Faut-il diaboliser l’Halloween ?

Avec l’Halloween, la Toussaint, la Commémoration des fidèles défunts et le jour du Souvenir, on entre officiellement dans la courte saison des morts.

Les feuilles sont tombées, la lumière décline et le froid s’installe. Météo oblige, qu’on soit croyant ou pas, chacun est contraint en ces temps gris de méditer sur sa condition mortelle. «Tu es poussière, et à la poussière tu retourneras.» (Gn 3, 19)

Avouons-le, ce memento mori annuel a quelque chose de franchement décapant et, en même temps, de bienfaisant. Car ceux qui refusent de penser leur mort risquent de rater leur vie. En effet, la vie nous impose de faire des choix, et nos choix sont toujours influencés par la réponse implicite ou explicite que l’on donne à cette question du sens de la vie et de la mort.

Pour nous aider à regarder la mort en face, on peut aller prendre une marche dans un cimetière ou se déguiser en squelette. Mais le culte des sorcières ne nous aident pas autant que celui des saints pour apprivoiser notre condition mortelle.

Fêter des morts-vivants

Les deux fêtes mettent à l’honneur des morts-vivants, mais radicalement différents. Alors qu’à l’Halloween, on fête des morts dans l’âme, mais toujours vivants dans leur corps, à la Toussaint, on fête des morts «du corps», mais plus vivants que jamais spirituellement.

Le 31 octobre, on se déguise en des êtres sous-humains : des fantômes sans corps, des zombies sans intelligence, des squelettes sans sensibilité, des vampires sans morale, des loups-garous sans nature stable. L’idée sous-jacente, c’est que mourir, c’est perdre quelque chose, se dégrader en humanité.

Le 1er novembre, au contraire, on loue des êtres surhumains : des saints et des saintes qui revêtent des caractéristiques divines : immortalité, vision béatifique et pouvoir d’intercession. La perspective est tout autre: mourir, c’est gagner quelque chose, surélever sa nature humaine. Comme dit saint Paul : «Mourir est un avantage!» (Phi 1, 21).

Deux visions de l’au-delà

Entre les monstres affamés de bonbons et les élus affamés de Dieu, il y a plus qu’une différence de costume. Il y a deux visions opposées de l’au-delà: la première, franchement déprimante, et la seconde, pleine d’espérance.

L’Halloween, c’est l’annonce de la mauvaise nouvelle de la mort après la vie. La Toussaint, c’est l’annonce de la bonne nouvelle de la vie après la mort. Avec les monstres, la mort est un échec vers un enfer. Avec le Christ, la mort est un passage vers un paradis.

C’est le grand renversement du christianisme: ce qui semble le plus inutile et absurde, la limite infranchissable de la mort, a le pouvoir de devenir ce qui est le plus utile et sensé, le pivot à une vie éternelle. Voilà l’essentiel de la promesse chrétienne : «Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons» (2 Tm 2, 11).

Diviniser l’Halloween

L’Halloween n’est pas une fête chrétienne, c’est évident, mais c’est une fête qui peut être christianisée. Nous ne pouvons pas supprimer la mort humaine, mais nous pouvons la transcender par une vie divine.

Il ne s’agit pas de diaboliser l’Halloween, car de toute façon, c’est déjà la fête des démons. Il s’agit plutôt de la diviniser par la Toussaint, de passer de notre condition de mortel à notre condition de fils de Dieu.

Plutôt qu’être «comme des morts revenus d’entre les vivants», les disciples du Christ sont appelés à devenir «comme des vivants revenus d’entre les morts» (Rm 6, 13).

Convertir nos cornes de diables en auréoles de bienheureux.

Simon Lessard

Rédacteur et responsable de l’innovation au Verbe, Simon Lessard est diplômé en philosophie et théologie. Il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité et tirer de la culture occidentale du neuf et de l’ancien afin d’interpréter les signes de notre temps.