Témoins résurrection
Photo : Bruno Van Der Kraan / Unsplash

Pâques, une fête incroyable pour les incroyants

Pour plusieurs, Pâques renvoie aux lapins et aux œufs en chocolat. Pour les chrétiens, cette fête renvoie au cœur de leur foi. Cependant, qui oserait penser qu’elle est fondamentalement une fête pour ceux qui doutent ? 

Au cœur de la fête de Pâques se situe, non pas un sentiment ou une idée, mais un évènement : la mort et la résurrection de Jésus Christ. Or, cet évènement s’adresse directement à ceux qui doutent. Il vient éclairer deux des plus grandes questions qui nous habitent : Dieu est-il lointain et indifférent au mal ?

La résurrection : un signe simple et efficace

Spontanément, on délaisse les personnes qui sont loin de nous et qu’on ne côtoie plus. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup peinent à croire en Dieu, qu’on ne voit pas tous les jours…

Mais nos difficultés à croire – en toute hypothèse –, Dieu les connait bien. On comprend mieux pourquoi il a voulu nous visiter dans la personne de Jésus. Et pour qu’on reconnaisse vraiment sa présence parmi nous, il a pensé nous laisser un signe simple et efficace : la mort et la résurrection.

Avec Jésus, Dieu se lance lui-même dans la mêlée pour nous assurer qu’il n’est pas indifférent à notre mal et qu’il a une solution.

Rien de plus simple à reconnaitre. Voici une méthode infaillible et facile pour repérer si une personne est ressuscitée : la personne est vivante, ensuite elle est bien morte et après quelques jours, on la retrouve plus en forme que jamais. Pas besoin d’un grand détective pour repérer un tel changement !

Rien de plus efficace. S’il vous arrivait de constater qu’une personne est ressuscitée d’entre les morts, vous comprendriez vite que Dieu n’est pas loin derrière tout ça. Réparer une voiture ou un bras cassé, c’est humain, mais ressusciter un mort, c’est divin. Pour manifester sa présence, Dieu pouvait difficilement utiliser un moyen plus puissant.

Des témoins qui n’ont rien à gagner

À ce point, on n’est qu’à moitié avancé. Dieu s’est peut-être rapproché de certains hommes il y a deux-mille ans, mais comment ça peut nous rejoindre aujourd’hui ? Ici encore, il semble que Dieu ait bien pensé à son coup.

Pour s’assurer que sa résurrection ne passe pas incognito, Jésus a choisi les meilleurs témoins : des femmes et des hommes qui n’ont rien à gagner. Il avait bien anticipé notre système judiciaire : les témoins crédibles sont ceux qui n’ont rien à gagner et tout à perdre. À ce point de vue, il a choisi des champions toutes catégories confondues !

Comme premiers témoins, il sélectionne un groupe de femmes. C’est osé quand on pense que le témoignage des femmes était presque sans valeur à l’époque. Ici, on est sûr que les premiers chrétiens n’avaient rien à gagner en s’appuyant sur le rapport de tels témoins ! 

En plus, il prend des hommes qui sont terre à terre et qui ont une foi chancelante. Les apôtres sont des pêcheurs ou des collecteurs d’impôt qui sont lents à croire Jésus. En plus, ils perdent foi en lui et l’abandonnent quand ils voient que ça tourne au vinaigre. Ici, pas de danger qu’on les prenne pour des illuminés qui veulent justifier leurs croyances !

Pour bien nous rassurer sur le choix de ses témoins, Jésus leur donne un témoignage exigeant et redoutable. Selon ce qu’ils ont reçu et qu’ils enseignent eux-mêmes, rien de bon ne les attend s’ils vivent dans l’immoralité et le mensonge… Ce n’est certainement pas en vivant et en annonçant une foi pareille qu’on est encouragé à inventer des histoires !

Comme si ce n’était pas assez, les témoins qu’il choisit devront être rejetés par leurs frères juifs et martyrisés à cause de leur témoignage. Ici, Jésus vient nous assurer que ses témoins non seulement n’ont rien à gagner, mais qu’ils ont tout à perdre.

Dans la résurrection, Dieu est vainqueur du mal

En plus d’apparaitre lointain, Dieu semble absent et insensible aux souffrances humaines. Qui pourrait croire en un Dieu indifférent au mal ? 

