Le virus est aux portes… ouvrons-les !

Il fallait s’y attendre : à l’heure où le virus frappe encore, on demande aux croyants un sacrifice plus grand qu’aux cinéphiles. Mauvaise nouvelle pour ceux dont la mission est d’en annoncer une bonne ! 

D’autant plus que tous les efforts de collaboration semblent avoir été vains. Le sentiment qui surgit est compréhensible : indignation face aux efforts non reconnus, déception face à une autre fragmentation de nos communautés, incompréhension quant à la difficulté de communiquer avec le gouvernement.

C’est une réaction bien humaine, mais est-ce vraiment une réaction chrétienne ? 

Oui, nous avons fait preuve de responsabilité, mais est-ce que la charité nous a fait bondir à travers les montagnes ? Nous avons été prudents, certainement, mais avons-nous été audacieux ? 

S’il y a bien un concept en vogue aujourd’hui dont les catholiques devraient s’inspirer, ce n’est pas celui de « service essentiel », mais celui « d’appropriation citoyenne ».

Réinvestir les églises

25 ou 50 personnes maximum dans les lieux de culte ? Soit ! « Portes, levez vos frontons ! » 

Allons-y à 7 h pour les laudes : voici 25 personnes qui ne se sont peut-être jamais parlé qui prient ensemble dans le doux silence du matin ! Et puis, d’autres pour la messe du midi ? Bien sûr ! Un groupe pour les vêpres de 18 h ? 25 personnes de plus ! Et pourquoi pas un moment d’adoration à 20 h ? 

Il y aura seulement 25 personnes à la messe du dimanche, mais des fidèles auront poussé les portes de l’église 700 fois dans la semaine !

Profitons de ce temps où l’adversité nous presse pour redécouvrir toute la richesse de la liturgie catholique, qui ne se limite pas à la célébration eucharistique ou au chapelet d’avant-messe. 

Adaptons les horaires pour que tous, et non pas seulement les retraités, puissent avoir accès aux églises. S’il y a bien un concept en vogue aujourd’hui dont les catholiques devraient s’inspirer, ce n’est pas celui de « service essentiel », mais celui « d’appropriation citoyenne » (1). 

La joie parfaite

Vous vous rappelez la fameuse histoire des fioretti où saint François d’Assise explique à frère Léon ce qu’est la joie parfaite ? Je résume en paraphrasant : 

« Nous connaitrons la joie parfaite, frère Léon, lorsque, pauvres, tremblants de froid et de faim, nous approcherons d’un couvent et que, frappant à la porte, l’on nous ignorera. Et quand nous frapperons et appellerons encore, frère Léon, le gardien nous chassera comme des vauriens, vociférant sur nous des insultes et vilenies. Et, lorsque nous supplierons, contraints d’insister par le froid et la faim, il nous frappera de son bâton noueux et nous roulera dans la neige. Bien, frère Léon, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ, nous aurons alors la joie parfaite. »

Alors que les chrétiens du Québec frappent encore à la porte du gouvernement, sauront-ils quelle est leur joie véritable ? 


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Notes:

(1) D’abord conçue en rapport aux lieux publics inutilisés, l’appropriation citoyenne implique la libre utilisation par les citoyens d’espaces et de matériel publics, sans planification ou gestion préalable de la part des autorités civiles.

Maxime Couture

Maxime est doctorant en philosophie politique. Fort de son parcours académique et de divers engagements communautaires, il analyse l'actualité au prisme des grands enjeux sociaux et intellectuels de notre temps. Il est membre de notre conseil de rédaction.

1 Comment

  1. Maxime,

    Quel vent de fraîcheur cet article ! Je suis encouragé par cette présentation. Pourrait-on oser une suite en rapprochant la présence de Judas à la Sainte Cène au COVID dans l’air pendant une Messe. Il faut se l’avouer. Les personnes atteintes de COVID laissent échapper dans l’air ce virus. Alors, je suis certain que plusieurs Églises sont déjà infectés…

    Bonne suite,

    Mathieu

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