Samuel
Photo : Bruno Olivier.

Au-delà des étiquettes : Samuel, d’abord et avant tout fils de Dieu

Je retrouve Samuel devant l’église qu’il fréquente, à Montréal, pour la messe de 11 h 30. Ce n’est pas sans raison que nous nous rencontrons ici. Cette paroisse, située au cœur du Village gay, occupe une place essentielle dans le cheminement de Samuel. S’il est, aujourd’hui, en paix avec l’Église, Dieu et sa bisexualité, son parcours n’a pas été de tout repos. Son secret ? Ne jamais lâcher Dieu des yeux.

Samuel ne s’est pas toujours qualifié de bisexuel. Il me confie d’ailleurs que ce terme le dérange encore, mais qu’il l’utilise afin d’être compris des gens avec qui il discute. « Notre orientation sexuelle ne nous définit pas, car nous ne sommes pas que ça. Je suis aussi un fils de Dieu, un mari, éventuellement un père, un ami, etc. C’est pour ça que, des fois, dire que je suis bisexuel me dérange, je ne veux pas qu’on m’étiquète. Je suis d’abord et avant tout Samuel. Oui, Samuel qui a une orientation sexuelle qui est minoritaire, mais qui reste d’abord Samuel », m’explique-t-il.

Pendant toute son enfance et son adolescence, Samuel se considère comme hétérosexuel. À 19 ans, il tombe amoureux d’un garçon et se pose, pour la première fois, des questions sur ses attirances sexuelles. Il vit une première crise. « J’étais en réaction violente. J’étais confronté dans mes valeurs et mes idéaux de vie, car je savais que je voulais me marier et fonder une famille. »

 C’est fou comme Dieu ne parle pas qu’à travers les saints. »

Samuel

« Je n’étais pas en paix avec le fait d’être attiré par les garçons alors que j’avais la foi. On m’avait toujours dit que l’homosexualité et la religion étaient irréconciliables et je n’avais jamais eu, ni dans mon entourage ni à l’église, le modèle du couple homosexuel stable, avec des enfants », ajoute-t-il.

Jusqu’à l’âge de 25 ans, Samuel s’identifie comme homosexuel. On lui dit qu’il est efféminé et qu’il ne peut pas plaire aux filles, ce qu’il croit, jusqu’au jour où il rencontre une femme qui lui fait beaucoup d’effet physiquement et émotionnellement. Il vit une deuxième crise.

Avec l’aide d’une intervenante, d’une sexologue, d’un long travail de rétrospection et de la prière, Samuel réussit progressivement à détruire les idées qu’on lui avait mises dans la tête au sujet de son incapacité à séduire les femmes. Il recommence tranquillement à fréquenter des filles et se dit dorénavant attiré tant par les hommes que par les femmes.

Un chemin sinueux… guidé par Dieu

De 2008 à 2016, Samuel traverse mille-et-une émotions : colère, tristesse, déception, culpabilité. Bien qu’il le désire, le jeune homme est conscient qu’il ne suit pas les enseignements de l’Église de manière cohérente. Il ne prie plus pendant des mois, fréquente plusieurs hommes, a une vie sexuelle active, puis décide d’être chaste pour un moment, prie le chapelet tous les jours, entre dans un groupe catholique traditionaliste, intègre un organisme pour ne plus être homosexuel, mais recommence à voir des hommes régulièrement.

Cependant, jamais il n’aurait cru que ce serait grâce à des hommes anticléricaux, qu’il fréquentait à l’époque, qu’il demeurerait dans l’Église. Il m’explique que ce sont eux qui, dans les moments où il maudissait Dieu et voulait le renier, lui ont rappelé son « Dieu d’Amour » et l’importance qu’il a dans sa vie.

« C’est fou comme Dieu ne parle pas qu’à travers les saints », me lance Samuel d’un air stupéfait.

Cet article est d’abord paru dans notre magazine de novembre 2021. Cliquez sur cette bannière pour y accéder en format Web.

Aimé du Christ

De 2013 à 2016, la foi de Samuel connait un tournant majeur. Pendant ces trois années, il fréquente une paroisse où il trouve enfin sa place. « Pour la première fois, j’ai senti que j’étais pleinement accueilli tel que j’étais, à l’église. J’ai su que je pouvais être moi-même, faire partie d’une communauté croyante et proclamer la Parole de Dieu », me dit-il avec émotions.

