Erin O’Toole : un chef inclusif ?

Je dois admettre que même si elle n’avait pratiquement aucune chance de gagner, j’aurais bien aimé voir Leslyn Lewis remporter la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada dimanche dernier. Quelle face auraient alors faite tous mes amis « progressistes » à voir une femme d’affaires avocate noire immigrante se présenter contre un riche homme blanc hétérosexuel, incarnant cette classe de « privilégiés » comme nul autre.

Leslyn Lewis. Photo tirée de sa page Facebook.

Mon rêve sera peut-être réalité dans quelques années. Entretemps, néanmoins, les membres du Parti conservateur ont tout de même réussi à élire celui qui a le plus de chance de renverser Justin Trudeau aux prochaines élections.

Car avec Erin O’Toole, le PCC ne s’est pas donné qu’un changement de visage, mais aussi un changement de stratégie. Son ouverture d’esprit, son image rassurante et surtout son fédéralisme décentralisateur ont ce qu’il faut pour gagner la nation québécoise.

Ouverture d’esprit

« Que vous soyez hétérosexuel ou gai, que vous n’ayez jamais voté conservateur ou que vous n’ayez même jamais voté, que vous priiez le vendredi, samedi, dimanche ou jamais, que vous soyez nouveau Canadien, vous avez une place chez les conservateurs. » (Discours d’intronisation d’Erin O’Toole, 23 aout 2020)

Changement de ton d’abord, c’est frappant.

Erin O'Toole
Erin O’Toole. Photo tirée de sa page Facebook.

Erin O’Toole manifeste une ouverture d’esprit très rare chez ses adversaires plus à gauche, souvent incapables de tolérer ceux qui ne pensent ou ne vivent pas comme eux.

Tout le monde est ouvert d’esprit aux idées avec lesquelles il est d’accord. Si vous voulez tester votre ouverture d’esprit, écrivez la liste des idées avec lesquelles vous êtes en désaccord, mais avec lesquels vous êtes prêt à dialoguer et danser.

Je n’ai jamais entendu Justin Trudeau lancer un appel à l’unité avec tous ceux qui se sentent exclus de ses valeurs et de sa vision du Canada.

Reconnaissance de la distinction québécoise

Cette ouverture d’esprit se manifeste aussi envers le Québec.

Sur ce point, le nouveau chef suit les traces de son prédécesseur Stephen Harper, qui avait fait reconnaitre le Québec comme nation distincte par le gouvernement fédéral.

« L’histoire du Canada est importante pour moi. Je respecte le deal des deux peuples fondateurs. Je reconnais la nation québécoise et je suis fier que notre pays ait été fondé en français. »

« Tant et aussi longtemps que je serai votre chef, les Québécois nationalistes ainsi que les conservateurs de tous les horizons auront la place qu’ils méritent dans notre parti. »

Rhétorique pour séduire le Québec ou paroles qui viennent du fond du cœur ?

Les bottines devront suivre les babines pour le savoir. Mais quand on regarde comment O’Toole a mené sa campagne dans les deux langues et comment il est le seul candidat à avoir une plateforme propre pour le Québec, on peut penser qu’il a compris que seul celui qui aime le Québec pourra gouverner d’un océan à l’autre.

Image rassurante

Apprécié par plusieurs pour son courage quand il est allé au front contre les dérives de la « cancel culture » ces derniers temps, O’Toole défend l’idée que la véritable unité ne signifie pas nécessairement unanimité, mais respect et articulation des différences sans cracher prétentieusement sur nos ancêtres et leur héritage.

Étonnamment, la décentralisation respectueuse des différences est souvent plus inclusive qu’une centralisation qui tend à l’uniformisation et exclut tout ce qui est « distinct ».

Né au Québec de parents d’origine irlandaise, le nouveau chef parle un assez bon français, ce qui est une condition sine qua non pour rallier le Québec. Mais surtout, ce père de famille marié depuis 20 ans et ex-militaire pilote d’hélicoptère inspire stabilité, sécurité et ordre en ces temps de grandes incertitudes.

Face à un adolescent playboy à l’éthique légère dont les égoportraits résument aux mieux son image, mon petit doigt me dit que les « voies ensoleillées » ont de plus en plus de chances de céder la place aux « temps de la reconstruction ».

[…] O’Toole défend l’idée que la véritable unité ne signifie pas nécessairement unanimité, mais respect et articulation des différences sans cracher prétentieusement sur nos ancêtres et leur héritage.

Fédéralisme décentralisateur

Au-delà d’une image rassurante et de paroles inclusives, la carte gagnante du nouveau chef conservateur est son fédéralisme décentralisateur.

Pas de visée impérialiste ni idéaliste chez cet ancien militaire qui sait que pour gagner il faut forger des alliances, même avec ceux qui n’épousent pas la totalité de nos idéaux.

