Saint-Michel
Photo : Bruno Olivier

Quartier Saint-Michel : enrayer la violence à la source

La vie dans le quartier Saint-Michel, à Montréal, est loin d’être facile. Considéré comme étant le plus pauvre de la ville, il héberge une population issue de l’immigration à près de 50 %. Au cours des dernières années, le climat social s’est détérioré et des fusillades éclatent régulièrement. C’est dans ce contexte que le Centre lasallien Saint-Michel évolue. Inspiré par le fondateur des Frères des écoles chrétiennes, saint Jean Baptiste de La Salle, il offre aux jeunes et aux familles de ce quartier l’espoir d’un avenir meilleur.

Autrefois très présents dans les écoles québécoises, les Frères des écoles chrétiennes sont désormais impliqués dans des œuvres communautaires. En 2004, ils décident de s’établir dans le quartier Saint-Michel. Installés dans un sous-sol d’église, les frères offrent l’aide aux devoirs et des activités sportives. 

Puis, en 2012, ils prennent la décision de construire un édifice à la hauteur des besoins de ce quartier. Le bâtiment est résolument moderne. Avec ses 10 000 pieds carrés et sa fenestration abondante, il capte les regards. Conçu par la firme d’architecte Artéfac, le Centre a bénéficié d’un budget conséquent de 5,4 millions de dollars provenant de la communauté des Frères des écoles chrétiennes. 

C’est ainsi qu’en 2015, le Centre lasallien accueille ses premiers jeunes, mais aussi ses premiers frères puisque le deuxième étage leur sert de résidence. Aujourd’hui, le Centre peut recevoir jusqu’à 320 jeunes par jour. Des raccrocheurs, mais aussi des élèves qui viennent y faire leurs devoirs, s’amuser… et manger. 

La direction de l’organisme est confiée à des laïcs. « Nous, les frères, nous agissons comme bénévoles. Si nous pouvons rendre un service, nous le rendons », explique le frère André Dubuc, octogénaire et toujours actif dans l’enseignement. 

Centre lasallien Saint-Michel
Frère André Dubuc. Photo : Bruno Olivier.

Gagner les cœurs

Bien que la présence de la communauté soit discrète, l’esprit de saint Jean Baptiste de La Salle se fait néanmoins sentir. Né en 1651 à Reims, il fonde des écoles chrétiennes pour les enfants pauvres où l’enseignement y est offert gratuitement. Les élèves y apprennent à lire en français, et non en latin comme c’est la norme à l’époque. Il porte également une grande attention à la formation des maitres. 

« De La Salle écrivait des méditations à ses professeurs. L’une d’elles dit ceci : “Si vous devez avoir la fermeté du père, vous devez avoir également la tendresse de la mère. Comment cette tendresse va se manifester ? En gagnant les cœurs.” Il fait référence à la tendresse de la mère dans le sens de la mère qui comprend, qui est accueillante et qui sait lire dans les cœurs », confie frère André. De La Salle a su démontrer de la fermeté et de la tendresse, mais également de beaucoup de créativité dans sa mission éducative. 

De la créativité, ce n’est pas ce qui manque au jeune directeur général, Paul Evra. Né dans le quartier Saint-Michel, ce trentenaire possède un bac en politique et communication, un certificat en relation internationale et termine actuellement son MBA. 

Centre lasallien Saint-Michel
Paul Evra. Photo : Bruno Olivier.

L’homme des réseaux, comme le surnomme frère André, gère un budget de 5 millions de dollars. « Je crois beaucoup au proverbe africain qui dit que ça prend tout un village pour élever un enfant. Je considère que c’est important que les gens puissent se parler. Pour ce faire, il faut qu’ils soient en communication », souligne Paul Evra. 

Devenir citoyen 

Grâce à l’aide de ses nombreux et généreux contacts, il a développé toute une série de programmes dont certains utilisent les dernières avancées technologiques. 

Lors de notre visite, nous avons pu voir un grand mur d’apprentissage interactif, un des premiers du genre au Québec, et des jeunes munis de casques de réalité virtuelle. Une cuisine toute neuve est également à leur disposition ainsi qu’un studio d’enregistrement qui leur permet d’enregistrer des balados ou leurs dernières créations musicales. 

Vers 15h30, à la fermeture des écoles, ces installations, presque vides au moment de l’entrevue, sont littéralement envahies par une foule de jeunes qui, manifestement, sont le cœur et l’âme du Centre lassalien. 

Photo : Bruno Olivier

Au milieu du brouhaha et des rires, les élèves ne se rendent sans doute pas compte que, derrière ces différents outils et jeux, se cache la véritable mission de leur centre : faire d’eux de véritables citoyens.

« Pour moi, l’éducation, dans toutes ses sphères, doit donner au jeune la chance de découvrir les routes et les outils qui vont lui permettre de devenir un citoyen qui va contribuer à la société », explique Paul Evra. 

Pour lui, les fusillades et les gangs de rue sont présents dans le quartier, car les adolescents n’ont pas le sentiment d’y appartenir. « À partir du moment où tu te sens citoyen d’un endroit, tu vas tout faire pour que celui-ci devienne sécuritaire, car tu en fais partie. Les groupes criminels l’ont compris. Ils leur donnent les moyens de devenir des “citoyens” de leurs réseaux. Nous, c’est cela que nous voulons briser », lance Paul Evra.    

Centre lasallien Saint-Michel
Photo : Bruno Olivier.

Le terreau

Former des citoyens, voilà donc à quoi s’engage le Centre lasallien Saint-Michel. Et pour y parvenir il se sert également, et il ne s’en cache pas, de la spiritualité au sens large du terme, comme nous l’explique Paul Evra. 

« Je dirais que lorsque tu apprends au jeune à avoir foi en lui, cela lui permet d’avoir foi en un Dieu, peu importe lequel. Lorsque nous travaillons avec nos jeunes en leur disant qu’ils existent et il y a quelque chose de plus grand, tout en les encourageant à continuer, nous travaillons sur cela en fait. Sans le nommer directement dans nos activités, c’est exactement ce que nous faisons. »

« Il s’agit de placer une réflexion qui nourrit l’esprit et le cœur. Une réflexion qui ne se termine pas forcément par une prière, mais par un moment de silence. En fait, nous préparons le terreau », précise frère André.

Et manifestement, ce terreau porte beaucoup de fruits…

Yves Casgrain

Yves est un missionnaire dans l’âme, spécialiste de renom des sectes et de leurs effets. Journaliste depuis plus de vingt-cinq ans, il aime entrer en dialogue avec les athées, les indifférents et ceux qui adhèrent à une foi différente de la sienne.

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