orfèvre
Avec l'autorisation de Louis-Guillaume Piéchaud

Louis-Guillaume Piéchaud, l’orfèvre de Dieu

De grand-père en fils en petit-fils, l’orfèvrerie est pour Louis-Guillaume Piéchaud un héritage paternel. L’art religieux est intimement lié à l’histoire familiale, puisqu’il est issu d’une lignée de sculpteurs depuis quatre générations. Passeur d’un héritage parfois millénaire, l’orfèvre se montre respectueux de la tradition et assume même un style d’inspiration médiévale avec émaux et cabochons de pierre un peu brute.

À l’opposé de l’art contemporain et de la culture du jetable, il recherche l’intemporalité. Une belle pièce l’aurait été il y a 500 ans et devra l’être encore dans 500 ans. À l’impossible, l’orfèvre est tenu!

Tailleur d’images

Le renouvèlement d’un tabernacle pour une paroisse. Une croix pectorale ou une crosse pour un nouvel évêque. Un anneau pour un nonce apostolique ou une mère abbesse. Un calice pour un séminariste. Sous ses doigts, le matériel rejoint l’immatériel.

Une première rencontre aura lieu à l’atelier, car pour un tel objet, les mots ne suffisent pas. Il faut voir et toucher, s’exclamer ou se rétracter. À disposition: maquettes et photographies d’objets déjà réalisés, pierres, émaux ou métaux sous différentes finitions. L’artisan crayonne, le client observe et l’œuvre nait doucement.

Le métier est prière

L’orfèvre, cet artisan multiforme, travaille à la fois les métaux, les pierres, les pigments de couleur. Dans cet art, tout participe au sacré. Chaque geste est accompli en vue d’exalter celui qui est partout représenté ou servi, le Christ.

«Travailler en adéquation avec ma foi. Mettre mon travail artisanal au service de la liturgie de l’Église et le mettre pauvrement, puisque ce sera toujours extrêmement pauvre, ce qu’on pourra réaliser par rapport au mystère que ça sert. Mais comme nous sommes des êtres incarnés dans un monde abimé, nous avons besoin de supports visibles et qui doivent conduire vers quelque chose de plus grand, et là, c’est un travail qui n’est pas facile.»

Ici, le métier est prière. Chaque œuvre est une histoire d’amour. Elle commence dans le cœur de celui qui se présente à l’atelier avec un besoin, elle se poursuit chez l’orfèvre qui se laisse habiter par sa création et se déploie enfin au service de ce pour quoi elle a été créée.

L’humilité du restaurateur

Si créer est une mélodie, restaurer est une symphonie. L’humble artiste se met à l’école de plus grand que lui. Combien de trésors enfouis sous la patine auront été révélés dans cet atelier! À l’ère de la production de masse, le travail de l’artisan est souvent considéré comme chose du passé. Pourtant, restaurer des pièces datant parfois de plusieurs siècles permet de cultiver l’émerveillement devant le génie de nos prédécesseurs. Comment un objet a-t-il pu passer si bellement l’épreuve de temps? Découvrir les techniques de montage utilisées anciennement pour assurer la pérennité des œuvres modernes, voilà le défi de la restauration.

«Je passe mon temps à restaurer des pièces que je ne serais pas capable de réaliser, faites par des gens qui étaient beaucoup plus forts que moi, ça aide à rester humble. J’ai un très grand respect quand je fais une restauration; je prie la personne qui l’a réalisé de guider mes gestes. C’est une sorte de communion un peu invisible qui a une dimension très importante, très sérieuse pour moi.»

Un coin et un outil

Marteaux, pinces, étaux, cisailles, lames en dizaines de tailles et de formats. L’orfèvrerie est un art aux multiples facettes. Un outil de prédilection? Il y en a beaucoup trop! Plutôt un coin préféré et un outil détesté.

L’outil: le traceur numérique. La seule étape de fabrication qui a lieu en externe est d’ailleurs le traçage. Peut-on reprocher à l’artisan son malaise avec l’informatique?

Le coin: un petit établi. Dans cet atelier qui s’apparente à une ruche bourdonnante d’activité, cet espace lui est réservé. Ou presque. Il s’agit de la section où se trouve son établi de créateur et de restaurateur et qui contient les outils dont lui seul se sert. Tout autour sont exposées des œuvres d’art familiales ou d’amis. Là, c’est chez lui.

Prière de ne pas déranger

Il n’est pas que créateur, il est aussi chef d’entreprise. Traiter les courriels, répondre au téléphone et toutes autres tâches administratives nécessaires à la vie de l’atelier se partagent son quotidien. Comment se soustraire à cette fastidieuse besogne? Les binoculaires. Lorsqu’il s’installe devant cet appareil pour une gravure délicate, la consigne «Prière de ne pas déranger» n’admet plus aucune concession. Les soucis de l’entreprise n’ont pas accès à ce monde clos, merveilleux, qui ne fait plus qu’un centimètre carré. Enfin au calme, le créateur retrouve ses aspirations.

Photos aimablement fournies par Louis-Guillaume Piéchaud

Jessye Blouin

Happée très tôt dans l’univers des mots, Jessye Blouin écrit depuis toujours. Diplômée en linguistique et rédaction, son parcours professionnel éclectique l’a pourtant menée bien loin de sa passion. Elle accueille aujourd’hui Le Verbe comme un cadeau et réalise son rêve de petite fille : éditer et écrire à temps plein.