Joseph
Photo : Jeremy Mura / Unsplash

Joseph, le charpentier gentilhomme

« Vous me demandez de causer avec vous de temps en temps et de vous dire ce dont j’ai l’esprit rempli. Eh bien, ce qui l’occupe en ce moment est cette grande et un peu mystérieuse figure de saint Joseph dont le nom seul fait sourire les gens supérieurs. C’était à la fois un ouvrier et un gentilhomme ».

C’est avec ces mots que le poète français Paul Claudel commence une lettre à l’un de ses amis, en 1941, en pleine Guerre mondiale. 

Je m’excuse du style de l’époque, de la pompe et du faste, mais ne vous inquiétez pas ; ce dont nous parlerons aujourd’hui renvoie plus à une shed à bois et à ses poutres mal équarries qu’aux discours ex cathedra des prêcheurs de bonnes mœurs. Et vu l’engouement créé par le « gentleman cambrioleur » de Maurice Leblanc avec la série Lupin, je vais surfer sur la vague et parler de ce « charpentier gentilhomme » dont nous célébrons la fête aujourd’hui !

« Joseph est le patron de la vie cachée. L’Écriture ne rapporte pas de lui un seul mot. C’est le silence qui est père du Verbe. Que de contrastes chez lui ! » continue Claudel.

C’est peut-être là que nous pouvons rejoindre l’histoire de Joseph. Non pas en misant sur un like ou un hashtag, mais plutôt en saisissant que notre vie est une œuvre de Salut à laquelle Dieu nous fait participer et non un film dont nous sommes le héros.

Pas un seul mot dans toute l’histoire. Deux-trois abonnés tout au plus sur sa page Facebook-entreprise « À la belle charpente ! », il finit par se résoudre à maintenir le contact réel avec ses clients. Les Internets, c’est trop techno pour lui. Ce sera plutôt pour son fils, le petit Jésus : il en deviendra même une vedette !

Par-delà les réseaux sociaux

Mais pourquoi quelqu’un d’aussi trendy que le pape François a-t-il bien pu décréter une année spéciale à saint Joseph ? Ça ne serait que par cette vieille habitude catholique de sans cesse se remémorer quelque chose, du genre : le 150e de la proclamation de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle par Pie IX ? Faire mémoire d’une mémoire, faire métamémoire, tellement judéo-chrétien, ah !

Ne vaut-il pas mieux laisser derrière ces vieilles rengaines et leur nom imprononçable, tel que Quemadmodum, et retourner à notre vie de starlette sur les réseaux sociaux !? 

C’est justement pour rajeunir notre image et lui redonner sa pureté première que le Saint-Père a voulu proposer la figure de Joseph, « l’homme qui passe inaperçu, l’homme de la présence quotidienne, discrète et cachée », et qui pourtant « joue un rôle inégalé dans l’histoire du Salut ». 

C’est peut-être là que nous pouvons rejoindre l’histoire du grand patriarche de la Sainte Famille de Nazareth. Non pas en misant sur un like ou un hashtag, mais plutôt en saisissant que notre vie est une œuvre de Salut à laquelle Dieu nous fait participer et non un film dont nous sommes le héros.

Ennemi de la PCU

Eh bien, je crois qu’il y a trois mots clés qui font de saint Joseph un modèle universel : courage, vaillance et chasteté. 

Le pape dit que c’est par son « courage créatif » que « le charpentier de Nazareth sait transformer un problème en opportunité, faisant toujours confiance à la Providence ». Il n’est pas en simple réaction face aux événements de sa vie (du type : sa fiancée tombe enceinte à cause de « l’ombre du Très-Haut » [Lc 1,35]), mais sait y répondre proactivement. Il devient responsable (respons-able, capable de répondre) lorsqu’il décide de prendre la vie à bras le corps en se lançant dans cette folle aventure.

Le courage, ça s’apprend, ça se pratique ! C’est en sortant de chez soi, en vagabondant un peu en dehors des sentiers battus de notre routine et de nos opinions que l’on en vient à risquer, à se risquer. C’est à ce titre qu’on dit que les voyages forment la jeunesse, mais c’est souvent un voyage intérieur, une bonne prise de conscience, qui ouvre le plus de nouvelles possibilités.

À mon humble avis, l’excessive prodigalité de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) a étouffé l’appel aux armes pour soutenir les hôpitaux, CHSLD et autres centres d’accueil l’été dernier. 

Mais elle a aussi, pour ne pas dire surtout, contenu l’urgence de responsabiliser la jeunesse et de lui enseigner la gratitude envers ses aînés et la sollicitude à l’égard de ses compatriotes plus fragiles. C’est en valorisant le travail et la vaillance, entre autres, que l’on forme les générations de demain. Le pape dit qu’en travaillant, la personne « collabore avec Dieu lui-même et devient un peu créatrice du monde qui nous entoure ».

Un homme, un vrai

Enfin, le mot ingrat, le mot impie, le mot vieillot-rétro que même les parents de nos parents ne prononçaient pas : la chasteté. 

« La chasteté est le fait de se libérer de la possession dans tous les domaines de la vie. C’est seulement quand un amour est chaste qu’il est vraiment amour. L’amour qui veut posséder devient toujours à la fin dangereux, il emprisonne, étouffe, rend malheureux. »

À l’heure où l’on dénonce les péchés des personnalités publiques sur les réseaux sociaux, proclamés nouveau Tribunal révolutionnaire, où l’on condamne les débauches d’une société sans tête parce qu’on en a coupé le chef. 

À l’heure où les femmes souffrent les violences d’hommes frustrés et châtrés, parce qu’on leur a dit qu’ils sont de sempiternels salauds et qu’on a refusé de leur donner des exemples dignes de ce nom, par peur de brimer leur liberté de s’autocréer (ou de s’autodétruire), saint Joseph devient un exemple très spécial, parce que très simple : un homme qui a vécu « le contraire de la possession », qui « a su aimer de manière extraordinairement libre » pour se mettre au service de Marie et Jésus. 

Je termine comme j’ai commencé avec la plume de Claudel : « Tout cela se passe sans un mot au plus profond de cet Empire romain plein d’orgueil et de crimes, comme notre civilisation actuelle. Ce n’est ni César, ni Platon. Il n’y a ici que trois pauvres gens qui s’aiment et c’est eux qui vont changer la face du monde. » 

Saint Joseph, Patron universel de l’Église et du Canada, priez pour nous !


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Emmanuel Bélanger

Après avoir commencé son cursus théologique et philosophique au Liban, Emmanuel Bélanger poursuit celui-ci à l'université pontificale Saint-Thomas d'Aquin (Angelicum). Sa formation se ponctue de diverses expériences missionnaires au Caire, à Alexandrie, au Costa-Rica et à Chypre.

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