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Illustration: Émilie Dubern/Le Verbe

8 livres pour sacrifier son égo

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Lorsque j’étais une œuvre d’art, Éric-Emmanuel Schmitt

Interrompu dans sa tentative de suicide par un inconnu, le narrateur accepte de renoncer à tout pour se faire la propriété de celui qu’il appellera son Bienfaiteur. Tant qu’à mourir, aussi bien en faire quelque chose de grandiose! Le cadet des Firelli nous entraine dans sa transformation d’abord extérieure, alors qu’il devient l’œuvre d’un autre, puis intérieure, alors qu’il se découvre aimable. C’est un combat pour la liberté qu’il mène ensuite, au terme duquel il réclamera – et dévoilera – son nom. Un roman douloureux, mais percutant sur le culte de la beauté et les vies sacrifiées à son autel.

Tigane, Guy Gavriel Kay

Guy Gavriel Kay est un prolifique auteur canadien de romans historicofantastiques. Pour les amateurs de Tolkien, on note qu’il a d’abord participé à l’édition du Silmarillion avant d’attaquer sa première série. Tigane, comme la plupart de ses romans, s’inspire d’une période historique particulière: on y reconnait l’Italie médiévale et les nombreux conflits qui ont déchiré ses provinces. Les thèmes centraux sont le devoir de mémoire et l’identité nationale. Les sacrifices y sont nombreux et variés, autant du côté des antagonistes que des héros. C’est là la force de l’auteur, qui donne à voir tous les côtés, sans parti pris, distinguant ainsi le mal de celui qui le commet.

Le chemin des étoiles, Dominique François

Il s’agit ici d’un vieux roman, mais quel bijou pour les enfants! Écriture simple, personnages principaux attachants et morale exemplaire tout en finesse, il peut être laissé entre les mains des petits sans crainte. On y suit Angel, cadet d’une famille de pêcheurs qui souffre d’être si différent de sa fratrie. Gringalet chez les costauds, rêveur et sensible alors qu’il lui faudrait être fort et pragmatique, Angel ne sait que faire de lui-même. Un jour, à la foire, son cœur se met à chanter: il entend un violon. La voilà, sa voie! Musicien! Pour réaliser son rêve, il devra toutefois consentir à plusieurs sacrifices pour le bien de ses proches et même d’inconnus. Des sacrifices douloureux, mais qui, librement acceptés, concourront finalement au bien de son projet: jouer du violon.

L’enfant du train, Ruth Druard

En pleine Seconde Guerre mondiale, une jeune femme juive accouche clandestinement à Paris. Sur le quai du train qui doit la conduire vers les camps, le chaos ambiant lui permet de confier le nourrisson à un inconnu dont le visage lui semble bon. Neuf ans plus tard, les parents qui ont miraculeusement survécu retrouvent enfin leur fils après huit années de recherche. Sam, jeune garçon de neuf ans brutalement déraciné de sa famille, refuse ces retrouvailles forcées. Et ceux qui l’ont aimé comme leur fils, qui l’ont sauvé au péril de leur vie, consentiront-ils à cet arrachement? Ce livre met la personne humaine à nu, dans ce qu’elle a de plus brutal et de plus tendre.

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Anna Karénine, Tolstoï

Il faudra pour celui-là une certaine ambition et un peu de persévérance. Ici, le sacrifice est vain et la vie gâchée. On accompagne Anna dans sa descente à la fois lente (roman russe!) et vertigineuse vers la déchéance morale et sociale. Dévorée par la passion, celle qui était auparavant vantée pour la noblesse de son caractère et la sagacité de ses propos sera rejetée de tous dans un anéantissement brutal. D’autres personnages viennent étoffer le récit et soulager l’apparente lourdeur du drame passionnel. Plus qu’une leçon de morale, ce roman nous fait gouter la lenteur. Il faut l’apprivoiser, mais quel soulagement pour l’esprit quand on s’y laisse prendre!

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Charles de Foucault, Pierre Bourtembourg ou Clothilde Jannin

Ici, la vie de Charles de Foucault est présentée sous forme de romans. Il s’agit de deux auteurs d’époques et de styles différents. Le récit écrit par Pierre Bourtembourg (1957) présente davantage la personnalité exceptionnelle et la force de caractère du protagoniste. L’aspect spirituel de sa vie est effleuré, mais c’est l’homme d’action qui est mis de l’avant. La version de Clothilde Jannin (2022) brosse un portrait plus complet de l’homme, enfance comprise. Sa foi, à l’origine de la radicalité de son changement de vie, est mieux explorée. Bref, deux approches différentes, mais le même homme de feu qui a sacrifié une vie aisée et mondaine pour se faire le frère de tous au milieu du désert. Une vie qui saura inspirer les plus jeunes lecteurs.

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Maria Terasa Carloni, Mystique au service des chrétiens persécutés, Didier Rance

Servante de Dieu décédée en 1983, Maria Teresa Carloni est une mystique italienne dont l’histoire à la fois ordinaire et exceptionnelle est le signe d’un amour brulant pour Dieu et son Église. Femme à la nature droite et rigoureuse, elle rejette à l’adolescence la foi catholique, dégoutée par l’hypocrisie de certains membres du clergé local. Une ardente charité et une profonde recherche de sens la conduiront plus tard à une conversion. Par amour, elle consentira à souffrir pour le salut des âmes, particulièrement celles de l’Église du silence, soit les chrétiens persécutés sous le régime communiste. Bilocation, stigmates, rencontres avec quatre papes successifs pour leur soumettre ses rapports sur ces églises persécutées, amitié avec de nombreux évêques et adoption de fils spirituels: autant de faits extraordinaires qui couronnent une vie d’une singulière humilité.

Adoration et eucharistie, Dans l’espérance du Royaume, Philippe Barbarin

Petit traité spirituel de 81 pages, ce livre très accessible est tout juste une plaquette. Il peut enrichir les premiers moments d’adoration, alors qu’on ne sait pas trop s’il s’agit une perte de temps ou d’une aride nécessité. C’est une lecture méditative: quelques phrases suffisent pour ouvrir au cœur à cœur. Comment accueillir le sacrifice du Christ, déjà scandaleux sur la croix, mais qui va encore plus loin en se donnant à manger et à voir dans un bout de pain? Ce petit livre est une porte entrouverte sur le mystère de l’eucharistie comme «source et sommet de toute la vie chrétienne», selon le concile Vatican II.  

Jessye Blouin

Happée très tôt dans l’univers des mots, Jessye Blouin écrit depuis toujours. Diplômée en linguistique et rédaction, son parcours professionnel éclectique l’a pourtant menée bien loin de sa passion. Elle accueille aujourd’hui Le Verbe comme un cadeau et réalise son rêve de petite fille : éditer et écrire à temps plein.