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grand saint Jean Baptiste
Nicolas Poussin, Saint Jean baptisant sur les bords du Jourdain / Wikimedia Commons

Quelque chose comme un grand saint

« Ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté :
c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. »
2 Pierre 1, 21

Nous fêtons aujourd’hui saint Jean Baptiste, patron des Québécois, connu pour son vêtement de chameau et son style marginal. Présentation d’un homme qui a toujours un message pour le Québec, d’un saint étrangement réactionnaire. 

Jadis au Québec, on se figurait saint Jean Baptiste comme un bambin aux cheveux blonds frisés et bien léchés. C’était l’image collective qu’on en avait lorsqu’il apparaissait encore dans les défilés et les festivités. 

Un saint pour notre temps, pour notre peuple.

Maintenant que ladite fête ne porte plus son nom, du moins officiellement, il serait temps de faire justice au précurseur malcommode et à sa verve corrosive, là où justement il n’y a pas — ou plus — d’oreilles pour entendre — de peur de se convertir et de vivre.

Saint Jean-des-Réacs

Jean, dit le Baptiste (l’Immerseur), le Précurseur ou le Prodrome — celui qui défriche et arpente d’un pas ferme et large la route à parcourir pour Celui qui doit venir —, le Criard, le Gueulard, le Beuglard et le Râleur est très certainement un drôle de personnage. Que l’on puisse l’affubler de tant de noms en dit long. 

Il est certes connu pour son rôle de baigneur — format « retour à la nature » sur les rives du Jourdain — et pour son implication dans l’épisode de la « Baignade du Christ pour la Justice ».

C’était surtout le dernier de la lignée des prophètes d’Israël. Il faisait partie de ceux que le Seigneur investissait d’une mission particulière envers son peuple dans les moments de grands troubles, comme celui de l’exil à Babylone. De ceux que l’on tuait la plupart du temps à cause de leur grande gueule. De ces éternels rabâcheurs de remontrances divines et autres vieilleries bigotes visant à gâcher le « party » des siècles. Ces énervants qui veulent réveiller le petit dæmon[1] endormi en chacun et qui souvent nous met mal à l’aise et nous contrarie dans nos caprices. 

En peu de mots, saint Jean Baptiste est un réactionnaire, terme que je désire réhabiliter dans son sens premier et simple. Il réactive en nous les mécanismes spirituels et humains qui se sont atrophiés et sclérosés.

Un saint pour notre temps, pour notre peuple. Je le prends personnellement comme patron, pour qu’à sa suite j’en vienne à proclamer sur les toits ce qu’on m’a dit dans le creux de l’oreille (Mt 10, 27).

Saint Jean Baptiste, priez pour nous !


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* * *

[1] « De moy i’appelle « dæmon » celui qui m’aduertit de l’auenir , estimant parler auec plus de verité & de pieté, le nommant ainsi,  que ceux qui attribuent vne puissance diuine aux oiseaux. » — Xénophon & Candolle, Les Oevvres de Xenophon Docte Philosophe et Valev Revx Capitaine Athenien, 1613.

Emmanuel Bélanger

Emmanuel Bélanger a étudié la philosophie et la théologie. Sa formation se ponctue de diverses expériences missionnaires au Caire, à Alexandrie, au Costa-Rica et à Chypre.

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