pénitence
Photo tirée du film Le festin de Babette. © 1987 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.

10 chefs-d’œuvre pour passer à travers le carême

« La beauté sauvera le monde. » Si Dostoïevski a raison, alors quelques grands classiques musicaux et cinématographiques pourraient bien contribuer à sauver notre carême en ces temps troubles. Voici 10 chefs-d’œuvre pour nous aider à méditer sur la mort et la pénitence sans sombrer dans le relâchement et le désespoir.

1. L’Actus Tragicus de Bach

« Le temps de Dieu est le meilleur des temps. » Cette œuvre de jeunesse de Bach se range malgré tout parmi les plus sublimes. Appuyée sur des textes bibliques, elle propose de méditer le thème de la mort selon l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. L’être humain doit se préparer à mourir en ordonnant sa vie et en poursuivant la sagesse. Mais dans le Christ, cette fin terrestre est le début d’une vie céleste et ouvre ainsi la voie à la confiance et même à la joie.

2. Andréï Roublev de Tarkovski

D’abord censurée par le parti communiste soviétique, cette œuvre cinématographique fait aujourd’hui partie de la célèbre sélection du Vatican des 45 films les plus importants de tous les temps. Il retrace la vie du célèbre peintre d’icônes Roublev à travers les turbulences de la Russie du 15e siècle. Découpé en 8 tableaux, il constitue une fresque d’idées sur l’art, la foi et le sens de l’histoire. La reconstitution de la Passion du Christ dans la neige est d’une poésie inoubliable, ainsi que l’épilogue en couleur qui expose les plus belles icônes de Roublev, dont sa célèbre Icône de la Trinité.

3. L’Office des défunts de Luis Tomas de Victoria

Composé en 1603, en Espagne, à la suite du décès de l’impératrice Marie d’Autriche (dont Victoria était l’aumônier personnel), ce requiem pour six voix à capella constitue le « chant du cygne » du plus célèbre des disciples de Palestrina. Une méditation sur le mystère de la mort qui, par sa beauté, réussit à faire triompher l’espérance sur la douleur.

4. Le Grand Silence de Philip Gröning

En 1984, Philip Gröning écrit au Monastère de la Grande Chartreuse, en France, pour proposer aux moines de réaliser un film sur leur mode de vie extraordinaire. 15 ans plus tard, il reçoit une réponse favorable qu’il n’attendait plus ! Ce documentaire contemplatif nous permet d’expérimenter la vie des fils de saint Bruno dans ce monastère célèbre. Une splendide ascèse cinématographique de trois heures, presque sans paroles, et qui se résume en deux cartons de cinéma muet : « Celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple » et « Tu m’as séduit Seigneur et moi je me suis laissé séduire. »

5. Douze psaumes de pénitence d’Alfred Schnittke

Temps de conversion par excellence, le carême se prête à merveille pour méditer ces 12 psaumes de pénitence. Alfred Schnittke a créé cette œuvre mystique pour chœur mixte à capella en 1988 à Moscou, peu de temps avant la tombée du rideau de fer. Un heureux mélange des spiritualités juives, catholiques et orthodoxes, venant respectivement de son père, de sa mère et de sa Russie natale. Dense et exigeant, actuel et éternel, ce chef-d’œuvre aux multiples styles et influences saura vous faire vivre les tensions inhérentes à toute démarche d’expiation. 

6. La Parole de Carl Theodor Dreyer

Les trois fils d’un fermier danois ont des croyances religieuses divergentes. Le cadet, Anders, léger et amoureux, partage la religion de son père. L’ainé, Mikkel, est agnostique, mais avec un bon cœur. Quant à Johannes, il est fou et se prend pour Jésus. Alors que Inger, l’épouse de Mikkel, doit faire face à un accouchement difficile, les croyances de chacun sont mises à l’épreuve à travers les tensions du doute et du désir. Un regard hypnotique et exquis sur quatre visions différentes de la foi. Un incroyable acte de grâce, aussi bien émotionnellement qu’intellectuellement, qui risque de vous faire léviter d’admiration.

7. Psaumes de la Pénitence de Roland de Lassus

Encore de la pénitence, mais avec une telle musique, c’est presque une récompense ! Plus célèbre compositeur de la fin du 16e siècle en Europe, Roland de Lassus suscite encore aujourd’hui l’émerveillement, aussi bien des auditeurs et des interprètes que des musicologues. Quasi angélique, sa musique expressive est entièrement au service de la parole dans un équilibre qui appelle aussi bien le cœur que la raison. Le sixième psaume, De profundis, est considéré comme un chef-d’œuvre de la polyphonie de la fin de la Renaissance. Une œuvre d’art totale.

8. L’ile de Pavel Lungin

Dans un petit monastère orthodoxe du nord de la Russie vit un moine excentrique au passé trouble et aux comportements bizarres. Ce « fou de Dieu » se trouve souvent dérangé par de nombreux visiteurs qui le croient capable de guérir des maladies, d’exorciser les démons et de prédire l’avenir. Ce film tragicomique est une lente parabole contemplative sur le péché et la foi, l’expiation et la rédemption. À voir pour se libérer de ses culpabilités mortifères.

9. Miserere d’Arvo Pärt

Le plus célèbre des compositeurs vivants et des initiateurs du minimalisme musical propose une contemplation épurée du psaume 50 qui sait nous faire entrer dans les sentiments du pécheur repentant. Constituée d’un mouvement unique de 35 minutes, elle est abruptement interrompue à la sixième minute par l’insertion d’un Dies Irae puissant. Cette prose des morts apocalyptique vaut à elle seule l’écoute. La simplicité de la musique de Pärt laisse toute la place à une expérience de prière contemplative ajustée à la sensibilité contemporaine.

10. Le festin de Babette de Gabriel Axel

À la fin du 19e siècle, une communauté protestante danoise accueille une réfugiée française et catholique qui leur prépare un festin pour les remercier. Charmant et mélancolique, Le festin de Babette est un régal scandinave intemporel qui explore les relations complexes entre les gens, les croyances et ce que signifie être un artiste. Une leçon d’humanité, une catéchèse eucharistique et une méditation sur le sens de l’ascèse et de la fête. Un film pour se libérer d’une vision puritaine et triste de la vie et remettre à l’honneur la bonté et beauté du sensible ordonné à l’amitié. C’est le film préféré du pape François, et pour cause !


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Simon Lessard

Fourmillant d’idées novatrices, Simon s’est joint à notre équipe de rédaction pour faire grandir Le Verbe en taille et en grâce. Féru de philosophie et de théologie, il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité. Toute son essence est distillée en son totem scout renard amical et son personnage Disney fétiche : Timon!

1 Comment

  1. J’approuve le choix d’Andreï Roublev et de La Parole! Les séquences finales de ces deux films sont deux des plus grands moments de toute l’histoire du cinéma.

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