Antoine

Rencontre au front avec Antoine Poulin

Antoine attend le résultat de son test de dépistage de la COVID. S’il est positif, la Santé publique considère que toute sa famille l’est, ce qui veut dire sa femme et leurs trois jeunes enfants.

La semaine dernière, pour faire face aux grands besoins de l’hôpital où il travaille comme intervenant en soins spirituels depuis 11 ans, on lui a demandé s’il acceptait d’être délesté comme « Aide à la mobilité » en physiothérapie, dans la COVID. « Sur le coup, je ne voulais pas. Je voulais continuer à voir mes patients. Ma femme et moi, on a prié. Qu’est-ce que le Seigneur voulait, lui ? »

Le lendemain, on lui demande d’aller prêter mainforte en urgence afin d’aller surveiller une vieille dame qui n’en pouvait plus d’être en contention. « L’infirmière ne voulait pas l’attacher ; j’étais bien d’accord ! Je suis resté trois heures avec elle. Elle était agitée. Elle me disait : “Désolée ! Je dois partir ! Je ne peux pas rester !” Elle tentait de se lever. » 

« Ça m’habite beaucoup d’être là où les gens ont besoin. Cet élan, c’est Dieu qui me l’a offert. »

« De mon côté de la table, je l’en empêchais et je lui parlais doucement. Elle répétait sans cesse : “Oh ! Bon Dieu ! Oh ! Jésus !” Je lui disais qu’elle avait raison ; qu’on avait besoin de Jésus ! Puis, elle a fait caca dans sa couche. La préposée est venue la changer. Je l’ai aidée. »

Antoine a vu en quoi consisterait le travail demandé… Disons que c’était beaucoup plus que de l’aide à la mobilité ! Il a quand même dit oui.  

Une parole et une image

Tu n’as pas peur pour ta famille ? «Évidemment, mais on savait bien, ma femme et moi, que si j’y allais, je serais infecté un jour où l’autre. » 

« C’est une décision qu’on a prise en couple. Dans notre prière, l’Esprit nous a montré une parole et une image. C’était l’image d’une balance. Sur un plateau, il y avait plein de petits cailloux. Ils représentaient nos questionnements, nos réflexions, nos peurs, nos scénarios, nos doutes, les enfants, les collègues, les risques, le travail. Sur l’autre, un gros caillou qui faisait pencher la balance de son côté. Il représentait l’endroit où je dois être, où les gens ont besoin. »

« La parole, c’était en Jacques 1, 2-8, mais c’est le verset 5 surtout qui parlait de la nécessité de discerner : “Mais si l’un de vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, lui qui donne à tous sans réserve et sans faire de reproches : elle lui sera donnée.” »

La roche

Antoine est donc rentré à l’étage de la COVID. On lui a demandé d’aller en gériatrie pour parler à un monsieur aveugle qui ne répondait plus à personne. «Je devais le faire marcher tout en essayant de lui faire parler de sa peur. J’arrive à sa chambre, et le médecin sur place était en train de lui proposer les soins spirituels… J’étais dans le cadre de porte ! Tu vois ? C’est ça la roche !»

Antoine l’a aidé. Puis, beaucoup d’autres encore. On lui posait des questions sur Dieu, la vie, la mort. On lui demandait s’il était prêtre. «Il y a quelque chose qui transparait dans les mots, dans la façon de dire, d’être, d’accompagner. Il y a une différence. Ils la voient, eux, cette différence. Et cette différence, c’est Dieu. Il est là. Il rentre dans chaque chambre avec moi. C’est la rencontre du Seigneur en chacune des personnes. Ça m’habite beaucoup d’être là où les gens ont besoin. Cet élan, c’est Dieu qui me l’a offert.»   

Il est 10 h et Antoine vient de me texter. Le résultat ? Négatif. À midi, il sera de retour dans la COVID. Là où le Seigneur l’envoie. Là où le Seigneur l’attend. 


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Brigitte Bédard est journaliste indépendante depuis 1996. Elle vient de publier « J’étais incapable d’aimer. Le Christ m’a libérée » (Éditions Artège), son témoignage de conversion franc et direct.

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