La fin des possibles

Il y a deux mois, je pensais que pour moi tout était possible.

J’ai de l’argent, j’ai du temps.

Je n’ai ni enfants ni engagements.

Pas même un appartement.

Tout est possible, me disais-je naïvement.

Je peux aller où je veux, faire ce que je veux.

Je peux dorer sur les plages des Seychelles, danser sur le pont d’Avignon.

Je peux marcher sur le chemin de Compostelle, prier au mur des Lamentations.

Il y a deux mois, je croyais que tout était possible.

Mon seul défi était de me décider devant ce choix surabondant,

de me fixer dans mes désirs changeants.

Aujourd’hui, j’ai encore plus d’argent et de temps,

mais je ne peux plus aller à Saint-Tropez ni à Percé.

Les vols sont annulés, les régions sont fermées.

Je ne peux même plus aller voir ma bienaimée,

pourtant emmurée dans le même quartier.

Il n’y a que le caissier que je peux encore fréquenter.

Mais encore, à travers son plexiglas aseptisé.

Paf ! La pandémie marque la fin des possibles.

Il n’est plus possible de voyager,

plus possible de se visiter,

plus possible de s’embrasser.

Pour ceux qui osent encore aller marcher,

un regard croisé est vu comme un crime de lèse-majesté.

Il n’y a que les écrans qui sont encore innocents.

La foi envers les médecins a fermé les églises.

L’amour de la vie a banni les mariages.

La peur de la mort a tué les funérailles.

La distance est notre assurance, scande la gouvernance.

Comme si la proximité était du prosélytisme.

Comme si toucher était tuer.

Nul doute que le diable jubile de cette bombe atomisante.

Obus tombés sur nos consciences dociles à la “pandivision”.

Finis les festivals, finies les récréations.

Désormais, il n’est plus possible de sortir.

Mais si nous ne pouvons plus sortir, nous pouvons toujours entrer.

Entrer chez soi, rentrer dans sa maison.

Entrer en soi, rentrer dans ses oraisons.

Entrer en elle, entrer en lui.

Rentrer en nous qui étions l’un hors de l’autre.

Entrer dans les grandes œuvres, rentrer dans la vie de l’esprit.

Entrer dans le spirituel, rentrer dans l’essentiel.

Entrer dans ce lieu intime où l’on découvre cet inconnu que l’on appelle soi.

Entrer plus avant encore et rencontrer cet inconnu que l’on appelle l’Autre.

Entrer c’est le début des impossibles.

Le début des libérations.

Le début des réconciliations.

Le début des conversations.

Le début des conversions.

Nouveaux possibles que l’on croyait impossibles.

Comme quoi la fin des possibles marque le début des impossibles.


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Simon Lessard

Fourmillant d’idées novatrices, Simon s’est joint à notre équipe de rédaction pour faire grandir Le Verbe en taille et en grâce. Féru de philosophie et de théologie, il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité. Toute son essence est distillée en son totem scout renard amical et son personnage Disney fétiche : Timon!

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