était pour envoyer une photo à ma mère, car elle s’était convertie à la foi catholique depuis quelques années et je voulais lui prouver que j’étais un bon garçon – ce qui était faux, puisque je sortais tout le temps et que je collectionnais les filles ! »

Alors qu’il s’apprête à prendre sa photo, une petite voix intérieure lui dit : « Mets ta main sur cette pierre et demande quelque chose à mon fils. » Il sursaute et se dit qu’il est fou ; comment pourrait-il entendre ça, puisqu’il ne croit même pas en Dieu ?

La voix persiste : « Mets ta main et demande à mon fils, et mon fils va écouter ta prière. » Paul-Julien jette un coup d’œil du côté de ses amis en train de fumer une cigarette. Il craint pour sa réputation, mais se dit qu’ils ne le verront pas… Il dit à Dieu : « T’as deux minutes chrono ! Après, je pars ! Si t’existes, prouve-le ! » Et il pose sa main. Deux minutes passent. Rien. « Ah ! je le savais ! Dieu n’existe pas ! » Mais une petite voix lui dit : « Et s’il existe, pourquoi n’a-t-il rien fait ? » Tout pétri de sa blessure, Paul-Julien se dit : « C’est vrai ! Dieu est un père ! Il est comme les autres pères ; il ne veut rien savoir de moi ! »


Cet article est tiré du numéro de mars du magazine Le Verbe. Cliquez ici pour consulter la version originale.


Il part, frustré, bien décidé à « profiter de la vie au maximum », toujours dans les clubs, toujours à séduire les femmes. Il part en France faire son commando et rêve de sa future carrière militaire, admiré de tous. Malgré ses succès et ses belles expériences humaines, son vide intérieur grandit. Et grandit encore.

Jusqu’à penser au suicide.

Ces idées noires le poussent à se confier à sa mère. Elle lui remet le livre Jésus est le Messie du père Émilien Tardif. « Je n’aimais pas lire, mais dans ce livre-là, il y avait plein d’histoires d’esprits et de miracles. Ça m’attirait. L’histoire d’un prisonnier touché par Dieu au beau milieu de sa cellule m’a bouleversé. Je me suis dit que c’était dommage que Dieu n’existe pas, parce que ça m’aurait fait du bien qu’il vienne me toucher, moi aussi, dans ma solitude… »

Cette petite phrase, c’était tout l’espace dont Dieu avait besoin pour se manifester. Une voix, encore, s’impose à lui : « Paul ! Je t’aime, Paul. » Il n’y croit pas et se répète qu’il ne s’est jamais aimé… Mais la voix répète : « Paul ! Je t’aime, Paul ! »

« Je me suis dit : “Coudonc ! C’est Dieu qui est en train de me parler ou quoi ?” Et je lui dis : “Si c’est toi, désolé, c’est trop tard ! Je t’ai demandé un miracle il y a six mois, et tu n’as rien fait !” Mais il y a six mois, je n’étais pas prêt. En même temps, je me disais que Dieu ne pouvait pas m’aimer, puisque j’étais vraiment un bon à rien avec le style de vie que je menais, les filles et tout… Il a répondu tout de suite : “Paul, ça fait longtemps que je t’ai pardonné. Je t’aime tel que tu es.” »

Encore aujourd’hui, quand il raconte cette histoire, ses yeux se mouillent.

Paul-Julien s’est écroulé par terre. « J’ai crié, à genoux par terre : “Je veux que tu m’aimes ! Je veux être aimé par toi !” Comme un petit garçon. »

Bunker de Dieu

Revenu de cette rencontre, il sent qu’il doit quitter l’armée. Comme son contrat arrivait à terme, il devait passer son entrevue avec son supérieur. Tout le monde avait été rencontré, sauf lui. Quelque chose clochait. Il alla voir son lieutenant pour s’informer, et on lui avoua qu’on avait perdu son dossier… Personne n’y comprenait rien, mais on insista fortement pour qu’il fasse carrière dans l’armée.

« J’hésitais, car le prestige, la reconnaissance… j’en avais tellement besoin, et là, j’allais avoir tout ça. J’allais être reconnu, être quelqu’un. »

Mais cette histoire de dossier perdu signifiait peut-être quelque chose. Un soir qu’il priait, il fait une demande claire à Dieu. « J’ai demandé ce qu’il voulait de moi. Que je reste ou que je parte ? Alors, une image est montée à mon esprit. C’était une clôture. D’un côté, il y avait plein de filles, d’argent et aucune dette, mais mon vide intérieur profond. De l’autre côté, il n’y avait rien. Juste la présence de Dieu qui me rendait heureux. C’était clair : je partais ! »

Le lendemain, son lieutenant lui annonce qu’ils ont retrouvé son dossier et que l’armée lui offre le cours de caporal-chef.

« C’était toute une tentation ! Ce cours, ça voulait dire une augmentation de salaire, plein de nouveaux défis, une sécurité et… Et là, j’ai revu ma clôture… Et j’ai dit non à mon lieutenant.

« Tu ne peux pas savoir le nombre d’officiers qui sont passés devant moi pour tenter de me convaincre de rester ! Mais ma décision était prise ; je voulais suivre Jésus. Toutes les grâces que je lui avais demandées depuis deux mois, il me les donnait. C’était incroyable comment Dieu se manifestait tout le temps ! »

Sans savoir où il irait ou ce qu’il ferait, Paul-Julien est parti. Il faut croire que Dieu, lui, avait son plan. Peu de temps après, il s’engage dans la Famille Marie-Jeunesse et en vient à envisager la prêtrise. Là-bas, il rencontre Alyson qui, elle, songeait à devenir religieuse. 

Les amoureux se sont mariés et ont eu sept enfants.

« Moi qui avais peur d’être incapable d’être un bon père ! Dieu me rend capable un jour à la fois. Encore aujourd’hui, Dieu se manifeste quand je fais appel à lui. Je lui ai demandé de me guider dans un travail, de me trouver mon bunker. Il m’a amené aux soins intensifs. Au début, je me demandais bien ce que je pourrais faire là. Je trouvais que ce n’était pas ma place, mais Dieu m’a prouvé le contraire. »

Paul-Julien avait peur de ne pas être à sa place comme préposé aux soins intensifs. Quoi de mieux qu’un cœur blessé pour être tout petit devant les autres, et laisser Dieu prendre toute la place ?

« Dieu m’a fait comprendre que j’étais né au bon moment, exactement comme Moïse. Lui non plus n’avait pas connu son père et n’avait pas confiance en lui. Comme il était bègue, quand il a reçu sa mission de Dieu, il se sentait incapable et il a dit à Dieu : “Qui suis-je pour faire ça ?” Dieu lui a répondu : “Qui t’a donné ta langue ? Qui t’a donné ta voix ?” C’était comme s’il me disait ça à moi. Il me faisait comprendre que tout ce que j’avais, même ce cœur meurtri, c’était lui qui me l’avait donné. Quand Moïse est parti pour rencontrer le pharaon, il se sentait totalement inapte. Eh bien, c’est un peu ça, ma vie. »

Ce n’est pas parce qu’il mesure 1,90 m que Paul-Julien est grand. C’est parce qu’il est tout petit en dedans.


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Brigitte Bédard

Brigitte Bédard est journaliste indépendante depuis 1996. Elle vient de publier « J’étais incapable d’aimer. Le Christ m’a libérée » (Éditions Artège), son témoignage de conversion franc et direct.

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