Fernand Ouellette
Photo : Marie Laliberté

Dialogue avec le poète Fernand Ouellette

Réaliser une entrevue avec un poète, catholique de surcroit, peut entrainer le journaliste sur des chemins de traverse qu’il emprunte sans trop savoir où ils mènent. En ces moments, il doit laisser tomber ses questions, préparées pour suivre la voie tracée par l’amant des mots. L’entrevue se transforme alors en dialogue où l’on peut aborder des thèmes hors champ qui nous révèlent la profondeur d’âme de l’auteur. 

C’est ainsi que la petite Thérèse (sainte Thérèse de Lisieux) nous a amenés à parler de l’importance qu’elle avait dans sa famille. Je connaissais l’amour que lui porte Fernand Ouellette, mais je n’avais pas planifié d’échanger avec lui sur la guérison de sa mère attribuée à Thérèse. Nous venions d’évoquer le film que lui a consacré le cinéaste Alain Cavalier lorsqu’il m’a fait cette confidence.

Une guérison

« Je suis sorti du cinéma en pleurant. Je me suis rappelé à quel point Thérèse était importante pour moi dès ma naissance. Thérèse c’était le totem familial parce que nous avions une photo d’elle et une statue à son effigie. »

Le poète se remémore également un évènement qui a marqué durablement l’histoire de sa famille : « Plus important encore, je me suis remémoré le fait que ma mère a eu la vie sauve grâce à un miracle de Thérèse. Quand mon frère cadet est né, ma mère a contracté la fièvre puerpérale. Le médecin ne lui donnait pas longtemps à vivre. À l’époque, il n’y avait pas les antibiotiques comme aujourd’hui. Mgr Conrad Chaumont, alors évêque auxiliaire de Montréal, était notre curé et est venu voir maman. Il a prié devant la statue de Thérèse de l’Enfant Jésus. Quand il est parti, elle était guérie ! J’avais oublié tout cela ! »

C’est également grâce à l’œuvre cinématographique de Cavalier, qui lui vaut le Prix du Jury et une mention spéciale du Jury œcuménique du Festival de Cannes de 1986, que Fernand Ouellette prend la décision d’écrire une livre sur la sainte qu’il publiera en 1996. 

Il amorce ses recherches en 1991. « J’ai connu des carmélites. J’ai donné des conférences dans des carmels à Québec, Trois-Rivières, Montréal. Cela m’a pris cinq ans. Durant ces années, j’ai vécu avec Thérèse. » 

Il découvre une Thérèse qui est loin des clichés que certains entretiennent sur elle. « Georges Bernanos a dit d’elle qu’elle était un chevalier français. Elle avait un côté mâle, un côté volontaire très prononcé. » 

Il regrette que l’histoire n’ait pas retenu ce qu’il considère être la vraie personnalité de la sainte. « On a presque fait d’elle quelqu’un de mièvre. C’est malheureux pour elle, car ce n’était pas comme cela qu’elle était. Elle a beaucoup souffert. »

Etty Hillesum

Outre Thérèse, Etty Hillesum joue un rôle important dans la vie spirituelle de Fernand Ouellette. « J’admire énormément cette femme. » Etty Hillesum, juive, est née en 1914 aux Pays-Bas. Elle meurt en 1943 à Auschwitz. 

Dans son livre Le danger du divin, Fernand Ouellette écrit sur elle de très belles phrases : « Lisons sa Vie bouleversée, un des grands livres de notre époque. Comment ne pas aimer Etty Hillesum ? Elle me bouleverse, m’humanise, m’arrache l’âme de la médiocrité, de la fuite et du ressentiment. Elle me donne foi en la grandeur et en la beauté humaines. »

« Que Dieu nous ait donné la liberté, à son image au fond, c’est une des choses les plus mystérieuses et des plus incompréhensibles. Puisqu’il nous a rendus semblables à lui, il nous a rendus libres. » 

Avec Etty Hillesum nous abordons tout naturellement la question du silence de Dieu. Silence qui a été la source de bien des questionnements parmi les croyants durant la Shoah et après cette catastrophe. Le poète ne pouvait pas demeurer insensible devant ces interrogations. 

