christianisme social
Photo: tirée de la page Facebook du Centre Justice et foi.

Les mémoires Web du christianisme social au Québec

La semaine dernière apparaissait sur la toile « Mémoire du christianisme social au Québec ». Le site est le fruit du travail de l’équipe du Centre justice et foi des Jésuites (notamment responsable de la revue Relations, l’une des plus importantes et anciennes publications chrétiennes au Québec) en collaboration avec L’Encyclopédie de l’Agora.  

Véritable manne d’informations sur un aspect souvent oublié de l’histoire intellectuelle du Québec, le site nous met en contact avec les grandes questions, les grands débats et les grandes figures de ce mouvement au carrefour entre la philosophie, la théologie chrétienne et les idées sociales dites progressistes ayant eu cours depuis la fin du XIXesiècle. 

Dans notre contexte de « sortie de chrétienté », où le christianisme social comme force considérable semble s’essouffler, on y trouve des dossiers fouillés et bien documentés sur les grandes questions sociales qui ont fait l’objet de débats parfois musclés dans l’Église et la société québécoise. 

De la place de la femme dans la société aux luttes ouvrières, en passant par la question écologique et les enjeux de solidarité internationale, « Mémoire du christianisme social au Québec » met en lumière la profondeur et l’intensité des lignes de fractures caractéristiques de cette époque en relevant la pertinence et l’impact d’acteurs souvent mieux connus du public pour leur engagement social et politique que pour leur filiation chrétienne. On pourrait penser, par exemple, à Michel Chartrand, à Gérald Larose et bien d’autres.

Des débats houleux

Plusieurs visiteurs du site pourraient être surpris par le degré d’ouverture de certains débats. À titre d’exemple, on nous informe sur l’intensité de l’action des chrétiens sociaux en faveur de la contraception chimique ou de l’avortement, enjeux moraux qui sont clos pour l’Église catholique.

Sur les questions économiques, ouvrières, syndicales, « Mémoire sociale du christianisme au Québec » relève, avec documents et photos d’archive à l’appui, les débats qui ont régné entre les tenants d’une vision dite « clérico-nationaliste » du développement économique — favorable à l’émergence d’une nouvelle élite économique canadienne-française — et les tenants d’une perspective économique axée sur la défense des droits des travailleurs. 

Les premiers, davantage soucieux d’harmonie et d’ordre social, ont condamné les excès syndicaux alors que les seconds, plus radicaux dans leurs revendications, ont encouragé une vision plus combattive et internationaliste de la lutte ouvrière.

Épousant parfois les préceptes de la théologie de la libération — ou encore une perspective personnaliste dont ils notent l’importante influence dans l’avènement et le déroulement de la Révolution tranquille — certains se sont ainsi engagés dans une critique assez radicale de l’Église préconciliaire en relation avec les questions sociales et économiques, la décrivant comme une force d’arrière-garde dans la marche du progrès humain. 

Droit dans les yeux

Qui plus est, « Mémoire du christianisme social au Québec » nous instruit également sur les importantes contributions des « chrétiens sociaux » dans le développement de la perspective catholique sur des questions dont l’actualité demeure brulante, comme le développement international, mais aussi, et surtout, la question écologique. Sur cette dernière, l’Église postconciliaire s’est exprimée avec une récurrence n’ayant d’égal que son énergie ; les papes Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI et François l’ont fait avec une intensité s’accélérant. 

Consulter une telle ressource, formulée au moment critique ou la mouvance chrétienne sociale au Québec s’efface devant l’émergence de formes nouvelles de progressisme, parfois plus radicales et souvent hostiles aux enseignements de l’Église sur de multiples questions, c’est regarder un aspect fondamental du passé récent du Québec droit dans les yeux. C’est aussi mieux comprendre la nature des transformations sociales si profondes et importantes qu’a traversé le Québec dans le tumultueux XXe siècle. 

Le contact avec cette histoire est l’occasion d’une remise en question : dans quelle mesure et jusqu’à quel point les chrétiens peuvent-ils mettre en relation leur foi avec des idées, des idéologies proprement modernes, l’actualiser, dirait-on, tout en évitant le péril imminent à travers les âges de la dilution et de l’effacement ? 


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Benjamin Boivin

Candidat à la maitrise à l’Université du Québec à Montréal, Benjamin Boivin se passionne pour les enjeux de société au carrefour de la politique et de la religion.