Livre
Photo: Lou-William Théberge

Pas d’amalgame!

Depuis la montée des enjeux liés à l’islam en Occident, plusieurs personnalités ont manifesté leur ouverture à son endroit, y compris au sein même de l’Église catholique. Chaque fois qu’un attentat terroriste est revendiqué en son nom, on évoque le caractère pacifique de cette religion.

Dans un discours prononcé en juin 2009 à l’Université du Caire, Barak Obama affirmait que l’islam avait une « fière tradition de tolérance » qu’on pouvait clairement percevoir dans l’histoire de l’Andalousie et du Califat de Cordoue. Pour l’ancien président américain comme pour plusieurs autres politiciens, l’islam semble parfaitement compatible avec les grandes valeurs de la civilisation occidentale.

Alors que les chrétiens, et en particulier les catholiques, sont souvent considérés comme les héritiers d’une religion intolérante (ne pensons qu’aux exemples usés ad nauseam des croisades et l’Inquisition espagnole), les musulmans sont présentés comme les représentants d’un culte bienveillant, entièrement déformé par les extrémistes. Au pire, la civilisation musulmane serait en train de vivre, pourrait-on dire, son Inquisition.

Devant quoi, il est important de remettre un peu les choses en perspective. Ce n’est pas parce que l’islam reconnait l’existence de Jésus qu’il partage ses véritables principes.

Le contrat

Pour comprendre la religion musulmane, il faut d’abord réaliser qu’elle reste marquée par une absence de contrat entre Dieu et l’Homme.

Cette réalité peut sembler abstraite, mais elle a de grandes répercussions sur la manière dont est pensée l’organisation sociale dans les pays musulmans. L’inexistence de l’Alliance entre Dieu et l’Homme instaure un climat liberticide dans lequel la foi n’est pas choisie, mais imposée. Puisque le doute ne fait pas vraiment partie du cheminement personnel du croyant, l’islam laisse peu de place à la spiritualité. À la place, il instaure une rigoureuse discipline.

Le théologien protestant Jacques Ellul ajoute qu’Allah reste « séparé de l’humanité par une distance infinie ».

Dans la préface du petit livre posthume Islam et judéo-christianisme du théologien protestant Jacques Ellul, l’historien Alain Besançon écrivait que le pacte instauré par le Dieu musulman était « unilatéral » (1). Selon lui, la loi de l’islam est une loi extérieure à l’Homme, un régime de l’imaginaire dans lequel rien n’est à construire excepté la théocratie voulue par Mahomet. Ellul ajoutait dans ce livre qu’Allah restait « séparé de l’humanité par une distance infinie » et que la théologie musulmane repoussait « toute forme de venue de Dieu vers l’homme, de descente » (2).

Alors que la tradition biblique présente l’Homme comme un partenaire de Dieu dans la Création, la tradition coranique impose une soumission totale, voire aveugle à l’Humanité. Il faut rappeler que le mot arabe islam veut dire soumission, ce qui a d’ailleurs inspiré le titre du célèbre roman de Michel Houellebecq paru en 2015 (3).

Dans l’univers islamique, l’Homme n’est pas l’allié du Seigneur, mais plutôt son serviteur.

À la différence de la Bible, dont on reconnait le caractère humain, donc imparfait, le Coran est considéré comme un livre incréé, comme une constitution céleste destinée à être appliquée de manière uniforme partout dans le monde. Le Coran serait descendu sur Terre comme un astéroïde. Mahomet n’aurait donc eu qu’à le réciter.

La foi ostentatoire

L’absence de contrat dans l’islam n’explique toutefois pas tout.

Contrairement aux chrétiens, chez qui la foi est surtout vécue intérieurement depuis saint Augustin, celle des musulmans doit aussi se vivre extérieurement, dans la mesure où le groupe demeure toujours le centre de gravité de la religiosité. Cette volonté d’étalage de la foi explique d’ailleurs la réticence de certains pratiquants musulmans à se plier à la laïcité dans des pays comme la France.

En islam, la foi est ostentatoire et démonstrative. On pourrait même dire qu’elle est performative. En général, la façon de s’habiller et de se comporter en public sert à désigner les fidèles des infidèles. La tradition islamique érige des barrières symboliques très claires entre le monde halal, musulman, et le monde haram, celui des mécréants, des chrétiens et des juifs. L’islam est fortement territorial, il n’apprécie guère le mélange.

Ritualiste et communautaire, l’islam se consacre en priorité à l’imitation du prophète Mahomet, ensuite à l’encadrement de la société par l’application de la charia. Puisque l’islam constitue à la fois une religion et un système juridique à part entière, toute déviation par rapport à ses lois peut être considérée comme le signe d’un renoncement à la communauté – à la communauté religieuse, mais aussi à la communauté politique qui en est inséparable.

Ainsi, l’islam est à la fois religion, code civil, code criminel et code pénal.

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En bref, les chrétiens et les musulmans ont beau croire en un seul Dieu – ce qui fait d’eux, avec les juifs, des monothéistes –, il n’en demeure pas moins que ces deux religions sont loin d’être parfaitement compatibles ou équivalentes. Les cinq ou six siècles qui séparent la naissance du christianisme de celle de l’islam symbolisent cette rupture, le christianisme restant beaucoup plus près du judaïsme historiquement et théologiquement.

Osera-t-on le dire ?

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Notes :

(1) Alain Besançon, « Préface », dans Jacques Ellul, Islam et judéo-christianisme, Paris, Presses Universitaires de France, 2004, p. 20.

(2) Jacques Ellul, Islam et judéo-christianisme, Paris, Presses Universitaires de France, 2004, p. 74.

(3) Michel Houellebecq, Soumission, Paris, Flammarion, 2015.

Jérôme Blanchet-Gravel

Jérôme est essayiste, journaliste et chroniqueur. Spécialiste des idéologies, il est l'auteur de quelques essais et collabore à plusieurs médias, au Québec et en France. Son dernier livre, la Face cachée du multiculturalisme, a été publié en 2018 aux Éditions du Cerf.