« Je crois que parfois Dieu abuse de notre liberté ! », lâche-t-il en riant. 

Plus sérieusement, il poursuit sa réflexion sur ce sujet si délicat : « Il laisse les hommes tellement libres. C’est le même problème avec la souffrance des enfants. Pourquoi Dieu laisse faire ? Souvent, il aurait pu intervenir. La liberté est selon moi un des mystères de Dieu. Que Dieu nous ait donné la liberté, à son image au fond, c’est une des choses les plus mystérieuses et des plus incompréhensibles. Puisqu’il nous a rendus semblables à lui, il nous a rendus libres. » 

« Mais quand l’on regarde les conséquences de notre liberté et l’impact que cela a eu sur la souffrance humaine, c’est terrible ! C’est le questionnement de Job. Le livre de Job est majeur sur ce plan-là. Nous pouvons toujours questionner Dieu sur cela. Dieu est capable de prendre nos questions. Il est capable d’être patient parce qu’il les comprend. »

Le silence des arts

Il y a de ces silences que l’on voudrait voir remplis de mots et d’autres que l’on souhaiterait voir naitre. C’est le cas du silence dans les arts contemporains. Plusieurs croient qu’il s’est perdu. « Ce qui s’est perdu selon moi, et c’est en corrélation avec le silence, c’est la transcendance. C’est fini ! » 

« C’est fini », dites-vous ?

« On n’en voit plus, sauf exception, on ne sent plus la transcendance dans les œuvres d’art, qu’elles soient musicales ou picturales. On ne le sent plus. »

Cet article est la suite du texte « Une colombe vole dans la nuit : Fernand Ouellette, le poète visité par la grâce », publié dans le magazine de juillet 2020.

L’auteur et poète n’est pas tendre envers les membres de la confrérie de la plume : « Ce qui me désarme aujourd’hui, c’est la pauvreté de la littérature, de la poésie comme des romans, et l’absence de la transcendance. S’il n’y a plus de transcendance, il n’y a plus de dimension verticale. La poésie actuelle m’horripile parce que c’est tellement horizontal. Il n’y a tellement rien. Ce n’est tellement pas loin de la cuisine ! Je n’ai pas connu cela. Je n’ai pas été formé à la même école. »

Il croit tout de même que les œuvres de certains artistes contemporains sont imprégnées d’une forme de transcendance, mais elle « elle ne conduit pas à Jésus Christ qui lui amène au Père. Jésus Christ est fondamental pour moi. »

Fernand Ouellette croit que l’art contemporain peut encore mener à la découverte de Dieu, mais à une condition toutefois : « Encore faut-il que les auteurs et les artistes le cherchent ! S’ils n’y croient pas et qu’ils sont complètement indifférents, cela n’arrivera pas ! »

L’avenir éternel

Malgré tout, Fernand Ouellette n’est pas un homme aigri. Son humour est là pour en témoigner. Sans doute est-il triste et nostalgique, solitaire même. « Je me sens seul. Face à la mort, j’ai peur de mourir seul. Cependant sur le plan métaphysique je suis persuadé que je vais être avec Dieu. »

« La dimension de la peur a disparu. Dieu est présent dans ma vie. Il est avec moi. Il n’a pas de raison qu’il me quitte avant ma mort. Ma période de péchés est plus derrière moi que devant », lance-t-il le regard éclairé par une lueur taquine qui pétille et nous dévoile une personnalité forte, fière et confiante en son avenir éternel. 


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Yves est un missionnaire dans l’âme, spécialiste de renom des sectes et de leurs effets. Journaliste depuis plus de vingt-cinq ans, il aime entrer en dialogue avec les athées, les indifférents et ceux qui adhèrent à une foi différente de la sienne.

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