Forces armées canadiennes guerre
Mission de l'ONU au Mali. Photo : MINUSMA / Flickr.

Un chrétien peut-il aller en guerre ?

Il y a un peu plus d’un an, j’ai fait le choix de rejoindre le Service d’aumônerie royale canadienne en tant qu’aumônier catholique (agent de pastorale). Lorsque je parle de mon choix, il arrive souvent qu’on me pose une question légitime : comment puis-je concilier ma foi catholique avec l’activité essentielle de l’armée : la guerre ? 

Le cinquième commandement ne dit-il pas : « Tu ne tueras point » ? Comment alors accepter de travailler dans une organisation qui implique la guerre ? Est-il possible de participer à la guerre comme chrétien ? 

Il est normal de se protéger et il est tout aussi nécessaire de protéger les plus faibles lorsqu’ils sont en danger, par exemple de défendre ses enfants contre des agresseurs. C’est ce qu’on appelle le principe de légitime défense.

Si le meurtre est évidemment toujours mauvais, il convient toutefois de faire quelques nuances. Il est normal de se protéger et il est tout aussi nécessaire de protéger les plus faibles lorsqu’ils sont en danger, par exemple de défendre ses enfants contre des agresseurs. C’est ce qu’on appelle le principe de légitime défense.

Guerre juste ?

La théorie de la guerre, dans la tradition catholique, est justement construite sur ce même principe. C’est ce que la tradition théologique de l’Église appelle « jus ad bellum », souvent traduit en français par l’expression « guerre juste ».

Notons néanmoins que le mot latin jus a autant le sens de « droit » que d’« obligation ». C’est pourquoi traduire ce concept par « doctrine des droits ou règles de guerre » me semble plus approprié que par « guerre juste », car cette deuxième traduction peut être mal comprise.

Quatre bonnes questions

Les critères autorisant la guerre sont nombreux, je ne les énumèrerai pas ici, mais j’aimerais parler spécifiquement du critère de l’intention. C’est-à-dire de l’objectif de celui qui part en guerre. Pour y voir plus clair, il faut se poser quelques questions. 

1. Est-ce que l’intention est bonne ? 

Autrement dit, est-ce que l’objectif est de protéger, de rétablir la paix et d’établir une paix durable ? Le pape Pie XII enseignait déjà dans Summi Pontificatus que les traités inégaux ne peuvent que causer plus de guerres. À l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, il a posé cette question qui devrait nous orienter : « Les traités de paix, le nouvel ordre international à la fin de cette guerre, seront-ils animés de justice et d’équité envers tous, de cet esprit qui délivre et pacifie, ou seront-ils une lamentable répétition des erreurs anciennes et récentes ? » 

2. Est-ce que l’intention est portée par tous les combattants ?

La responsabilité morale appartient à tous et non pas seulement aux décideurs. Il ne suffit pas d’obéir aux ordres pour être moralement justifié. Les Forces armées canadiennes reconnaissent d’ailleurs que certains ordres peuvent être illégitimes (criminels) et que les membres ne sont pas tenus d’obéir à ce type d’ordre. C’est d’ailleurs un point abordé dans les formations éthiques de tous les membres. 

3. Est-ce qu’une intention intègre est maintenue au long du conflit ?

Il ne suffit pas d’avoir une intention noble au début d’un conflit pour tout justifier par la suite. C’est pourquoi il est impératif d’éviter les dérives morales qui menacent toutes personnes en temps de guerre. C’est d’ailleurs principalement sur ce plan que je crois humblement pouvoir aider en tant qu’aumônier. 

4. Est-ce que la manière de faire la guerre démontre une intention ultime de paix ?

Par exemple, l’utilisation des armes non conventionnelles dites NRBC (Nucléaires, Radiologiques, Biologiques ou Chimiques) démontre une intention autre que de pacifier la situation. D’abord, parce que ces armes font des ravages autant chez les troupes ennemies que dans la population civile et, ensuite, parce qu’elles affectent drastiquement les infrastructures. Le pape François dénonce d’ailleurs spécifiquement ce type d’armes dans sa dernière lettre encyclique Tous frères (Fratelli Tutti #258). Il va même jusqu’à dire que la simple existence de ce type d’armes pourrait rendre toute guerre future injuste !

Heureux les artisans de paix

En somme, le militaire catholique devrait toujours œuvrer ultimement pour la paix.

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que « ceux qui se vouent au service de la patrie dans la vie militaire sont des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples. S’ils s’acquittent correctement de leur tâche, ils concourent vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix ». (CEC #2310)

En somme, la guerre n’est jamais « bonne », mais parfois elle est malheureusement « nécessaire ». Il ne faut cependant jamais oublier que la voie idéale demeure d’aimer nos ennemis.

Si l’orgueil a divisé les peuples, il faut que la charité les réunisse.


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Padre (Capt.) Alexandre Dutil est aumônier au GS 2 Div Can à Valcartier. Il a fait son baccalauréat à l'Université Laval avant de devenir agent de pastorale au diocèse de Québec. Il a rejoint les Forces armées canadiennes il y a un peu plus d'un an.

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