Jeanne Mance
Illustration : Marie-Hélène Bochud

Jeanne Mance : mystique, infirmière et… gestionnaire

Le 29 avril 2021, la vénérable Jeanne Mance1 a été intronisée au Temple de la renommée médicale canadienne. La réputation de Jeanne Mance comme fondatrice de Montréal n’est plus à faire, mais cette reconnaissance souligne l’apport indéniable de cette femme laïque à la médecine de son époque.

Dans l’Église catholique, Jeanne Mance est surtout connue comme une des figures fondatrices de l’Église du Canada. L’histoire générale retiendra également d’elle qu’elle fut une des pionnières de la Nouvelle-France. Quant aux Montréalais, ils voient dans la figure de Jeanne Mance, avec Paul Chomedey de Maisonneuve, la fondatrice de leur ville2.

Qu’une femme laïque ait pu jouer un rôle aussi déterminant au 17e siècle dit quelque chose de sa personnalité, forte, profonde et inspirante.

Cependant, le monde de la santé voit dans la vénérable la première « infirmière » laïque du Canada, ainsi que la fondatrice et première « directrice » de l’Hôtel-Dieu de Montréal, deuxième hôpital le plus ancien d’Amérique du Nord. Jeanne Mance est donc une figure incontournable de l’histoire canadienne, ayant marqué notre pays à plusieurs niveaux : ecclésial, social, médical et spirituel. 

Soignante et gestionnaire chevronnée

Née en 1606 à Langres en France, Jeanne Mance, laïque qui choisira de rester toute sa vie célibataire, aurait soigné des malades et blessés durant la guerre de Trente Ans (1618-1648). En 1641, désireuse de contribuer à l’entreprise missionnaire au Nouveau-Monde, elle quitte son pays pour la Nouvelle-France afin d’y fonder un hôpital, à la demande de Madame Angélique Faure de Bullion, philanthrope française qui financera « secrètement » le projet. 

Jeanne Mance débarque d’abord à Québec en aout 1641. Le 17 mai 1642, elle arrive à Ville-Marie, aujourd’hui Montréal, et y fonde l’Hôtel-Dieu. Cet hôpital accueille sans distinction les pauvres, les malades et les blessés, qu’ils soient français ou autochtones. Jeanne Mance non seulement soigne les malades, mais elle est aussi l’administratrice de l’hôpital.

Le Temple de la renommée médicale canadienne, fondé en 1994, a pour mission d’honorer les Canadiens qui ont apporté une contribution exceptionnelle à l’avancement de la science médicale ou à l’amélioration de la santé de la population. Les intronisés doivent aussi être considérés par leurs pairs comme des modèles d’inspiration pour les générations actuelles et futures. 

Durant son vivant, à une époque où la traversée de l’Atlantique était fort risquée, elle fera le voyage entre la France et la Nouvelle-France sept fois, toujours pour le bien de son hôpital (obtention de fonds, recrutement, etc.).

Après la mort de Jeanne Mance en 1673, la communauté des Hospitalières de Saint-Joseph prendra en charge l’Hôtel-Dieu et y jouera un rôle de premier plan, jusqu’à son transfert définitif au nouveau CHUM en 2017. 

Jeanne Mance, une personnalité « multifacettes »

Qu’une femme laïque ait pu jouer un rôle aussi déterminant au 17e siècle dit quelque chose de sa personnalité, forte, profonde et inspirante. Le 29 avril 2021, en l’intronisant dans le Temple de la renommée médicale canadienne, c’est la Jeanne Mance « infirmière » et « pionnière » dans l’histoire des soins de santé au Canada qui a été mise de l’avant.

Qu’une figure d’une telle envergure pour le monde médical dans notre pays soit aussi une femme à la foi éminente témoigne du rôle positif que peuvent jouer les croyants pour l’édification de leur société. Jeanne Mance fut considérée à son époque comme « l’ange de la colonie ». 

À son exemple, les croyants peuvent aussi se faire « veilleurs dans la nuit » ou « levain dans la pâte ». 

Félicitations à la nouvelle intronisée !


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Notes:

  1. Jeanne Mance a été déclarée vénérable par le Pape François le 7 novembre 2014.
  2. Le 17 mai 2012, la Ville de Montréal octroie à Jeanne Mance le titre officiel de fondatrice de Montréal, à l’égal de Paul Chomedey de Maisonneuve.

Lamphone Phonevilay

Lamphone Phonevilay est frère dominicain. Il a étudié la théologie à l'Université de Montréal et la sociologie à l'EHESS de Paris. Il fait présentement une thèse de doctorat en théologie spirituelle sur sainte Catherine de Sienne au Collège Universitaire Dominicain d'Ottawa. S'intéressant autant à la mystique qu'à la sociologie, il avoue avoir une passion pour... la musique électronique!

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