Une fois de plus, il semblerait que Dieu ait pris au sérieux nos questions. Il ne nous a pas seulement adressé des paroles consolantes du haut des Cieux, ce qui aurait déjà été pas mal. Avec Jésus, Dieu se lance lui-même dans la mêlée pour nous assurer qu’il n’est pas indifférent à notre mal et qu’il a une solution.

Permettez l’insistance : pour qu’on soit bien certain qu’il se soucie de nous, Jésus a pris les grands moyens. Mourir et ressusciter. Il pouvait difficilement faire plus.

Si une personne acceptait d’être dépouillée de tout par amour pour vous, vous pourriez être certain qu’elle vous aime vraiment. Si en plus elle ressortait victorieuse de ses peines immenses, vous pourriez vraiment lui faire confiance. Et comme il le dit lui-même, sa victoire sur le mal nous concerne aussi : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » (Jn 11, 25)

Quand on regarde jusqu’où Jésus va par amour pour nous, certains peuvent avoir des doutes. Par contre, il y a une chose qui est certaine : on ne peut plus accuser Dieu d’être indifférent à nos souffrances. Avec la résurrection, le mal n’a plus le dernier mot !

* * *

Pâques n’est pas seulement une fête incroyable, c’est aussi une fête pour les incroyants ! Si vous croyez que Dieu est lointain et indifférent au mal, ne passez pas à côté de Pâques. Ne laissons pas les doutes nous paralyser ou nous anesthésier, mais qu’ils nous poussent à chercher davantage.

Et si vous croyez que Jésus est vraiment mort et ressuscité, n’oubliez pas que la fête de Pâques n’est pas seulement pour vous. À la suite des premiers apôtres, partageons cette joie.

Joyeuses Pâques !

Jean-Philippe Murray

Jean-Philippe a étudié la philosophie à l’Université Laval. Il est ensuite entré au séminaire où il chemine présentement pour devenir prêtre. Il ne cesse pas d’être attiré par la Vérité qu’il cherche avec passion et embrasse partout où il peut la trouver.

12 Comments

  1. Salut Jean-Philippe,

    J’ai lu ton article avec intérêt et suite à ma lecture j’ai plus de questions que de réponses! En passant, j’utilise le ‘tu’ puisque nous avons déjà intéragi par le passé. J’espère que c’est correct!

    1) Tu dis que la stratégie de Dieu pour qu’on reconnaisse vraiment sa présence parmi nous a été la mort et la résurrection de son fils il y a deux millénaires. Drôle de stratégie si on fait l’hypothèse que Dieu est infiniment puissant. S’il veut vraiment que tous les humains reconnaissent son existence, pourquoi ne pas prendre des moyens qui laissent moins place à l’incrédulité? Par exemple, ça serrait plus convaincant si Dieu envoyait Jésus sur Terre pour être ressuscité chaque année à Pâques. Ou encore, simplement descendre lui-même sur Terre pour se présenter aux incroyants et leur confirmer qu’il est bien réel. Aussi, pourquoi envoyer le signe de son existence, la résurrection de Jésus, à seulement un endroit sur le globe et 20 milions d’années après l’apparition des premiers homnidés? Ça en fait des générations qui n’ont pas eu l’opportunité de connaître Dieu!

    2) Il est moins clair pour moi que Dieu est la seule explication à une resurrection. Même si j’acceptais que Jésus est revenu d’entre les morts, il me semble y avoir une multitude de possibilités pour expliquer ce phénomène. C’était peut-être l’oeuvre d’un nécromantien romain, une shamane qui avait trouvé des plantes qui redonnent la vie ou encore une race d’extraterrestre qui a voulu jouer un tour au Terriens! Mon point est simplement que quelque chose d’aussi improbable qu’un humain qui revient à la vie n’est pas nécessairement un acte divin. Après tout, nos ancêtres pensaient que les éclairs ne pouvait qu’être des interventions divines!

    3) Vous proposez que Dieu n’est pas insensible aux souffrances humaines puisqu’il a envoyé son fils se faire crucifier et revivre. J’ai peine à comprendre en quoi Dieu montre qu’il se soucie de la souffrance humaine en causant lui-même de la souffrance à Jésus et aux témoins de la résurrection qui sont ensuite persecutés? Une stratégie qui me semblerait plus efficace si Dieu souhaitait vraiment montrer qu’il se soucie de la souffrance humaine serait de retirer ses créations qui font souffrir les humains (maladies, catastrophes naturelles, l’Enfer, etc).

