Rymz
Photo : Villedepluie

Rymz : Rappeur et éducateur

Avec une carrière musicale qui roule depuis plus de douze ans, Rymz alias Petit Prince (Rémi Daoust de son vrai nom) est l’un des artistes les plus appréciés de la scène hip-hop québécoise. Il faisait paraitre en décembre dernier son quatrième album solo intitulé Un jour de plus au paradis (Joy Ride Records). Le Maskoutain d’origine exerce aussi en parallèle la profession d’éducateur spécialisé. Rappeur la nuit, éducateur le jour, qui est Rymz?

Cet article est paru dans notre magazine. Cliquez sur la bannière pour y accéder en format Web.

Le Verbe: La vidéo de ta chanson Hometown a été tournée à l’Expo agricole de Saint-Hyacinthe. On comprend bien que tes racines rurales sont importantes pour toi. De quelle manière as-tu été marqué par le fait de grandir en campagne?

Rymz: Je suis un gars de région et il y en a moins dans le rap; c’est beaucoup des gars des grandes villes, donc je trouve ça cool de représenter un peu plus les campagnes. Je me suis quand même collé aux codes du rap, mais il y a moins de thématiques de gang, d’armes, de drogue dans ce que je fais. Je ne sais pas si c’est en lien avec la campagne ou juste mon entourage et mon âge aussi. Mais c’est sûr que mon parler est joual, donc j’ai moins les patois des villes, qui sont influencés par plein de cultures.

Je trouve que mon enfance à la campagne, c’est la plus belle enfance que j’aurais pu avoir. Ça m’a rendu très curieux, empathique de tout ce qui est animaux, flore, faune. Mes parents ont pris une attention particulière à m’éduquer là-dessus; on faisait le compost, on avait nos propres légumes, un magnifique jardin. On avait des veaux, des poules, des canards, des lapins. On n’était pas autosuffisants, mais presque. Juste tondre la pelouse avec le petit tracteur, explorer dans le champ, que le chien ne soit pas attaché, pour moi, c’était synonyme de liberté.

Tu devrais lancer un nouveau courant de rap écolo, ha! ha!

Ha! ha! Tu as raison, il faudrait démarrer ça pour sensibiliser le monde un peu.

Tu dis que tes textes sont moins marqués par les thématiques prédominantes dans le hip-hop en général – du moins, ce que les gens en conçoivent. Quelles sont les grandes thématiques que tu abordes, alors?

C’est toujours important pour moi d’être véhiculé par une émotion. Je ne me suis jamais forcé à faire de la musique; je pars toujours de mes émotions, ce n’est pas juste pour être cool, c’est vraiment un transfert d’énergie et d’émotions à l’auditeur. Les grands thèmes qui reviennent constamment sont l’amour, la liberté, les questionnements par rapport à l’existence humaine. Ce sont vraiment des réflexions sur la vie, la mort, l’univers. C’est surtout relationnel: je fais des liens avec l’amour et toujours je prône la liberté de faire ce qu’on veut parce qu’on a juste une vie, d’en profiter au maximum, puis d’être bien avec qui on est et où on est, c’est le thème général.

Tu expliquais ailleurs que tu as fait le choix délibéré de continuer ton travail d’éducateur spécialisé alors qu’aujourd’hui tu pourrais vivre de ton art. De quelle manière est-ce que ça influence ton écriture?

J’ai vraiment l’impression que c’est une manière d’être un humain plus équilibré, parce qu’être un artiste, c’est être très centré sur soi-même, c’est très égocentrique. Quand je travaille, je ne pense plus à moi, j’absorbe ce que les autres vivent et j’essaye de les accompagner. Ce qu’ils vivent me complète, m’inspire, vient me chercher. Le rap me garde aussi un côté cool et au courant des autres générations. Les deux me gardent les pieds dans la jeunesse, mais en pouvant redonner d’un côté et recevoir de l’autre.

On n’a pas juste une passion dans la vie,

on n’a pas juste une mission non plus.

