Photo : avec l'aimable autorisation de Jimmy Delalin

Visite paroissiale en Cessna : Jimmy Delalin, prêtre et aventurier

Vaste Côte-Nord. Imaginez un gigantesque territoire d’une superficie de 236 502 km2 bordé par 1300 kilomètres de côte et parsemé par un nombre incroyable de lacs, de forêts et de plaines. Dans cette gigantesque étendue, des villes et des villages donnent havre à 92 712 âmes, dont des Inuits et des autochtones qui occupent cette immense région depuis des millénaires. C’est là qu’en 2007 Jimmy Delalin, missionnaire, a accepté de s’établir et d’exercer son ministère.

Jimmy Delalin
Photo : Jimmy Delalin

Français d’origine, l’homme de 54 ans est né dans la région des Hauts-de-France (Nord-Pas-de-Calais). C’est le pays des « Ch’timi » popularisé par la comédie Bienvenue chez les Ch’tis.

« Quand vous habitez un diocèse de 500 prêtres pour 1,6 million d’habitants et que vous vous retrouvez dans un diocèse de 15 prêtres pour moins de 100 000 habitants, vous n’êtes plus sur la même planète ! » lance le missionnaire afin d’expliquer le décalage entre sa vie de prêtre dans la région de Lille, en France, et celle de la Côte-Nord.

Quand il a posé le pied pour la première fois sur le sol nord-côtier, il a été fortement impressionné par le paysage. « C’est un territoire vierge et immense. Une immensité époustouflante ! C’est lui qui m’a réconcilié avec la nature. Il a été mon Laudato si’, je ne vais pas le cacher. »

Amateur de pêche, il découvre la Côte-Nord en 2000, l’année de son ordination. « J’allais pêcher au lac en Travers, près de la rivière Romaine. Je devais prendre l’hydravion pour m’y rendre. Je me disais que, si un jour j’habite ce pays, je terminerais ma licence de pilote, car j’avais déjà commencé quelques cours en France. »

Photo : Jimmy Delalin

Lorsque le missionnaire parle de sa passion pour le pilotage, il s’anime. « Il faut avoir des passions dans la vie. Il ne faut pas toujours être dans le religieux. Moi, la passion de l’aéronautique est très forte chez moi. Cela permet un dépassement personnel, car il faut beaucoup de maitrise. Mais quand on est dans un avion à 1500 mètres, on doit également rester humble. Et pour être prêtre aussi, il faut être humble. En aviation, comme dans l’évangile, tout peut arriver. Il faut être prêt. »

Outre le paysage, Jimmy Delalin a été fortement marqué par la vie dans les paroisses qu’il visitait. « C’est quand même par les paroisses que j’ai connu le Québec », fait-il remarquer. « J’ai été époustouflé par une Église très fraternelle, très bonne, très sociable, très solidaire. Ce que j’ai trouvé dans ces paroisses, c’est de la générosité, du cœur, de la foi. Vraiment ! »

Jimmy Delalin
Photo : Jimmy Delalin

La passion du ciel

Durant son séjour, il fait la rencontre de Mgr Pierre Morissette, alors évêque du diocèse de Baie-Comeau, qui en profite pour l’inviter à devenir missionnaire dans son diocèse. Sept ans plus tard, il répond à l’appel et vient s’installer sur la Côte-Nord.

Jimmy Delalin
Photo : avec l’aimable autorisation de Jimmy Delalin

Aujourd’hui, il habite un petit village appelé Chute-aux-Outardes, près de Baie-Comeau. Il partage son temps entre les bureaux de l’évêché et ses quatre paroisses. L’une d’entre elles est située à Fermont, à 600 kilomètres de son village. « Cela prend une journée en avion. J’y vais une fois par mois. »

Avant de faire le pas décisif, Jimmy Delalin était aumônier auprès des universités publiques françaises. « C’est dans ce milieu extrêmement dynamique et créatif que j’ai vécu les sept premières années de mon ministère. »

Jimmy Delalin a grandi au sein d’une famille ouvrière de sept enfants. « Ma famille n’était pas croyante ni pratiquante, mais de tradition chrétienne. Dans les villages, on baptisait tous les enfants », se remémore-t-il.

