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Quand les organismes renient leur identité

L’année dernière, l’Œuvre Léger a changé de nom pour Mission inclusion. Sans ambigüité, l’organisme écarte ses références religieuses pour se centrer sur sa mission sociale… non sans soulever plusieurs questions.

Les premiers mots qui figurent sur son site web sont:

« Nouveau nom, même Mission. Celle de favoriser le mieux-être et l’inclusion sociale des plus démunis de notre société ».

Le Cardinal Léger est nommé à titre de fondateur, mais aucune mention n’est faite au sujet de sa foi.

On comprend que cette réforme se situe dans le sillon de la laïcisation du Québec. La religion suscite souvent des malaises ou même de l’hostilité parmi la population autant qu’au sein de l’appareil gouvernemental. Ainsi, un organisme religieux peine davantage à obtenir des dons et des subventions.

Sans contredit, la mission de l’Œuvre Léger a toujours été de venir en aide aux plus démunis. En ce sens, il est vrai que la mission demeure la même. Mais le changement de nom et l’abandon de toute référence religieuse ne sont pas banals.

On peut y discerner deux problèmes : l’un en termes d’efficacité et l’autre en termes de légitimité.

Spécialisation de la mission

Les organismes communautaires qui viennent en aide aux plus démunis sont nombreux et variés. La plupart de ces organismes concentrent leurs activités sur un groupe précis : les itinérants, les réfugiés, les femmes violentées, les enfants défavorisés, etc.

Au fil des années, on constate que cette spécialisation s’accroit de façon marquée : chaque organisme développe une expertise de plus en plus spécifique, et c’est ainsi qu’il justifie ses demandes de dons et de subventions.

Qu’en est-il de Mission inclusion ?

Ayant écarté sa spécificité chrétienne, que lui reste-t-il pour le préférer aux centaines d’autres organismes qui sollicitent dons et subventions ?

Entre les sceptiques qui se méfieront d’un organisme aux origines religieuses et les croyants qui se désisteront d’un organisme ayant renoncé à annoncer l’Évangile, qui seront les donateurs de Mission inclusion ?

Rien n’est certain.

Peut-être que Mission inclusion saura tirer son épingle du jeu et qu’il pourra poursuivre sa mission sociale. Néanmoins, il y a matière à douter que cette réforme permettra l’adaptation souhaitée.

Fidélité au fondateur

Ayant considéré le futur de l’organisme, considérons maintenant son passé. Depuis des décennies, l’Œuvre Léger a recueilli des millions de dollars en dons. Ces dons ont constitué le patrimoine accumulé de l’organisme et lui ont procuré le prestige qui est le sien aujourd’hui.

D’où provenaient ces dons ? Quelles étaient les motivations des donateurs ?

Sans doute, les donateurs souhaitaient venir en aide aux plus démunis : c’était la mission de l’organisme. Mais pourquoi ont-ils donné à l’Œuvre Léger plutôt qu’à un autre organisme ?

Dans certains cas, peut-être était-ce seulement une question de renommée ; l’Œuvre Léger était l’organisme le plus fiable qu’ils connaissaient. Mais il est raisonnable de présumer que, pour plusieurs, sa vocation spirituelle était importante.

Ils souhaitaient soutenir un organisme qui vient en aide aux démunis non seulement en termes sociaux, mais aussi en termes spirituels, en leur apportant le témoignage de l’espérance chrétienne. Sans cet aspect d’évangélisation à sa mission, plusieurs donateurs auraient donné à un autre organisme.

Par contraste, quand un organisme chrétien se laïcise, qui prend le relai de sa mission spirituelle ?

Que peuvent penser les donateurs de cet organisme qui, après avoir recueilli leurs dons durant des décennies en se rattachant à un esprit d’évangélisation, écarte désormais cet esprit pour poursuivre sa mission dans un contexte laïc ? S’agit-il d’une fatalité inévitable ou d’une trahison injustifiée ?

Dans tous les cas, il sera difficile d’applaudir cet organisme pour sa fidélité à son héritage.

Le cout du risque

Ces deux problèmes — efficacité et légitimité — se posent pour tous les organismes chrétiens qui envisagent de laïciser leur mission. À leur décharge, aucune alternative n’est assurée. Le pari d’un renouvèlement en conservant leur héritage spirituel vient avec un risque non négligeable de disparition complète.

Il serait navrant qu’un grand organisme venant en aide aux démunis disparaisse du paysage québécois. Mais s’il disparait, d’autres organismes prendront le relai de cette mission.

Par contraste, quand un organisme chrétien se laïcise, qui prend le relai de sa mission spirituelle ?


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Sylvain Aubé

Sylvain Aubé est fasciné par l’histoire humaine. Il aspire à éclairer notre regard en explorant les questions politiques et philosophiques. Avocat pratiquant le droit de la famille, son travail l’amène à côtoyer et à comprendre les épreuves qui affligent les familles d’aujourd’hui.

1 Comment

  1. Quant à moi, Mission Inclusion aurait dû, en n’en pas douter, conserver le nom de L’Oeuvre Léger. Cette nouvelle appellation m’a fait sursauter lorsque je l’ai entendue à la radio. A-t-on à ce point honte de nos antécédents et de nos fondateurs catholiques ? On vit dans un monde où tout doit être aseptisé, javelisé de toute connotation religieuse, ce qui fait de nous un peuple qui oublie, qui improvise, qui a peur. Je donnerais volontiers à l’œuvre Léger parce que son nom me rappelle quelque chose de positif et de grand, mais à Mission Inclusion, non. Deux mots valises qui peuvent servir à toutes les sauces et qui incluent quoi au juste ?
    Votre article est important et vient appuyer mes convictions. La question : « qui prendra le relais? » est tout à fait pertinente !

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