Le poteau d’Hydro

Par la fenêtre de ma cuisine, j’ai pu admirer, tout au long de mon confinement, le jeu de séduction d’un petit couple de moineaux. Matin après matin, petit à petit, ils ont fait leur nid dans la cabane à oiseaux qu’on avait posée sur le poteau d’Hydro.

Ce poteau m’a toujours dérangée. Ça fait 12 ans qu’on habite cette maison, et je n’ai toujours pas compris pourquoi Hydro a décidé de planter son poteau juste en face de ma fenêtre. Ils auraient pu le planter un peu plus à gauche — à peine deux mètres — et ça aurait tout changé.

On a tout essayé pour le cacher un peu. Au début, on a posé de la vigne grimpante. En quelques années, la vigne a monté si haut qu’elle a fini par cacher les fils électriques. C’était beau. Surtout à l’automne quand elle prenait toutes sortes de couleurs.

Cet article provient du magazine de juillet 2020.

Un matin, Hydro est venu couper notre vigne sans même nous avertir.

Le printemps suivant, on a creusé tout autour du poteau pour y planter des petits plants de concombres. Si le poteau était laid, au moins il allait être utile !

Deux simples cabanes

Puis, un jour, mon mari a décidé d’y accrocher deux petites cabanes à oiseaux. Pendant trois ans, on a attendu que des oiseaux y viennent faire leur nid, mais ils ne venaient pas. On se disait que les maisons étaient peut-être trop petites, peut-être pas assez sécuritaires ? 

L’an dernier, ce sont les guêpes qui y avaient fait leur nid ! On a attendu le gel et puis on l’a détruit.

Ce n’est qu’au printemps 2020, printemps de confinement, printemps de maux qui courent, printemps pas comme les autres, par un matin d’avril, que j’ai vu deux petits moineaux batifoler dans ma haie de weigélia. Ils ne se lâchaient pas et ils ont fini par se faire un nid dans l’une des deux petites cabanes.

Le weigélia a fleuri. Le potager a porté ses fruits. Les fines herbes ont poussé. Mais le poteau d’Hydro est toujours là. Toujours aussi laid.

Après toutes ces années, j’ai accepté qu’il était là pour rester, même si tout autour il n’y avait que de la beauté.

C’est souvent comme ça dans nos vies et dans la vie en général : quelque chose de laid surgit et prend soudainement toute la place. Puis, on fait pousser la beauté tout autour pour tenter de la cacher comme on peut.

Mais la beauté, c’est long à pousser. Ça surgit rarement soudainement. Ça prend de la patience. Beaucoup d’amour et de travail. De lâcher prise aussi pour laisser pousser, laisser grandir.

Les oisillons sont sortis. Sublimes. Et tout ça sur un poteau d’Hydro.

Se pourrait-il que ce soit dans ce qu’on trouvait laid que le plus beau puisse naitre, des fois ? Comme toutes les fois où la Voie, la Vérité et la Vie sont venues transformer en beauté ce que j’avais de plus laid à montrer ?


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Brigitte Bédard

Brigitte Bédard est journaliste indépendante depuis 1996. Elle vient de publier « J’étais incapable d’aimer. Le Christ m’a libéré » (Éditions Artège), son témoignage de conversion franc et direct.

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