« La paroisse Saint-Pierre-Apôtre a, depuis 25 ans, une pastorale d’inclusion qui tient à accueillir les gens peu importe leur orientation sexuelle. Les prêtres là-bas reconnaissent d’abord que nous sommes filles et fils de Dieu et adaptent ensuite leur accompagnement selon chaque personne. Un de leurs leitmotivs est : “Dieu ne hait aucune de ses créatures, sinon il ne les aurait pas créées.” »

C’est au cours de l’année 2014 que Samuel chemine le plus. Un jour, alors qu’il se retrouve devant une église où est exposé le Saint-Sacrement, il entre, s’agenouille pour prier et se met à pleurer. À ce moment-là, Samuel ouvre entièrement son cœur à Dieu. « J’ai dit au Seigneur : “OK, j’ai vraiment envie de me rapprocher de toi, mais je suis incapable. Ça fait trois ans que je rencontre des chrétiens, mais je n’arrive pas à faire communauté. Je veux te suivre, mais je résiste, car je ne sais pas jusqu’où je veux me laisser transformer par toi, mais toi, franchis ces barrières que je ne suis pas capable de franchir tout seul.” »

Peu de temps après, durant une retraite où il prend part au sacrement du pardon, Samuel est témoin d’une grâce. Pour la première fois de sa vie, il sent, dans son cœur, qu’il est entièrement aimé de Dieu. « Depuis ce jour, je n’ai jamais douté de l’amour que Dieu a pour moi », me dit-il le sourire aux lèvres.

Apporter sa pierre à l’édifice

Samuel
Photo : © Lux Mundi Studio.

Souhaitant que les jeunes croyants ayant des attirances sexuelles plus marginales se mobilisent davantage, Samuel fonde, en 2014, le groupe L’Attisée. Pendant deux ans, des jeunes de 25 à 45 ans, croyants et personnes s’identifiant LGBT+, se rencontrent une ou deux fois par mois pour discuter, fraterniser et partager leur témoignage.

En 2015, il fonde également la troupe intergénérationnelle Bioskop, qui regroupe jeunes et moins jeunes, des personnes ayant des attirances diverses, croyants et non-croyants. « Chaque année, on montait une pièce qui était écrite par un membre de la troupe et qui était présentée le 17 mai dans le cadre de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Le but était de montrer les conséquences de l’homophobie chez les membres de la communauté LGBT+ », explique Samuel.

Grâce à l’accueil, à l’écoute et à l’accompagnement qu’il reçoit à la paroisse Saint-Pierre-Apôtre, aux projets et aux rencontres qu’il y fait, ainsi qu’à plusieurs années de discernement, Samuel trouve finalement la paix, à 27 ans. Une paix avec l’Église, Dieu et ses attirances sexuelles.

Aujourd’hui, à 32 ans, il est marié à une femme avec qui il souhaite fonder une famille.

Et quand on demande à Samuel ce qu’il aimerait dire aux gens qui traversent une situation similaire à celle qu’il a vécue, sa réponse est sans détour.

« C’est difficile à dire, car on a chacun un cheminement à faire, mais je pense que l’essentiel est de demeurer en contact avec Dieu. Peu importe comment tu vis ton intimité, les choix de vie que tu fais, même ceux que toi ou que Dieu pourrait réprouver, il faut que tu continues à être en relation avec lui. Quand je m’impliquais à L’Attisée, j’ai rencontré plein d’hommes qui me disaient qu’ils s’étaient éloignés de Dieu parce qu’ils étaient homosexuels et ça me brisait le cœur. Je me suis dit que je ne pouvais plus me cacher, car il fallait que les gens sachent qu’il y en a qui ont la foi, qui pensent que Dieu les aime et qui sont LGBT+. C’est grâce à lui que je suis en paix aujourd’hui et c’est ça que j’ai envie de dire aux gens de la communauté LGBT+ : gardez votre relation avec Dieu, car c’est lui qui nous permet d’être en paix. »


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Frédérique Bérubé

Mangeuse d’actualité et adepte d’écriture, Frédérique Bérubé aspire à devenir correspondante à l’étranger. Ayant complété un baccalauréat en communication publique à l’Université Laval, elle poursuit actuellement ses études à la maîtrise en journalisme international. Concernée par les enjeux internationaux et attirée par les rencontres humaines multiculturelles, elle désire sillonner le monde pour partager ses découvertes.

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