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Charles de Foucauld
Illustration : Léa Robitaille / Le Verbe

Une vie d’échecs : Charles de Foucauld

Un texte de Mathieu-Élie du Précieux-Sang, petit frère de la Croix

Bienheureux Charles de qui ? Bien qu’il soit cité par le pape François, qui peut se targuer de connaitre la teneur de cet homme béatifié en 2005 par Benoît XVI ? Selon le principal intéressé, Charles de Foucauld était à la fois moine et missionnaire, moine-missionnaire dans le désert du Sahara. Il voulait être un contemplatif et un missionnaire jetant les filets dans une mer encore inexplorée.

Ce n’est pas tout le monde qui connait Charles de Foucauld aujourd’hui. Et pourtant, il a eu une vie bien particulière. Né à Strasbourg en 1858, orphelin à six ans, élevé de manière permissive par son oncle, puis riche héritier, il a tenté d’étancher sa soif d’éternité dans une vie dissipée avant sa conversion. Il a ensuite été ordonné prêtre dans le diocèse de Viviers en 1901. 15 ans plus tard, il a été assassiné dans le Sahara.

On peut toutefois se demander, surtout en sachant que sa mémoire s’évanouit : quels miracles a-t-il faits ? Combien d’âmes a-t-il sauvées des ténèbres ? Comment se portent les peuples qu’il a évangélisés ou la communauté qu’il a fondée ?


Cet article est tiré du numéro spécial de l’été 2017, Antihéros.


Ma réponse sera : ce bienheureux est un antihéros.

Aucun miracle, aucune âme sauvée de son vivant de missionnaire, plusieurs membres du peuple auprès duquel il a œuvré ont, aux dernières nouvelles, leur carte d’abonné de l’État islamique, et il n’a eu aucun disciple de son vivant…

Un autre paradoxe étonnant ? Dans ses notes à ses futurs petits frères, il a toujours interdit que sa communauté porte des armes dans ses couvents, et la première condition pour suivre Charles était la disposition nette à mourir martyr.

Charles de Foucauld est l’exemple même du don gratuit, de l’amour sans retour envers Dieu et envers son prochain.

Eh bien voici : en 1916, son petit fortin était rempli à bloc d’armes pour les armées françaises, et alors qu’il est mort assassiné par un jeune Touareg musulman, on déclare qu’il est bienheureux, mais certainement pas un martyr !

Aussi, l’Écriture dit : « Quand ils traversent la vallée de la soif, ils la changent en source » (Ps 83,7). Rien de cela pour notre bienheureux, chez qui la terre du Sahara est demeurée une vallée de la soif. Ou encore : « Ils planteront des vignes et en boiront le vin » (Am 9,14).

Aucun disciple pour lui apporter la coupe bienfaisante du fruit de ses prières !

L’abjection

« J’ai choisi de me tenir sur le seuil, dans la maison de mon Dieu, plutôt que d’habiter parmi les infidèles » (Ps 83,11). La traduction du « seuil » que Charles de Foucauld utilisait donnait en latin abjectus esse, « être dans l’abjection », une valeur que développera en large le bienheureux au cours de sa vie.

Ce petit frère du désert a choisi d’être « abject dans la maison de son Dieu », mais lui, contrairement au psalmiste, c’était pour habiter parmi les « infidèles* ». Il voulait contempler le Saint Sacrement dans une terre qui n’avait ni autel ni tabernacle du bon Dieu. Et il signait ses catéchèses préparées pour les Touaregs : Cor Jesu Sacratissimum, adveniat regnum tuum (Cœur très sacré de Jésus, que ton règne vienne).

Cet homme éperdument amoureux du genre humain voulait faire à tout prix communier les ignorants au Dieu qu’il adorait. Il faisait des pieds et des mains pour racheter des esclaves et combattre l’esclavage systématique, même si toutefois il recommandait à ceux qu’il côtoyait de résister à l’épreuve et de demeurer soumis à leurs maitres. À ce sujet, il disait non licet et vae vobis hypocritae (littéralement « Ne licite pas ! » et « Malheur à vous, hypocrites ! »), haïssant l’iniquité, mais encore plus l’amertume qui la fomentait dans le cœur de ses contemporains.

Le rachat des âmes

Charles de Foucauld est la preuve que l’obéissance parfaite ne produira que douceur et suavité dans l’âme de celui qui vit par elle. Il a reflété la lumière si fort dans son siècle parce qu’il ne laissait aucune prise à l’aigreur que la stérilité apparente pouvait imprégner en lui.

Il est l’exemple même du don gratuit, de l’amour sans retour envers Dieu et envers son prochain, le témoignage que la béatitude éternelle se fait selon les conditions de Dieu dans une réciprocité plus que bienveillante du Père envers l’homme, et où l’homme ne dicte pas à son Père, mais accueille toujours en disant : « Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »

Difficile alors pour Charles de Foucauld d’être dérangé ou scandalisé par quoi que ce soit autre que sa soif immense de racheter les âmes. L’ermite avait plusieurs défauts et il serait probablement heureux que nous le mentionnions, parce qu’il ne voulait pas qu’un petit frère prenne exemple sur de quelconques saints, de peur d’imiter leurs faiblesses et les vices de leurs contemplations.

« En vue de Dieu seul. » Rien d’autre comme Modèle Unique que Jésus Christ.

Rendons-lui hommage et disons de Charles qu’il est le « petit frère universel » dans la seule mesure où c’est l’universalité de Jésus caché dans la sainte Famille de Nazareth qui resplendit en lui et dans toute son œuvre !

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Note :

* « Infidèle » étant le langage de l’époque pour désigner les non-croyants, ici les musulmans du Sahara. Charles de Foucauld utilisait ce langage.

Collaboration spéciale

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