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La conscience de Desjardins s’éteint

Claude Béland, président du Mouvement Desjardins de 1987 à 2000, nous a quittés le 24 novembre dernier, entouré de sa famille. J’étais à ses funérailles dans une église que j’aurais souhaitée bondée. Ce qui m’a particulièrement ému, c’est de voir ses petits-enfants en larmes. La brillante carrière de ce père et de ce grand-père ne s’est jamais faite au détriment des siens.

Plusieurs l’ont dit, Claude Béland a été un homme cohérent. Je l’ai connu à la Fondation Lionel-Groulx, qu’il a présidée pendant 12 ans. Pour assurer la promotion de notre histoire nationale, il lui arrivait de solliciter de gros bonnets du monde des affaires. « De l’argent pour promouvoir l’histoire ? Désolé, mais nous, on ne fait pas de politique… », qu’on lui répondait souvent, comme si la connaissance de l’histoire était une affaire partisane. Il en était ulcéré, car à ses yeux, une fine connaissance de notre histoire éclairait le présent et poussait à l’action.

L’histoire du Mouvement, il la connaissait par cœur. Il avait lu toutes les biographies du fondateur, Alphonse Desjardins. Pétri par l’idéal coopératif, il rappelait les nobles intentions d’origine, l’importance de l’entraide et de la solidarité.

Une solution communautaire

Ce mouvement avait été fondé en 1900, alors que de nombreux petits villages éloignés étaient pris en otage par des « Séraphin » sans scrupule. L’idée était simple : mettre en commun ses épargnes, prêter à des taux raisonnables et se partager les redevances, s’il y en avait. Chaque caisse serait administrée par les membres.

C’est ce catholicisme social et pragmatique qui animait Claude Béland. La vieille charité chrétienne ne suffisait pas.

L’idée de coopérative a vite plu au clergé. Au tournant du 20e siècle, l’Église prenait enfin acte des graves inégalités provoquées par la révolution industrielle. Il fallait cependant trouver une voie originale qui misait sur une solidarité organique sans verser dans un socialisme autoritaire. Le coopératisme, déjà pratiqué en Europe, permettait de contrer la sauvagerie individualiste d’un certain libéralisme sans verser dans l’asservissement.


Ce texte est tiré du magazine Le Verbe, Janvier 2020. Pour consulter la version numérique, cliquez ici. Pour vous abonner gratuitement, cliquez ici.


C’est ce catholicisme social et pragmatique qui animait Claude Béland. La vieille charité chrétienne ne suffisait pas, il fallait s’organiser, se mobiliser, voir à ses intérêts, et en même temps lier les enjeux économiques et sociaux, planifier le développement harmonieux de sa communauté et de son pays.

La conscience du Mouvement Desjardins

Après son départ de Desjardins, il ne s’est pas privé de critiquer les dirigeants qui oubliaient l’esprit coopératif des origines. Leurs salaires pharaoniques, leurs réticences à soutenir des projets structurants, leur logique purement comptable le choquaient.

Claude Béland n’a pas seulement été la conscience du Mouvement Desjardins. Il nous a rappelé que l’avenir de cette grande institution dépendait aussi de nous tous. Vous qui lisez ces lignes et qui avez un compte Desjardins, avez-vous déjà participé à une assemblée générale de votre caisse ? De mon côté, je n’y suis jamais allé et j’avoue que mon rapport à ma caisse se limite à en être un client.

Son départ a quelque chose d’un rappel à l’ordre. Les voies tracées devant nous sont claires : laisser les autres s’occuper de nos affaires, ou participer, s’engager, faire partie du mouvement.


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Éric Bédard

Historien et professeur à l'Université TELUQ, Éric Bédard est aussi vice-président de la Fondation Lionel-Groulx, dédiée à la promotion de l’histoire du Québec. Il est notamment l’auteur de Survivance (Boréal, 2017) et de L’histoire du Québec pour les nuls (First, 2019).

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