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La mère Teresa de Saint-Anselme

Louise Brissette
Photo: Elias Djemil

Quelques semaines avant notre visite, Louise Brissette revenait d’un séjour en Équateur avec ses 27 enfants handicapés. Vous n’avez pas la berlue, vous avez bien lu 27. Un tel voyage relève de l’exploit, mais la femme de 73 ans est plus audacieuse et énergique que jamais. Pas étonnant que, dans Bellechasse, on l’appelle «la mère Teresa de Saint-Anselme».

Comment une mère de 27 enfants fait-elle pour ne pas être complètement épuisée par ses journées?

Je m’aperçois, au fil des années, que j’ai vraiment confiance au bon Dieu; je m’abandonne à lui.

Louise Brissette
Photo: Elias Djemil

Quand je fais un retour sur mon enfance, je réalise que l’important – et c’est ce que j’essaie de transmettre à mes enfants –, c’est la confiance en soi. Pas pour être présomptueux, mais pour être capable de donner. Je vois qu’une chose que mes parents m’ont laissée comme héritage, c’est de me faire confiance. Je suis la cinquième d’une famille de six et j’admirais beaucoup mes grands frères, sœurs et cousins. Or, mes parents ont fait confiance à la petite Louise que j’étais.

Si on te fait confiance, tu oses entrer dans le service. Mais si tu n’as pas confiance en toi, tu n’oseras pas t’avancer. Avec le bon Dieu, il faut oser aussi.

Ce sont tes parents qui t’ont transmis la foi?

Oui. C’étaient des catholiques engagés, pas seulement en parole, mais en action. Chez nous, il y avait toujours des gens. C’était dans le temps où des quêteux venaient à l’automne et au printemps. On avait hâte qu’ils arrivent. Ils pouvaient rester deux ou trois jours. Mes parents ont toujours été accueillants. Il y avait toujours de la place pour quelqu’un et ils étaient toujours prêts à dépanner.

Louise Brissette
Photo: Elias Djemil

Le dimanche aussi, on allait à la messe. Durant le carême, c’était tous les jours. Et ce n’était pas lourd, c’était beau, c’était grand. Le sacrement qui m’a donné de la force, c’est la confirmation: être soldat du Christ, disait-on. Je trouvais que c’était beau. À l’époque, le soldat était perçu comme rassurant, quelqu’un de bon, qui venait pour t’aider, pas un combattant. Quelqu’un qui aide envers et contre tout, même si c’est difficile.

Louise Brissette
Photo: Elias Djemil

J’avais hâte que mes enfants aussi soient confirmés. Le baptême, c’est merveilleux, mais on ne s’en souvient pas. La confirmation, elle, m’a beaucoup marquée. C’est un engagement avec lequel on reçoit toujours de l’aide, car c’est Jésus qui est avec nous. Ça m’a donné un élan. On ne s’engage plus aujourd’hui, l’engagement est très précaire.


Ce texte est tiré du magazine Le Verbe, Janvier 2020. Pour consulter la version numérique, cliquez ici. Pour vous abonner gratuitement, cliquez ici.


J’imagine que tes enfants t’ont aussi aidée à te rapprocher de Dieu?

Absolument! Ils sont tellement proches de l’authenticité humaine. Si tu neconnais pas le bon Dieu, tu ne peux pas faire autrement que le rencontrer en les côtoyant.

Ils sont beaux, vrais, purs, bons. C’est tout ce qu’on veut d’une personne dans la vie, au fond. Leur engagement est très important. Le soir, après le souper, ils viennent m’aider pour de petites tâches.

Comment t’es venu cet appel à adopter des enfants handicapés?

Toute petite, dans ma rue, on m’appelait «la mère aux petits». On me demandait de promener un enfant ou de le garder et je lâchais tout pour y aller.

Quand je suis arrivée en Amérique latine, c’était l’épidémie de poliomyélite et les enfants arrivaient par camion. On ne savait pas leur âge, leur nom ni d’où ils venaient et on les laissait à l’hôpital. Pour moi ç’a été le plus grand cri de ma vie. Parce qu’un enfant ne parle plus, est handicapé, on le décharge quelque part? C’est terrible pour un enfant d’être abandonné, ils ne peuvent rien faire!

Louise Brissette
Photo: Elias Djemil

Ensuite, je suis allée au Cameroun et je me suis retrouvée encore à travailler avec des enfants malades. Quand je suis revenue au Québec, j’ai finalement décidé d’adopter un premier enfant handicapé. Ici, on ne les abandonne pas à proprement parler, mais ils restent parfois dans des hôpitaux très longtemps. Au début, j’allais les chercher, et avec le temps, ce sont les parents qui sont venus vers moi.

C’est l’amour gratuit qui importe.

Quand tu vis par amour des enfants, il y a juste ça qui t’intéresse dans la vie, qui vaut la peine d’être vécu. C’est dans l’audace d’aimer et dans l’audace de croire. Je ne me casse jamais la tête avec ce qui va arriver. Bon, je planifie grossièrement. Un jour, je vais mourir, mais je ne peux pas tout planifier quand ça arrivera. Ce sont les enfants du bon Dieu, il veut le meilleur, alors je suis sure que ce qui arrivera sera le meilleur. Je vois tous les jours que Dieu est là. C’est dans la prière aussi…

Photo: Elias Djemil
Et tu trouves le temps de prier?

Disons que je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil… Je ne sais pas, je n’ai pas de problèmes. C’est le bon Dieu qui les règle. Moi, je fais le reste. Je dors environ quatre ou cinq heures, puis je ne suis plus fatiguée. Je trouve ça extraordinaire, mais c’est un cadeau du bon Dieu. Il me donne la santé dont j’ai besoin. C’est la même chose pour les finances. Ça ne me préoccupe pas. J’ai une belle innocence. Ha! ha!

+ Le site Web de la famille: www.lesenfantsdamour.com


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James Langlois

Jeune époux et père, James travaille pour Le Verbe comme adjoint au rédacteur en chef. Il a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Son cursus témoigne de ses nombreux champs d’intérêt, mais surtout de son désir de transmettre, de comprendre et d'aimer.

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