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L’Afrique, ce grand pays

Afrique
Photo: Valérie Laflamme-Caron

C’est dans ces termes que la rédaction du Verbe m’a proposé ce petit contrat de journalisme :

« On aimerait t’envoyer en Afrique pour faire un reportage sur les projets des Œuvres pontificales missionnaires. »

L’anthropologue en moi a ri en se disant « L’Afrique, ce grand pays… ». Comme l’illustre cette carte conçue par le journaliste britannique Mark Doyle, l’Afrique est un continent aussi grand que la Chine, les États-Unis et l’Inde… rassemblés ensemble. On y trouve un milliard d’habitants répartis dans cinquante-quatre pays et parlant près de deux-mille langues.

J’ai évidemment voulu en savoir plus. C’est alors qu’on m’a parlé du Rwanda et de ses camps de réfugiés où l’on accueille des Congolais, des Burundais et, plus récemment, des Soudanais. J’y ai réfléchi cinq minutes et j’ai accepté la proposition. 

Quand j’en ai parlé autour de moi, on m’a regardé l’air inquiet. On a évoqué mon « courage », comme si je m’en allais au front, au cœur d’une zone de guerre. 

En réalité, le Rwanda est actuellement un des pays d’Afrique les plus sécuritaires. La croissance économique y est fulgurante. Avant mon départ, j’ai lu qu’on y appréciait son réseau routier efficace et la propreté de sa capitale, Kigali.

Depuis 2019, le club de foot Paris Saint-Germain fait la promotion du pays des mille collines en affichant sur ses maillots le slogan « visit Rwanda ». Ce petit territoire d’Afrique de l’Est est en train de devenir une destination touristique prisée des plus fortunés. 

Une nation qui relève les défis

Le développement socioéconomique rwandais n’est évidemment pas parfait.

Le pays se trouve dans une région traversée de multiples tensions. Les déplacements de populations sont nombreux. Le salaire mensuel d’un petit fonctionnaire représente une cinquantaine de dollars. Les enseignants, par exemple, gagnent environ deux-cent dollars par mois. Dans ces conditions, les besoins restent immenses.

Le Rwanda a toujours besoin d’une aide extérieure pour soutenir ses communautés les plus vulnérables, particulièrement les réfugiés qui sont plus de 150 000 à y avoir trouvé asile. Ces derniers représentent 1,2 % de la population locale. Le Rwanda s’est d’ailleurs illustré sur la scène internationale en accueillant le premier des réfugiés africains bloqués en Libye.

Ainsi, on retrouve au Rwanda une multitude d’organisations à vocation humanitaire. 

Pour être honnête, je dois vous dire que je me méfie de l’humanitaire.

Les limites de l’humanitaire

Dans l’imaginaire occidental, nous confondons souvent les notions de développement et d’aide humanitaire. Ces concepts renvoient à des réalités différentes.

Le développement se définit comme « un processus global d’amélioration des conditions de vie d’une communauté sur les plans économique, social, culturel ou politique ». Il s’agit d’une entreprise à long terme où l’on mobilisera les différents acteurs de la société dans une perspective de renforcement des capacités.

L’humanitaire renvoie plutôt à « une aide d’urgence destinée à apporter une assistance rapide aux populations ». L’action humanitaire se déploie ponctuellement en situation de crise : soins médicaux en période de guerre, distributions alimentaires lors de famines, offre d’hébergement à la suite de catastrophes naturelles. L’aide humanitaire est menée par des professionnels qui ne visent pas à transformer la société mais à répondre à des besoins immédiats.

Malheureusement, certains acteurs de l’humanitaire agissent comme des rapaces qui se nourrissent de la misère du monde. Comme partout, des prédateurs sexuels profitent de leur position d’autorité pour exploiter des personnes vulnérables, que ce soit en ayant recours à la prostitution ou en perpétrant des abus sur des enfants.

À eux seuls, les camps de réfugiés représentent une industrie estimée à 25 milliards de dollars.

L’humanitaire s’arrime désormais à un business où chacun tente de tirer son épingle du jeu. Afin d’atteindre leurs objectifs financiers, certaines organisations n’hésitent pas à renforcer les stéréotypes concernant les nations africaines.

Afin de combattre ce phénomène, l’organisme SAIH Norway a octroyé plusieurs Rusty Radiator Awards, un prix du démérite qui vise à souligner le pire du pire en matière de campagnes de levées de fonds. Ils produisent aussi des vidéos satiriques qui mettent en lumière ces narratifs qui portent atteinte à la dignité des personnes.

À eux seuls, les camps de réfugiés représentent une industrie estimée à 25 milliards de dollars.

La plus grande, c’est la charité  

Il ne faut pas sombrer dans le cynisme, mais seulement être conscients que ce ne sont pas les organisations qui ont les meilleures campagnes publicitaires qui sont les plus crédibles. Il importe donc de s’informer sur les organisations à qui l’on donne. L’enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions.  

Les Œuvres pontificales missionnaires constituent un vaste réseau de solidarité entre les diocèses du monde entier, à cheval entre l’humanitaire et le développement, menés dans une perspective d’évangélisation. Leur programme Enfance missionnaire, qui porte le nom de Mond’Ami au Québec, vise à offrir aux enfants une éducation spirituelle, morale et sociale. 

Cette démarche s’apparente à une éducation à la solidarité, qui a pour finalité « le changement des mentalités et des comportements de chacun dans le but de contribuer individuellement et collectivement à la construction d’un monde juste, solidaire et durable ». On invite les enfants à aider les enfants en les mobilisant dans des projets qui prennent différentes formes selon les diocèses. 

Ici, au Rwanda, Enfance missionnaire coordonne un programme particulier. À travers des activités éducatives et ludiques, on met en relation des enfants nés dans des camps de réfugiés et des enfants de la communauté locale. 

Si je suis au Rwanda, c’est pour mettre en valeur ces projets portés à bout de bras par ces prêtres, religieuses et bénévoles.

Lors de notre arrivée, autour d’un Fanta à l’orange, le père Alfred nous a remerciés de notre venue : 

« Quand des gens quittent leur pays et viennent de loin pour voir les pauvres chez nous, c’est pour nous une interpellation. Ça nous rappelle que même si on n’a pas grand-chose, on peut les respecter, les aimer. On peut leur dire que leur pauvreté n’enlève rien à leur humanité ». 

Au Rwanda, j’apprendrai qu’on ne donne pas parce qu’on possède, mais parce qu’on aime. 


Dans le cadre d’un partenariat entre Le Verbe médias et les Œuvres pontificales missionnaires, ces dernières ont assumé les frais de déplacement de notre journaliste.


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Valérie Laflamme-Caron

Valérie Laflamme-Caron est formée en anthropologie et en théologie. Elle anime présentement la pastorale dans une école secondaire de la région de Québec. Elle aime traiter des enjeux qui traversent le Québec contemporain avec un langage qui mobilise l’apport des sciences sociales à sa posture croyante.

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