Hong Kong
Photo : Artur Kornakov / Unsplash

Hong Kong : la démocratie vacille

Depuis le début de l’année 2019 se trame à Hong Kong une situation politique grave à laquelle l’Occident s’est trop peu intéressé. D’importantes manifestations se sont déclenchées en réaction à un projet d’amendement de la loi d’extradition applicable dans la région administrative spéciale de Hong Kong. Soupçonné de mettre en péril le caractère libéral et relativement démocratique, l’ordre politique en place est visé par ces contestations. 

Un brin de contexte s’impose pour bien comprendre cette partie du monde qui nous est peu familière. Soulignons pour commencer que Hong Kong jouit, dans sa relation avec le gouvernement chinois, d’un statut très particulier. Ancienne colonie britannique convoitée pour son potentiel commercial, Hong Kong n’a été rétrocédé en grande pompe à la Chine populaire qu’en 1997, mettant ainsi un terme symbolique à la longue épopée de l’Empire britannique

Afin de préserver les institutions libérales distinctives de Hong Kong, un accord basé sur le principe « un pays, deux systèmes » avait alors été mis en place, permettant la pleine protection des particularités économiques et politiques du système hongkongais. En somme, à l’intérieur du géant communiste qu’est la Chine se trouve une enclave libérale et démocratique, protégée par le droit, que l’on appelle une région administrative spéciale. 

Écoutez la chronique de Benjamin Boivin à On n’est pas du monde.

Ce principe prévoit que Hong Kong préserve son indépendance dans presque toutes les sphères d’activités, à l’exception des relations internationales.

Assez rapidement toutefois, le gouvernement central de la Chine populaire a manifesté son ambition et son désir d’influencer la réalité hongkongaise, déclenchant une série de controverses particulières sur un ensemble de pratiques gouvernementales jugées invasives à l’égard de la région administrative spéciale.

Érosion des libertés citoyennes

Récemment, c’est une modification proposée du régime d’extradition judiciaire entre Hong Kong et le gouvernement central qui a suscité l’ire de la population hongkongaise. Cette modification aurait pour effet de faciliter l’extradition de citoyens de Hong Kong vers la Chine continentale, les exposant à l’arbitraire du système judiciaire de la République populaire de Chine, dont le régime hongkongais devait demeurer strictement indépendant. 

Il s’agit là d’une question de la plus haute importance : […] il est bien ici question d’un peuple libre auquel on soutire — dans un climat de désintérêt général — ses droits et libertés politiques les plus fondamentaux. 

Ces contestations, qui ont escaladé rapidement en manifestations de masse, se sont articulées autour d’une série de cinq demandes : le retrait plein et entier du projet de loi en question, la cessation de la caractérisation des manifestants comme des émeutiers par les autorités, la libération des manifestants incarcérés, la mise en place d’une commission d’enquête et la démission de Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de Hong Kong. 

Or, la situation demeure tendue alors que Beijing a choisi d’adopter une ligne dure avec la mise en place de mesures législatives extraordinaires sous le prétexte de protéger la sécurité nationale. De son côté, le gouvernement local s’attaque aux manifestants et profite de la pandémie pour tenter de rétablir artificiellement le calme dans la demeure.

Indifférence à l’Ouest

Ces troubles politiques en Extrême-Orient n’ont suscité qu’un intérêt limité de notre côté du globe, alors que des tensions importantes traversent également nos sociétés. Or, il s’agit là d’une question de la plus haute importance : en effet, il est bien ici question d’un peuple libre auquel on soutire — dans un climat de désintérêt général — ses droits et libertés politiques les plus fondamentaux. 

Dans de telles circonstances, plusieurs tournent leur regard vers l’Église et son chef, le pape François. Pourtant soucieuse de défendre les droits et les libertés, notamment religieuses, de ses fidèles, la diplomatie vaticane demeure discrète alors qu’une forte minorité catholique à Hong Kong, en plus de tous les autres citoyens, se voit attaquée par la Chine communiste.  

C’est que l’Église catholique se trouve actuellement dans une position délicate.

En effet, si le pape dirige l’Église, il est également un souverain temporel à la tête de l’État de la Cité du Vatican et du Saint-Siège, actuellement affairé à régulariser ses relations politiques et diplomatiques avec Beijing depuis plusieurs années, avec des résultats mitigés. En particulier, l’enjeu pour l’Église est de chercher à défendre ses droits et ceux de ses fidèles de Chine continentale devant un régime idéologiquement opposé à la religion et spécialement soucieux d’exercer sur elles un fort contrôle étatique. 

Panier de crabes diplomatique

Dans ce contexte, un appui, même tacite, aux demandes démocratiques à Hong Kong met en péril sa position déjà fragile vis-à-vis Beijing, alors que pourtant plusieurs responsables religieux locaux demandent de Rome un appui plus clair. L’évêché de Hong Kong, aujourd’hui vacant, est administré actuellement par le prélat John Tong Hon, un modéré favorable à la démocratisation.

La nomination d’un nouvel évêque, qui se fait attendre, sera un indicateur de la politique du Saint-Siège dans ce dossier sensible. 


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Benjamin Boivin

Candidat à la maitrise à l’Université du Québec à Montréal, Benjamin Boivin se passionne pour les enjeux de société au carrefour de la politique et de la religion.

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