Messes extérieures
Photo : Brigitte Bédard.

Des messes inclusives sous la neige

Avec la série de confinements exigés par la Santé publique depuis le printemps 2020, on a vu de belles initiatives venant de quelques paroisses catholiques. Mais quand le passeport vaccinal est devenu obligatoire pour entrer dans un lieu de culte, le 20 décembre 2021, on a commencé à voir se déployer une véritable résistance catholique… face à la tiédeur spirituelle et aux giboulées de janvier.

On pourrait dire que celui qui a ouvert le bal est l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, avec sa messe de Noël. On pouvait le voir sur YouTube, arborant son couvre-chef de trappeur, invitant les dizaines de fidèles réunis dans le stationnement de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde à ne pas se décourager, à rester fermes dans la foi et la charité avec tout le monde. 

Dès le lendemain, on y célébrait la messe quotidienne à 12h15. Deux semaines plus tard, même le Journal de Montréal ne pouvait ignorer la chose avec une pleine page titrée « À genoux dans la gadoue à -13oC ». À partir du 10 janvier, une messe s’ajoutait à 17h – affluence oblige ! 

Ce qu’on ignore peut-être c’est que, dès l’entrée en vigueur du passeport, des paroisses des quatre coins du Québec annonçaient leurs « messes en plein air » sur les réseaux sociaux : « messe spontanée » au stationnement de la paroisse Saint-Bernard, à Rouyn-Noranda ; messe dominicale chez les capucins dans le décor enchanteur du Sanctuaire de la Réparation au Sacré-Cœur et de Saint Padre Pio, à Pointe-aux-Trembles ; à Québec, la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin distribuait la communion dehors ou célébrait sur la galerie du presbytère ; le bouche-à-oreille a réuni une centaine de personnes, dont plusieurs familles, à même un hangar de la paroisse Notre-Dame-de-Beauport ; à l’église Notre-Dame de l’Assomption à Victoriaville, 150 fidèles, venus d’un peu partout, chaise pliante en main, prenaient place dans le stationnement, où on servait un café bien chaud. 

Dimanche matin à Châteauguay

À Châteauguay, on fait carrément de la « messe à l’auto » en syntonisant le 99,1 FM. « En fin de semaine, on annonçait plus froid, avec de la neige. On a donc fait comme le 1er janvier, la messe à l’auto, explique Clément Lafitte, curé de la paroisse Sainte-Marguerite-d’Youville. Je me place dans le portique quand il fait beau. Quand il fait froid, on est au jubé, qui est tout fenêtré. Les gens peuvent alors nous voir. »

Photo : Brigitte Bédard.

Muni d’une joie contagieuse, Clément Lafitte a pris avec humour la récente visite des policiers :

« Pour la messe de 11h, il y avait plus de soixante voitures ! Durant l’homélie, j’aperçois, du haut du jubé, une voiture de police qui s’approche. Elle se stationne devant l’église, devant tout le monde. Les deux policiers masqués viennent vers l’église. J’avertis les gens qu’on prend “une pause d’homélie”. Les deux policiers entrent. Je leur demande si je peux les aider. Ils me disent qu’on les a appelés, car le stationnement était plein. Ils constatent qu’il n’y a personne dans l’église. Un des policiers, en souriant, me dit : “On a vu. Les gens sont à l’auto.” Je corrobore. Il me répond, tout sourire : “C’est ben hot !”… Et ils repartent tout joyeux, en nous confirmant que tout est ok. Je leur dis qu’ils peuvent rester pour la messe eux aussi… Ils rient. En arrivant à leur auto, moi, de retour au jubé, je dis aux gens dans leur voiture que nous remercions les policiers qui font bien leur travail en répondant à un appel. Tous les klaxons se font aller dans une belle cacophonie, et les policiers de répondre dans la joie avec leur gyrophare ! C’était pas mal spécial tout ça ! Digne de la Lumière qu’est Jésus-Christ ! »

Messes extérieures
Photo : Brigitte Bédard.

Dès les débuts de la pandémie, Clément Lafitte et son équipe ont pris le taureau par les cornes. Rendu en novembre 2020, les messes à l’auto étaient déjà possibles :

 « On a acheté l’antenne et le système radio. Même quand 250 personnes étaient autorisées, on laissait l’antenne, car il y a des personnes, par peur, ou pour toute autre raison, qui désirent rester à l’auto. Pour nous, l’impossibilité de la messe n’a jamais été envisagée ; on s’est toujours demandé comment on allait faire pour qu’elle soit possible, pour que tous puissent célébrer, vaccinés, ou pas. Si l’Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne, il me semble qu’il faut faire tout ce qui est possible pour célébrer et nourrir notre ferveur… Même si on gèle des pieds et des mains, pas question de réduire le temps de messe ! On chante, on célèbre. Tous ensemble, en Église », conclut Clément Lafitte. 

Une messe inclusive ? En sortie ? Un p’tit chocolat chaud avec ça ?


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Brigitte Bédard

Brigitte Bédard est journaliste indépendante depuis 1996. En 2019, elle publiait « J’étais incapable d’aimer. Le Christ m’a libérée » (Éditions Artège), son témoignage de conversion franc et direct. La suite de ce récit, « Je me suis laissé aimer. Et l’Esprit saint m’a emportée » (Éditions Artège), paraîtra le 16 mars 2022.

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