Photo : Maxime Boisvert / Le Verbe

La Société Saint-Vincent-de-Paul : lutter contre la faim du monde

Qu’est-ce qui fait qu’en 2020, dans nos rythmes de vie de fou, des gens trouvent le gout d’offrir gratuitement du temps à des œuvres de charité ? Maxime Boisvert, photographe, et moi sommes partis à la rencontre de trois bénévoles de la Société Saint-Vincent-de-Paul de Montréal (SSVP), fondée en France en 1834 par le bienheureux Frédéric Ozanam et arrivée au Québec à peine douze ans plus tard. Zoom sur les plus récentes évolutions de la SSVP, mais surtout sur les visages humains de ces bénévoles investis dans la société au service des plus pauvres.

Myriam

« En priorité, je te dirais que je m’implique pour les valeurs et le côté humain de la chose. »

J’ai rencontré Myriam Bergeron dans la friperie, au sous-sol de la paroisse Immaculée-Conception, sur le Plateau Mont-Royal. On peut se demander ce qu’une femme qui travaille à temps plein dans le domaine hypothécaire fait un samedi matin dans un vieux sous-sol…

Myriam et la SSVP, c’est une longue histoire.

Initiée dès son plus jeune âge par sa mère qui désirait lui transmettre le désir « d’aider son prochain », elle a reçu sa carte de membre officielle de l’organisme à 18 ans. Maintenant au début de la trentaine, elle continue pour sa mère — aujourd’hui décédée — et pour elle-même à s’investir comme présidente de la Conférence de Saint-Bonaventure (voir encadré) et comme responsable de la friperie de la Conférence du Plateau.

Cet article est tiré du numéro spécial Apocalypse paru au printemps 2020.

Pour elle, l’œuvre répond à un double besoin. « Ça permet à des personnes de sortir de l’isolement, de sortir de chez elles et de faire du bénévolat. […] C’est une autre façon d’aider son prochain aussi parce que l’isolement est une autre facette de la pauvreté. » Les bénévoles sont pour elle une « grande famille » et rendent service tout en trouvant un réconfort. Elle poursuit : « C’est pas évident d’entendre les histoires des gens, des fois c’est vraiment crève-cœur. »

Société Saint-Vincent-de-Paul
Myriam Bergeron. Photo : Maxime Boisvert / Le Verbe

Aujourd’hui, la SSVP est de moins en moins rattachée aux paroisses et à l’Église pour plusieurs raisons. Pour obtenir un numéro d’agence de Revenu Québec, il est nécessaire pour l’organisme, d’abord chrétien, de se montrer « ouvert à toutes les religions ». En outre, trouver des dons est de plus en plus difficile, car « les entreprises […] ne veulent plus donner de l’argent » à des organismes explicitement religieux : « On essaye de démontrer l’aide qu’on apporte au lieu d’insister sur les valeurs catholiques », explique Myriam.

Les projets de la SSVP vont jusqu’au nord du 60e parallèle, dans le nord du Canada. Myriam Bergeron s’occupe d’ailleurs de préparer les colis et d’aller les porter à l’aéroport pour que l’aide alimentaire et la friperie se rendent à Kuujjuaq.

En priorité, je te dirais que je m’implique pour les valeurs et le côté humain de la chose.

Myriam

Pourquoi des jeunes devraient-ils s’impliquer bénévolement dans des organismes comme la SSVP ? Visiblement, il y a un côté écologique, « ça permet de recycler ». Une notion de développement personnel est aussi intéressante : « Faire du bénévolat comme ça permet de voir ses forces et ses faiblesses, de les comprendre et de les accepter. » Myriam aimerait d’ailleurs aller parler de la SSVP dans des écoles. « J’ai trois semaines de vacances cette année. Peut-être que je me prendrai quelques journées. »

Monsieur Zakhour

Samir Zakhour nous a accueillis dans son minuscule bureau, derrière la porte d’entrée du presbytère. Rien d’autre devant nous que M. Zakhour devant une grande image du Christ. Originaire de Syrie, il a dû fuir son pays en 2006 avec sa femme et ses trois garçons. Maintenant membre de la conférence de Saint-Joseph de Bordeaux et administrateur au Conseil central de la SSVP de Montréal, il a connu l’œuvre en arrivant.

« Un paroissien m’a invité à une réunion de la SSVP deux ans après notre arrivée. J’étais au chômage et j’ai accepté. J’ai assisté à des réunions pendant un an. […] L’accent québécois… Je parlais déjà français, mais je ne comprenais rien » (rires).

