Cette année, je commence à fumer !

Ça fait deux ans (2020/2021) que je prends des résolutions qui n’ont pas de bon sens.

Alors cette année je me suis dit :
« Arrête de vouloir être original.
Fais donc comme tout le monde pour une fois. »
Or, sur quoi porte la résolution la plus traditionnelle des Québécois ?

La cigarette bien sûr !

Le seul problème, c’est que je ne fume pas.
Mais c’est certainement pas ça qui va m’arrêter.

Cette année, je prends la résolution de commencer à fumer.

Je sais, c’est vraiment pas facile.
Presque plus personne n’y arrive.

Ça pue. Ça coute cher. Ça donne le cancer.
En plus, on se fait toujours juger et on passe l’hiver à se les geler.

Mais, heureusement, pour vaincre tous ces obstacles, je ne suis pas seul.
Je peux compter sur quelques bons amis pour m’aider.

J’ai déjà acheté mon premier paquet et je le traine partout.
C’est un petit truc que je me suis donné pour y penser plus souvent.

On ne sait jamais quand une opportunité va se présenter.
« Hey Simon, viens-tu fumer avec nous !? »
Que de fois quand j’ai entendu cet appel,
je suis reparti tout triste comme le jeune homme riche.

*

C’est fou me direz-vous.
Pourquoi vouloir commencer à fumer ?
Justement. Pour ne pas devenir fou !

J’ai remarqué dernièrement que les gens qui fument semblent beaucoup plus zen ou relax.
D’abord, ce sont les seuls qui prennent encore des pauses au bureau.
C’est leur manière de faire un pied de nez au culte de la productivité.

Ils quittent leur écran et sortent dehors plusieurs fois par jour pour aller prendre de grandes respirations.
Ils sont des maitres de l’instant présent, eux, pas comme moi toujours anxieux. 

Ensuite, ils entretiennent une vie sociale pas mal plus régulière et variée.
Ils papotent et ils vapotent, dans un esprit de gratuité, parfois même avec des étrangers.
Il leur arrive même de dépasser les barrières sociales et de parler aux gens de la rue.

Ça me touche tellement quand je les vois faire un petit acte de charité en leur offrant une clope.
C’est comme un baume dans ce monde froid du chacun pour soi.
En plus, ils manifestent un lien culturel fort avec nos frères autochtones !

Mais surtout, les fumeurs ont un rapport à leur santé pas mal plus équilibré.
Ils n’adorent ni la longévité ni la pureté.
Ils acceptent la possibilité de la maladie et des dents jaunies.

Ils sont pas mal plus à l’aise que moi avec l’idée de leur mort.
Ils la contemplent en allumant chaque clou de leur cercueil.

*

Bon, je sais ce que vous pensez :
C’est pas très sérieux cette résolution.

Comme toutes les autres, je n’arriverai surement pas à la garder de toute façon.
Mais au moins, comme ça, je ne serai pas original, mais un peu plus light.
Et j’aurai en partie commencé à me réconcilier avec ma réalité.
Quelque chose de mal filtré, tout plein d’impuretés.

Bonne année.

Vous en fumerez une à ma santé !

Simon Lessard

Rédacteur et responsable de l’innovation au Verbe, Simon Lessard est diplômé en philosophie et théologie. Il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité et tirer de la culture occidentale du neuf et de l’ancien afin d’interpréter les signes de notre temps.