En présence réelle

L’hiver approche.

Rassurez-vous, ce n’est point pour vous servir une énième chronique nostalgique sur le phénomène Game of Thrones que je vous dis cela.

Il s’agit d’un simple constat.

L’hiver approche, et progressivement la vie sociale migre vers l’intérieur.

Cette pensée m’est venue quand, par une belle fin d’avant-midi, mère indigne que je suis, j’ai décidé d’emmener mon fils de six mois dans un resto du quartier, un haut lieu de restauration rapide pas santé pantoute.

En me délectant d’un « hotdog-frites », j’y ai croisé des retraités venus socialiser, des étudiants heureux de s’éloigner de l’école l’espace d’un midi.

« Lorsque j’arrive à transcender mon égo et mes préjugés, je réalise combien il est profitable de pouvoir croiser régulièrement des personnes apparemment aux antipodes de ce que je suis. »

Pour le pire, mais surtout pour le meilleur

Je ne sais pas pour vous, mais il m’arrive parfois de me retrouver installée à côté d’une personne qui me tape sur les nerfs dès la seconde où je l’aperçois. Mes pensées partent alors en vrille et je m’imagine à quel point nous devons être opposées quant à notre style de vie et à nos valeurs.

À quoi bon risquer de croiser ce genre d’étrangers désagréables alors que je pourrais me commander un repas en ligne par DoorDash en restant dans le confort de mon salon ? Netflix-and-chill

Parce que c’est souvent dans ce genre de lieu informel que, pour le meilleur et pour le pire, je me sens le plus proche de mon prochain. Que j’ai la conviction que de m’y retrouver est une occasion de grandir en humanité.

Lorsque j’arrive à transcender mon égo et mes préjugés, je réalise combien il est profitable de pouvoir y croiser régulièrement des personnes apparemment aux antipodes de ce que je suis. C’est souvent dans ces lieux qu’il me fut donné de vivre les plus fructueux débats comme les véritables dialogues.

Loin de ce que j’expérimente en général sur les réseaux sociaux.

Pour plusieurs personnes, fréquenter ces lieux le temps d’un verre ou d’un repas, c’est se sentir moins isolées et anonymes. Dans les joies comme dans les souffrances du quotidien ou devant le sentiment d’injustice que leur fait vivre une situation, elles peuvent se retrouver, l’espace d’un instant, un peu moins esseulées. Il n’est pas rare que cette proximité permette, par-delà même les différends idéologiques, de se reconnaitre et de s’épauler dans les aléas de nos vies.

Au-delà de la consommation

Quand l’hiver approche, le restaurant ou le petit café chaleureux du coin, lieux pourtant qualifiés de non essentiels dans ce contexte de pandémie, deviennent donc un point de rencontre incontournable pour une communauté.

Ce n’est pas mon intention ici de débattre du bienfondé d’en interdire l’accès à toute une partie de la population, c’est-à-dire les personnes non vaccinées, relativement aux circonstances exceptionnelles que nous traversons.

Espérons à tout le moins que ce sera temporaire.

Puisque, pour grandir, nous avons tous besoin de l’autre, si différent soit-il de nous, l’intérêt de ces lieux communs va bien au-delà du fait de pouvoir reprendre la consommation de divertissements en « présentiel ».

Tous, qui que nous soyons, nous avons soif d’une Présence réelle.

Cet article est d’abord paru dans notre magazine de novembre 2021. Cliquez sur cette bannière pour y accéder en format Web.

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Émilie Frémont-Cloutier

Émilie Frémont-Cloutier est formée en travail social. Œuvrant comme missionnaire de rue, bénévole et travailleuse dans le milieu communautaire, elle a soif de justice sociale et cherche passionnément l’extraordinaire qui se cache dans la vie des gens ordinaires.

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