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Samir Zakhour. Photo : Maxime Boisvert / Le Verbe

Pour Samir Zakhour, « être actif dans la société » et s’impliquer dans des organismes comme la SSVP était essentiel, surtout dans une période où il ne trouvait pas de travail. À ses yeux, s’engager bénévolement est un bon moyen pour les nouveaux arrivants de s’intégrer dans leur environnement : « J’ai aidé beaucoup de familles, des familles syriennes qui débarquaient aussi et qui ne savaient plus rien, qui ne savaient pas parler la langue, même, rien du tout. J’ai toujours cette proposition à leur faire de s’engager comme ça dans du bénévolat. »

Il enchaine : « Peu importe si tu es croyant, si tu n’es pas croyant, musulman, Haïtien, je sais pas quoi […], tant qu’ils frappent à cette porte, cette porte sera ouverte. »

Concrètement, il prend les messages des personnes dans le besoin qui téléphonent pour recevoir de l’aide alimentaire, puis les accueille dans son bureau pour leur remettre des bons de nourriture, entre autres. Il va parfois chez les gens et, découvrant un « frigidaire vide », il offre de l’aide.

Il n’y a pas de chômage quand on aide les pauvres. […] Le Christ nous a conseillé de nous occuper de ces gens-là.

Samir Zakhour

M. Zakhour nous a parlé très clairement du manque de relève à la SSVP et de la difficulté de plus en plus grande à récolter des dons en argent. « Il faut pas avoir peur qu’on ait de moins en moins [de bénévoles], parce que les gens, surtout à la SSVP, sont de plus en plus tristes de parler de cette [réalité]. »

Pourtant, il semblait porter une belle espérance : « Même le Christ nous a parlé de ces paraboles où il y a toujours le haut et le bas. Donc peut-être qu’on passe par le bas maintenant. Si on regarde l’histoire de l’Église, elle a connu cette histoire de hauts et de bas. Mais il faut garder confiance. Regarder en avant et ne pas regarder en arrière. »

René Chabot

Vingt ans. René Chabot s’investit à la SSVP depuis tout ce temps. À l’époque, il avait remarqué que le secteur où il habitait était un « désert alimentaire », avec peu de commerces. Il raconte que, habitant seul, il était facile pour lui de se déplacer pour s’alimenter ailleurs : « Mais j’avais constaté que pour les familles, surtout monoparentales, cette opération n’était pas possible. Parce que partir avec deux ou trois enfants, marcher pendant 20 ou 25 minutes et revenir avec de lourds paquets… »

On voit que les personnes sont vraiment désireuses de développer leur personnalité humaine d’une façon à aider les autres personnes. Rendre au suivant, c’est tout à fait dans l’ordre des choses.

René Chabot

C’est ainsi qu’il a commencé à s’impliquer dans des groupes en alimentation et en particulier à la SSVP.

Société Saint-Vincent-de-Paul
René Chabot. Photo : Maxime Boisvert / Le Verbe

À la retraite depuis une quinzaine d’années, il est présentement secrétaire-trésorier de la Conférence Sacré-Cœur de Jésus et s’implique aussi dans toute l’organisation du dépannage alimentaire. Ils sont 10 ou 12 à se donner rendez-vous deux mercredis vers la fin du mois et ils accueillent de 30 à 100 personnes. Ils prennent surtout le temps de les écouter : « La majorité des gens ont des problèmes financiers et donc ont besoin d’aide pour survivre jusqu’à la fin du mois. Mais en même temps, beaucoup de personnes vivent de la solitude, vivent seules, et ont peu d’endroits, de personnes avec qui échanger. »

Qui s’implique à la SSVP ? « La plupart d’entre nous sont soit retraités […] ou bénéficient de l’aide sociale. » Les bénévoles de sa Conférence sont recrutés dans toutes sortes de milieux, mais beaucoup de chrétiens répondent à l’invitation : « Ça les interpelle, puis ils veulent prolonger […] leur appartenance à l’Église en aidant les personnes plus démunies. » Mais c’est de plus en plus par « expérience de vie » et non pour des questions de foi que les gens s’impliquent :

« Parmi nos bénévoles, il y a des croyants, mais il y a aussi beaucoup de personnes qui ont vécu des vies difficiles, qui à l’occasion ont été aidées, puis sentent le besoin de le redonner à partir de leur disponibilité, de leurs talents. »


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Marie-Jeanne Fontaine

Étudiante en sexologie, Marie-Jeanne chante, jase et écrit. Femme de cœur (elle essaye!), elle trace sa petite route dans le Grand Large du Bon Dieu. Vous la trouverez devant son piano ou dans sa cour arrière, au soleil, en train de faire fleurir ses idées entre deux éclats de rire et un café.

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