C’est ce qu’il a révélé en étant capable de travailler avec Andrew Sheer même après avoir perdu une course à la chefferie contre lui (contrairement à Maxime Bernier). C’est ce qu’il a aussi manifesté en allant chercher les appuis de Jason Kenny en Alberta et Gérard Deltell au Québec.

Et c’est surtout ce qu’il démontre dans ses promesses pour le Québec :

  • Limiter le pouvoir fédéral de dépenser dans les champs des compétences provinciales et procéder aux transferts fédéraux annuels pour les programmes sociaux sans imposer de conditions contraignantes.
  • Accorder une autonomie accrue au Québec en matière d’immigration en lui donnant entre autres son mot à dire dans l’accueil des réfugiés et les réunifications familiales.
  • Éviter de se mêler des « affaires internes » du Québec, par exemple en ne contestant pas la Loi sur la laïcité de l’État (« loi 21 ») devant les tribunaux.
  • Protéger le système de gestion de l’offre, cher entre autres aux producteurs laitiers de la belle province.
  • Ramener « l’équité fiscale » entre les géants du web (Google, Amazon, Facebook, Netflix, etc.) et l’industrie culturelle québécoise.
  • Adopter une nouvelle formule pour s’assurer que le Québec ne soit jamais sous-représenté à la Chambre des communes.

En somme, Erin O’Toole veut conclure de nouvelles ententes administratives avec « l’État québécois », comme il l’appelle lui-même, afin de garantir un fédéralisme décentralisateur.

C’est un heureux retour à la stratégie de Brian Mulroney, avec sa proposition d’accord du lac Meech qui aurait donné une autonomie constitutionnelle au Québec.

Une méthode d’organisation militaire

Cette stratégie respectueuse des particularités régionales d’un grand pays, dont l’origine est historiquement marquée par l’union de plusieurs nations, est dans la droite ligne du principe de subsidiarité.

Ce principe trouve son origine dans la doctrine sociale de l’Église catholique. Il est aujourd’hui devenu l’un des mots d’ordre de l’Union européenne (qui peine néanmoins à l’appliquer).

En droit canadien, la Cour suprême du Canada a défini le principe de subsidiarité dans l’arrêt Spraytech (2001) :

« Ce principe veut que le niveau de gouvernement le mieux placé pour adopter et mettre en œuvre des législations soit celui qui est le plus apte à le faire, non seulement sur le plan de l’efficacité, mais également parce qu’il est le plus proche des citoyens touchés et, par conséquent, le plus sensible à leurs besoins, aux particularités locales et à la diversité de la population. »

Pas étonnant qu’un ancien militaire en soit un fervent défenseur.

D’abord le mot vient du terme latin « subsidium » référant à une méthode d’organisation militaire qui fait appel à des troupes de réserve lorsque des renforts s’avèrent nécessaires. Plus profondément, il consiste en une juste utilisation des niveaux hiérarchiques ; l’objectif est de ne pas déconnecter la prise de décision publique de ceux qui devront la respecter.

Bref, c’est l’inverse du boss des bécosses qui veut tout contrôler et rien déléguer.

Rebâtir « le plus meilleur pays du monde »

Reste l’épineuse question environnementale.

Le PCC ne peut pas se permettre de passer à côté une fois de plus, sous peine de s’aliéner une part non négligeable de l’électorat mobile.

Or, de grandes divisions sont à prévoir si ce parti beaucoup trop « ouestophile » propose la moindre limite à la production pétrolière. Pourtant, de vrais conservateurs devraient vouloir conserver aussi bien la culture que la nature.

Si Erin O’Toole veut faire un coup de maitre, qu’il nomme Leslyn Lewis (détentrice d’un master en études environnementales !) pour monter une plateforme verte ambitieuse et innovante, nous faisant sortir de cette fausse dichotomie économie/écologie.

Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas la nommer colistière ! Au Québec, on a bien vu QS et le PQ imiter cette manière américaine de faire équipe.

Après des années de multiculturalisme déconstructiviste, le temps est venu de rebâtir le Canada à partir de ses nations et valeurs fondatrices pour redevenir le « plus meilleur pays du monde ».


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Simon Lessard

Fourmillant d’idées novatrices, Simon s’est joint à notre équipe de rédaction pour faire grandir Le Verbe en taille et en grâce. Féru de philosophie et de théologie, il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité. Toute son essence est distillée en son totem scout renard amical et son personnage Disney fétiche : Timon!

2 Comments

  1. « Face à un adolescent playboy à l’éthique légère dont les égoportraits résument aux mieux son image […] »

    Ouf… Le Verbe est rendu là? J’ai l’impression de lire un outil de salissage au service du PCC…

    • Il s’agit de ma chronique d’opinion et non de l’opinion du Verbe. Chaque chroniqueur est libre d’aimer ou pas un politicien, de le dire ou pas, de répondre à un autre ou pas.

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