C’est certain que je pourrais vivre uniquement de ma musique si je le voulais, mais je trouve qu’en tant qu’humain ça me rendrait beaucoup moins intéressant. Je pense que je me lasserais et je verrais le bout à un certain point. Je n’évoluerais pas comme je pourrais au maximum de mes capacités. On n’a pas juste une passion dans la vie, on n’a pas juste une mission non plus; je sens qu’il ne faut pas mettre tous mes œufs dans le même panier, je m’intéresse à beaucoup de choses…

Tu parles de mission. Est-ce que tu te sens investi d’une mission?

C’est sûr que je reçois beaucoup de valorisation avec mon métier d’intervenant. Donc oui quelque part, et je vois que j’apporte une contribution importante dans les milieux où je travaille. On change un peu le système, car je ne suis pas toujours d’accord avec ses approches et sa mentalité. Oui, je sens que j’ai une mission pour les jeunes. Quand j’étais jeune, ma plus grande peur, c’était d’être un adulte qui ne se rappelait pas quand il avait été jeune. Je transmets beaucoup ça à mes collègues: «Comment te sentirais-tu à sa place après l’intervention que tu viens de faire?» J’étudie en ce moment pour enseigner, pour former les futurs intervenants au cégep. Ma mission, c’est de changer un peu le système en pensant aux enfants qui, malheureusement, n’ont pas de milieu stable et qui se ramassent un peu partout.

On parlait de tes textes plus tôt. J’ai remarqué que tu utilisais plusieurs références chrétiennes. Tu parles de ton grand-père au ciel, de saint Paul. Dans Adam et Ève, tu reprends le récit. On voit que tu as une culture biblique ou chrétienne. D’où vient-elle?

De ma mère; elle n’était pas tellement pratiquante, mais elle voulait honorer ses parents, qui l’étaient beaucoup… Les fêtes chrétiennes étaient toujours importantes pour elle, même la fête des Rois qu’elle soulignait, Pâques, etc.; c’était le côté traditionnel et familial qu’elle aimait. On allait régulièrement à l’église quand j’étais jeune. Je viens du village de La Présentation et il y a une superbe église là-bas, vraiment une des plus belles que j’ai eu la chance de visiter. On était des amis du curé. C’est là que j’ai fait ma première communion, ma confirmation, tout ça.

Je suis retourné voir ce curé quand j’ai acheté ma première moto, lui dire bonjour parce que lui aussi, il roule en grosse Harley. On avait un lien, des liens de petit village. Moi, personnellement, j’ai rejeté une bonne partie de la religion catholique, mais j’aime encore le côté traditionnel, ce sont des sujets de discussion qu’on a régulièrement, ma mère et moi. J’aime le côté très imagé de la Bible. Dans la musique, ça se transmet bien, ce sont des images fortes, le bien, le mal, ça se prête bien à mon côté un peu onirique. Ce sont des thèmes qui me rejoignent, je te dirais que c’est plus esthétique qu’autre chose à ce niveau-là.

Tu te considères quand même comme une personne qui a une vie spirituelle?

Oui, je pense que c’est nécessaire à l’épanouissement, mais j’ai décidé de ne pas avoir d’étiquette, de rester libre de tout dogme, tout en respectant puis en m’intéressant beaucoup aux religions. Quand je vais dans d’autres pays, je visite les lieux de culte. Ça m’intéresse parce que le côté historique, c’est incroyable, ça a du bien. Même dans mon milieu, il y a encore des institutions religieuses qui font des dons, ils aident les jeunes. C’est certain que j’ai un intérêt: mon métier à la base était pratiqué par des religieux et des religieuses. Je n’oublie pas l’histoire du Québec.

Je pense que tout ça reste vraiment propre à chacun, mais oui je me recueille, oui je parle à quelque chose de plus grand. La seule différence, c’est que j’ai décidé de ne pas lui donner de nom. Je l’appelle la vie en général. Je regarde énormément le ciel, et c’est là que s’effacent les espèces d’étiquettes qu’on veut donner. Je veux prôner de belles valeurs, mais de là à le mettre dans une boite, c’est ce côté que j’aime moins.

Merci beaucoup!

James Langlois

James Langlois est diplômé en sciences de l'éducation et a aussi étudié la philosophie et la théologie. Il travaille pour Le Verbe médias à titre de journaliste. Curieux et autodidacte, il est aussi le geek qui aide ses collègues pour les affaires technologiques et audiovisuelles.