Le cégep : la croisée des chemins

À mon frère, qui entre au cégep cette année

Ces jours-ci, c’est la rentrée pour les étudiants du cégep. J’ai encore ma carte d’étudiante dans mon portefeuille, carte qui date déjà de 11 ans. Sur la photo, je porte mes boucles d’oreilles en forme de feuille de pot et ma chemise beige, qui me donnait un look hippie. J’ai le sourire fendu jusqu’aux oreilles et le regard légèrement vitreux…

Un nouveau commencement. C’est ce que signifiait pour moi le cégep. Dès la fin du secondaire, je me suis sentie libérée. Libérée de la pression sociale. Libérée du désir de popularité.

Je me suis mise à fréquenter des gens marginaux, bizarres, ceux que j’aurais évités au secondaire. 

J’ai eu envie de me réinviter, de prendre un nouveau chemin. Dès la première semaine de cégep, je me suis retrouvée dans un bar à scander avec un groupe de jeunes militants « Libérez le Québec !!! » Naïvement, j’avais l’impression de changer un peu le monde…

Le cégep m’a aussi permis d’assumer mon petit côté intello, que j’avais mis de côté au secondaire. Avec mon chum de l’époque, je me suis mise à fréquenter les clubs de poésies. Je me souviens en particulier d’une soirée… Après avoir fumé un joint, nous sommes allés à une activité de « speed dating poétique » dans un hôtel du Vieux-Québec. Mon chum et moi nous sommes retrouvés seuls dans une chambre, avec une auteure de livres pour enfants. La conversation entre l’auteure et moi avait tout de l’absurde… 

– Dans mon livre pour enfants, la louve qui vole signifie la femme libérée du système patriarcal. Tu comprends ? Toi, comme jeune femme, comment vois-tu ta place dans la société ?
(En prenant un regard semi-profond et en essayant de cacher que je suis en fait complètement gelée.) Moi, pour vrai, je veux juste me connaitre. T’sais… « Connais-toi toi-même », comme disait Socrate.
(Exagérément touchée.) C’est tellement vrai. Tu es tellement une belle personne ! 

Je venais de débuter les cours de philo…

Une remise en question

La philo m’a donné envie d’examiner mes idées préconçues. La vie est-elle absurde comme je le pense ? Sommes-nous déterminés ? Seulement de la matière ?

Dieu existe-t-il ? Pour la première fois, cette question a surgi en moi. Je me suis demandé : « Pourquoi est-ce que je trouve évident depuis que je suis jeune que Dieu n’existe pas ? Sur quoi se base ma connaissance ? »

Entre la première et la deuxième session du cégep, j’ai voulu me pencher sur mon athéisme. Qu’implique-t-il ? Que signifie le fait de vivre sans Dieu ?

J’ai lu les existentialistes et j’ai réfléchi…

Durant un party avec des amis, l’évidence m’est tombée dessus. En pleurant, je me suis mise à répéter : « Personne, pas même moi, ne me connait ni ne me connaitra jamais. Personne ne me pardonne et personne ne me pardonnera. Je mourrai sans être connue et sans être pardonnée. »

Vous dire combien j’ai gâché le party… 

Et si Dieu existe ?

J’ai ainsi débuté ma deuxième session au cégep avec un certain malêtre. Fini l’exaltation de la première session. Il y avait en moi une contradiction : le désir de vérité et de plénitude, mais la conviction que tout cela était impossible.

En visitant mon second prof de philo à son bureau, j’ai été saisie de voir une croix sur son mur :

– Une croix ? T’es croyant ?
– Eh, oui. Mais pour revenir à tes questions sur Machiavel…
– On s’en fout de Machiavel. Je ne peux pas croire que tu sois chrétien ! Et tu enseignes la philo ? Et tu prétends être intelligent ? Me semble que ça ne marche pas.
– Ok… mais tu n’es pas venue pour parler de ça… Et je te demanderais de rester polie…

Cette session-là, j’ai failli couler tous mes cours. Ma prof de physique était bien découragée…

– Laurence, tu ne fais pas tes devoirs ?
– Non. J’ai une question plus importante. Quand j’aurai fini avec celle-là, je pourrai peut-être m’occuper de physique électrique.
– C’est quoi ?
– Est-ce que Dieu existe ? Vous, vous en pensez quoi ?
– Eh… (visiblement mal à l’aise). C’est drôle, mon fils se pose la même question ces temps-ci… En tout cas, fais quand même quelques numéros du manuel s’il te plait…

Mes amis ne voulaient plus me fréquenter…

– Il est bon ce pot-là pareil. 
(Il me passe la pipe.)Toi penses-tu que Dieu existe ? Parce que, si Dieu existe, ça ne sert plus à rien de fumer. T’imagines ? On aurait tellement mieux à faire si Dieu existe…
– Ah !!! Pas encore !!! T’es chiante depuis le début des cours de philo ! On ne peut pas fumer tranquilles ? Regarde, moi je vais écouter de la musique… Toi, pense à tes affaires toute seule. 

Un acte de foi

Quelques mois plus tard, un soir de mars, je me suis rendue dans un petit restaurant asiatique, pour la fête de 18 ans d’une amie. 

À la fin du souper, les serveurs ont apporté un gâteau géant en forme de pénis. Il y avait de la crème fouettée partout, à l’image de… enfin… vous savez quoi.

Tout le monde s’esclaffait, amis, parents, grands-parents.

Pendant que les gens chantaient « bonne fête » et que mon amie soufflait ses bougies, je pensais à l’intérieur de moi : « est-ce tout ? Est-ce que la vie c’est ça ? »

Après avoir payé, je suis sortie dans le stationnement. J’ai regardé la neige brune et les autos pleines de calcaire. « La vie, ça ne peut pas être juste ça », que j’ai pensé.

J’ai levé les yeux au ciel. J’ai demandé à Dieu s’il existait.

Et j’ai senti dans mon cœur que c’était le cas. J’ai eu la conviction que Dieu me disait quelque chose comme « Je ne te décevrai jamais ». Pour la première fois, j’ai cru. Je L’ai cru.

Pour moi, le cégep a vraiment été comme une « croisée des chemins ». Et après 11 ans, je peux dire que je n’ai jamais été déçue du nouveau chemin que j’ai emprunté. Vraiment, la foi est un chemin de délices. 

« Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices ! » (Ps 15, 11)


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Laurence Godin-Tremblay

Laurence étudie présentement au doctorat en philosophie et complète, dans ses moments de loisir, un certificat en théologie. Elle a enseigné à l'IFTM jusqu'à temps de devenir première fois maman.

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