Désert Villeneuve
Photo : Jeff Sullivan / Flickr

Pourquoi Dune est-il tant acclamé ?

Le très attendu Dune est sorti depuis quelques jours déjà et a fait couler beaucoup d’encre. D’où vient que la critique apprécie à ce point le film de Denis Villeneuve ? Peut-être parce qu’en rappelant à notre raison certains des enjeux les plus importants, il sollicite avant tout nos sens. Plongée dans un monde qui nous dépasse.

Dès les premières minutes de visionnement, et même simplement en regardant la bande-annonce, une chose apparait clairement : sur le plan esthétique, c’est réussi. Patrice Vermette, Greig Fraser, Tom Brown et les autres ont conçu des images époustouflantes. Hans Zimmer a créé une musique qui accompagne harmonieusement le film. 

Surtout, l’adaptation de Villeneuve est infiniment mieux ficelée que celle de David Lynch, parue en 1984. Mais aurait-il pu en être autrement ?

Le cœur et la raison

Le réalisateur n’a pas changé son habitude d’évoquer des tensions fondamentales et inhérentes à la vie humaine. Et il met encore en scène des personnages qui se situent à la frontière des grandes positions qu’on peut prendre lors de notre court passage dans l’existence. 

Dans Blade Runner 2049 (2017), Villeneuve avait mis en scène un des enjeux les plus terrifiants du monde moderne en présentant un personnage machine, mais mis au monde de manière naturelle.

Dans Dune, encore, des domaines radicalement différents se chevauchent : l’écologisme et la religion entrent en conflit avec l’exploitation sauvage du monde et la politique.

D’un côté, le cœur, le souci et ce qui nous dépasse. De l’autre, la froide intelligence, l’utilisation et la puissance humaine.

Synopsis, donc : le jeune Paul Atréides entre en contact avec les Fremen qui peuplent la planète Arrakis, exploitée sans vergogne pour une denrée précieuse, l’Épice. 

Les Fremen sont à l’opposé des voleurs de ressources. Ils connaissent de manière naturelle la planète qu’ils habitent, et ils l’habitent comme une maison. Le peuple indigène comprend comment marcher dans le désert et sait comment conserver son eau pendant de longues périodes. 

Il sait surtout comment éviter les vers géants (oui, quelqu’un a inventé ça) qui nagent sous le sable et menacent les humains : image assez simple de tous les maux qui risquent de nous arriver si nous ne prenons pas soin de la Terre, si nous volons trop les richesses qui devraient servir aux générations futures.

Villeneuve l’a dit ainsi : « La nature est au cœur du roman et je voulais qu’elle soit au cœur du film aussi ».

La nature hostile et belle

Mais il y a un autre enjeu auquel Frank Herbert – l’auteur du roman dont est tiré le film – et Villeneuve accordent une grande place : la difficulté du rapprochement entre la religion et la politique.

Car – synopsis, prise 2 –, Paul Atréides est un prince, fils d’un roi. Sa mère, elle, est une sorte de religieuse de l’ordre mystérieux, scientifique et puissant de Bene Gesserit. Elle l’accompagne d’ailleurs tout au long de sa quête vers la rencontre d’un autre peuple et de la découverte de son rôle, car, lui laisse-t-on entendre, il est l’« élu ».

Quelle est sa « quête » ? En a-t-il une, en fait ? Et est-il véritablement l’« élu » ? Le film semble se contenter de présenter les questions, de montrer quelques zones de tension entre les différentes facettes de nos existences. J’en retire un peu la même impression qu’après l’écoute de ses autres films : on a posé mille problèmes, mais rien ne nous indique quelle réponse tirer. Peut-être devons-nous répondre nous-mêmes aux questions. 

On pourrait même dire que c’est un anti-« film à thèse ».

Donc, sans désirer absolument qu’on me présente un système d’idées quand je vais au cinéma (surtout lorsqu’il s’agit du premier volet d’une saga), vous comprenez que j’étais un peu déçu dans mes grandes espérances philosophicolittérarocinématographiques, car j’espérais une thèse à laquelle pouvoir m’accrocher pour aimer/critiquer le film.

Jusqu’à ce que ma copine me fasse remarquer qu’en fait, le plus important du film ne réside peut-être pas dans les dialogues, mais dans l’esthétique qui nous présente un univers cosmique si grand et si beau, des mondes humains si grands mais si froids, et une nature si hostile mais si belle. 

Et dans la musique, où on entend parfois des chants aux connotations religieuses, désespérées, profondes ou confiantes, et parfois des sons impressionnants mais qu’on sait provenir d’un ordinateur. Et parfois, surtout, de moments où on ne sait plus si c’est une voix ou bien un ordinateur qui « joue », comme si on perdait l’être humain dans la machine, et comme si la machine voulait imiter l’être humain. 

Bref, c’est toute cette esthétique de la grandeur, du suspense, de l’entredeux, qui me semble être véritablement la marque de Villeneuve et de ses collaborateurs.

Au-delà du quotidien

Les grandes questions se ressentent souvent bien mieux avec des images et de la musique, avec des yeux et des oreilles. Et le cinéma, au fond, même s’il est le produit de bobines de film, de caméras électroniques et d’écrans géants, cherche souvent – parfois malgré lui – à toucher notre cœur et à lui faire voir ce que notre quotidien nous refuse trop souvent. 

Évidemment, on peut aller au cinoche pour se distraire, et rien ne change. Mais j’ose croire que Villeneuve a pour but de nous faire gouter davantage dans le cinéma. 

Car si le cinéma nous fait voir, c’est nous qui devons interpréter, penser, trancher.


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Ambroise Bernier

Ambroise Bernier étudie la littérature à l’Université Laval. Féru de poésie comme de prose, il révise nos textes destinés au site Web.

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