Le progrès sur une butte de terre

En cette ère d’ouverture à l’autre, d’éveils aux privilèges blancs, de mondialisation et du mélange des genres, on retrouve deux camps relativement opposés, qui ont chacun leurs mascottes attitrées. D’un côté, ceux qui choisissent l’ouverture, l’accueil sans réserve et le multiculturalisme et de l’autre, ceux qui pensent qu’il faut être ouverts aux autres mais là y a des limites tsé, faut se respecter en tant que peuple et s’affirmer.

Dans le premier groupe, on retrouve des sbires de la trempe de Justin Trudeau, Marc Cassivi et compagnie. Dans le coin opposé, des vieux bandits à la François Legault, Mathieu Bock-Côté, Joseph Facal, le cercle des fermières de Sainte-Perpétue, etc.

Les deux sont semblables, ils ne mettent juste pas la même quantité d’ouverture dans leur tasse à mesurer.

Au travers de tous ces débats et des opinions plus tempérées les unes que les autres, on oublie malheureusement une troisième avenue, pourtant évidente.

Les affrontements sont fréquents. On l’a vu dans l’histoire de l’agrandissement du collège Dawson dernièrement, ou à propos du nombre d’immigrants que le Québec devrait accueillir annuellement.

Je trouve cela épuisant. Du strict point de vue de l’énergie que ça demande. J’ai essayé de monter une feuille Excel pour mettre en graphique le taux d’anglicisation de la province en relation avec le rythme du flux migratoire, le taux de natalité québécois et le nombre de pouces carrés de la cafétéria de la St-Patrick High School, et c’est pas évident pantoute.

Une troisième avenue

Bien sûr, ces points de vue ont leurs mérites. Mais, au travers de tous ces débats et des opinions plus tempérées les unes que les autres, soutenues par des divinités de la nuance à la Patrick Lagacé, on oublie malheureusement une troisième avenue, pourtant évidente : la fermeture sur le monde. 

On ne parle pas assez de cette solution. 

J’y pensais l’autre jour, dans l’auto, en entendant deux prix Nobel radiophoniques puiser leurs images politiques dans le délicieux monde du sport professionnel américain, parlant de jouer au « Monday Morning Quaterback » à propos des décisions du gouvernement.

Manifestation d’une belle ouverture sur le monde ou révélation de notre béate condition de colonisés culturels ? Richesse de la métaphore ou pauvreté sémantique ? Le mystère reste entier.

Sur le modèle de l’ermite, donc. On coupe les ponts, on laisse faire internet, on ne regarde plus la tévé. On se désinfecte les mains de l’abrutissement culturel américain.

Il y a une forme d’ignorance qui est bonne. Par exemple, ne pas savoir qui a été quart-arrière des Bills de 1975 à 1982.

D’où vient l’exotique

D’ailleurs, si vous êtes de fins observateurs, vous aurez remarqué que les cultures exotiques et les riches héritages culturels qu’on fait semblant de valoriser quand ils sont digestibles par l’intestin du capitalisme, boyau essentiel pour nous acheminer à petites doses les nutriments et vitamines culturelles recommandées, se sont formés alors qu’il y avait peu de moyens de communication ou de slogans sur la diversité.

De l’empire akkadien, en Mésopotamie, à l’Acadie française. Ce genre de vieilleries.

Il y a des avantages à être isolés. Les plus grandes œuvres ont germé dans l’intimité. Moi-même, je n’ai pas été conçu en direct sur une chaine YouTube. La réclusion permet la lenteur, les particularités de langage, les idées tranquilles, la fabrication du sirop d’érable. Elle mène à une diversité qui n’est pas faite en carton.

L’exotisme ne se fabrique pas à coups de pelle mécanique ou d’agences de marketing. Il parle d’un dehors – exo – qui intrigue. Mais pour qu’il y ait une attirance, il faut que ce dehors soit habité, qu’il soit la demeure de quelqu’un, qu’il ait de la personnalité. Et les psychologues de l’adolescence vous le diront, développer une personnalité, devenir une personne, ça se fait seul. En bonne partie.

J’ai toujours admiré les vieux sages qui vivent sur une butte de terre, cultivent leurs cerises et ne connaissent rien des problèmes de congestion dans le métro de Montréal. Je pense qu’il y a là un idéal à atteindre. Je ne vois pas ce qui nous empêcherait d’en faire un projet de société ni ce que ça pourrait créer comme inconvénient. Moins de gens qui mettent des drapeaux des « Pats » sur leurs chars et plus de gens qui lisent Henry Miller.

C’est la définition du progrès.


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Gabriel Bisson

Physiquement bellâtre, intellectuellement ambitieux, socialement responsable, moralement innovateur, Gabriel croit aux choses qu'on peut prouver, mais aussi à certaines choses qu'on peine parfois à rationaliser. Ingénieur, il met son amour des lettres et du dessin au service de notre média.

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