Le petit Jimmy a donc reçu le baptême, mais sans plus. Vers l’âge de quatre ou cinq ans, il rencontre Dieu. « Je ne suis pas born-again », s’empresse-t-il de préciser. « Ma découverte a été progressive. » C’est en voyant vivre des religieuses et des prêtres qu’il acquiert la certitude qu’il y a quelque chose de plus grand que lui et qui le visite. « C’était une foi d’enfant. Il n’y avait rien d’intellectuel dans cette certitude. »

L’enfant grandit et entre au lycée hôtelier. Là, il se familiarise avec la gastronomie française. Après ses études, à 18 ans, il entreprend sa vie professionnelle. « J’ai travaillé durant dix ans. »

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Durant ses vacances, Jimmy Delalin acquiert une passion pour les voyages. « Je suis allé à plusieurs reprises en Asie et en Afrique. J’ai visité l’Europe de l’Est. Chaque année, je visitais un pays. » Cet amour des contrées lointaines, le futur missionnaire le développe au contact des étrangers qui habitent la région de son enfance. « Dès 11, 12 ans, j’ai côtoyé des Africains, des Marocains, des musulmans. J’étais fasciné par eux. »

Puis, à 28 ans, il entre au grand séminaire. Lorsqu’on lui demande ce qui l’a motivé, il répond du tac au tac : « La liberté ! Je conçois la vie comme une aventure. J’ai eu la chance de pouvoir choisir ce que j’avais envie de faire ! Puis, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas tout vivre. J’ai aussi connu des amours. Je me suis demandé si j’allais vivre avec une épouse et des enfants. En définitive, je n’ai pas biffé les choix qui s’offraient à moi. Cependant, parmi ces choix, je me suis dit que celui de la prêtrise me rendrait plus heureux. »

En mission chez les turboconsommateurs

À l’aube de la nouvelle année, le missionnaire ne regrette rien, même si le prix à payer est grand. « En tant que missionnaire, nous sommes détachés de quelque part. Nous le ressentons fortement. Être missionnaire, c’est “une grâce qui coute” comme le souligne le théologien protestant Dietrich Bonhoeffer. Je n’ai pas vécu un Noël avec ma famille depuis 13 ans. »

Depuis son arrivée, la Côte-Nord a évolué. Pas toujours pour le mieux, selon le missionnaire. Elle doit affronter plusieurs défis, comme toutes les régions éloignées. « Nous faisons face à un exode. Les personnes âgées migrent vers des lieux plus urbanisés afin de trouver les services dont ils ont besoin. Nous sommes dans une décroissance communautaire. Pourtant, les grosses compagnies font de plus en plus d’argent, mais avec de moins en moins de monde. »

Et sur la Côte-Nord, l’argent ne manque pas. « Ici, les gens sont des “turboconsommateurs”. En couple, ils peuvent gagner jusqu’à 300 000 $ annuellement. Ça fait tourner la tête ! » Même les Innus n’y échappent pas !

La richesse, cependant, a un effet pervers. « L’entraide diminue beaucoup. Tous les lieux associatifs disent la même chose. Ils rament pour trouver des bénévoles. Il y a comme un repli sur la gang. Les gens sont toujours fraternels, mais ils sont en gang. C’est clanique. »

Jimmy Delalin se réjouit que la dernière encyclique du pape François, Fratelli tutti, appelle à l’amitié sociale. « Ici, elle est à construire. Je pense que l’Église est un lieu de construction de l’amitié sociale parce que c’est tout de même un endroit où toute personne peut se sentir chez elle. Nous avons une belle mission encore devant nous. »

À l’évidence, l’aventure missionnaire de Jimmy Delalin n’est pas près de se terminer. Ce qu’il confirme lui-même : « Tant que l’Église d’ici me maintient dans cet état de mission, je n’ai pas de raison de partir. Un missionnaire, ça reste jusqu’au bout ! »


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Yves Casgrain

Yves est un missionnaire dans l’âme, spécialiste de renom des sectes et de leurs effets. Journaliste depuis plus de vingt-cinq ans, il aime entrer en dialogue avec les athées, les indifférents et ceux qui adhèrent à une foi différente de la sienne.

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