    4) Je ne connais pas votre définition précise d’incroyants mais en tant qu’athée j’imagine que je rentre dans cette catégorie. Dans mon cas, je trouve en effet la fête de Pâques intéressante, mais pas pour les raisons que vous énumérez. C’est pûrement personnel mais dans mon cas c’est plutôt que je trouve fascinant le fait qu’une portion de la population croit qu’un humain a été réssucité il y a 2000 ans! C’est donc une fête intéressante pour moi, mais, pour les l’incroyant moyen je doute que Pâques soit bien intéressante. Probablement aussi intéressante que la Fête de Ganesh pour un chrétien ou la Fête du Canada pour un Cambodgien.

    • Salut Edouard!

      C’est avec joie que j’ai lu ton commentaire et tes bonnes questions (je ne suis pas du tout dérangé si tu me tutoies). En lien avec tes questions, voici les quelques réflexions que je te propose. Évidemment, ce serait préférable d’en discuter beaucoup plus longuement (et autour d’une bière), mais bon j’espère que ces quelques réponses pourront nourrir tes pensées.

      Tout d’abord, il y a toujours une difficulté à dire: « il aurait été préférable si Dieu avait ceci ou cela…» Il en va ici un peu comme dans les sciences naturelles. Par exemple, en biologie, il est facile de penser que l’homme ou tel autre être vivant aurait été mieux s’il avait été différent. Cependant, comme nous n’avons pas une pleine connaissance de tout, on remarque que nos hypothèses sont bien souvent erronées. Dans le cas de Dieu et de sa possible action, ce problème est décuplé. On peut imaginer qu’il aurait été préférable que Dieu fasse autrement, mais il faut avouer que nos scénarios sont limités et sujets à bien des erreurs. Ainsi, il me semble que lorsqu’on veut critiquer Dieu en disant « il aurait dû faire autrement s’il est vraiment bon et intelligent », il est important d’avoir une humilité ou réserve…

      Si on reprend ton premier point, il me semble qu’on peut y voir un exemple de ce que je viens de dire (critiquer ce que Dieu a fait en imaginant d’autres scénarios). Dieu aurait pu s’incarner plus tôt dans l’histoire, mais cela aurait eu d’autres conséquences. Aurait-il rejoint plus de personnes en venant plus tôt? Vraisemblablement, on aurait perdu les traces de sa venue dans l’histoire, ce qui n’aurait pas eu la même efficacité que les textes du Nouveau Testaments qui ont été bien conservés et qui ont réussi à rejoindre les hommes sur toute la terre. De plus, on ne sait pas si Dieu ne s’est pas adressé aux hommes du passés et des autres cultures. D’ailleurs, pour la foi juive et chrétienne, dans les récits mythiques au début de la Genèse, la Bible nous dit même que Dieu s’est effectivement adressé à tous les hommes de toutes les cultures de manières diverses. Cela nous donne à comprendre que la venue de Jésus n’est pas tombée comme un cheveu sur la soupe, mais qu’elle a été préparée et annoncée. De plus, si tous les ans Jésus ressuscitait, cela poserait aussi des problèmes. Cela ne respecterait pas le fait qu’il est vraiment un homme et que nous vivons qu’une fois, ça en ferait un espèce de spécimen de foire, un phénomène étrange. De plus, par définition, le miracle doit être plutôt rare, car il suppose des lois naturelles qu’il ne contredit pas, mais dépasse. Si la résurrection devenait un phénomène répété et constant, il ne serait plus un signe de la présence agissante de Dieu, mais un phénomène naturel parmi d’autres. L’idée ici n’est pas de montrer que Dieu n’aurait pas pu faire autrement (la foi catholique croit qu’il a agit librement et qu’il aurait du pu choisir un autre plan), mais simplement de pointer qu’il faut être très prudent lorsqu’on veut affirmer que Dieu aurait pu mieux faire.

      Ton deuxième point soulève – il me semble – deux bonnes questions (dis-moi si je me trompe). Premièrement, le miracle est-il vraiment un signe certain de l’action de Dieu? Deuxièmement, comment reconnaitre que nous avons effectivement un miracle? Tout d’abord, la définition stricte et traditionnelle du miracle diffère quelque peu de celle plus populaire et vague. Le miracle n’est pas seulement un phénomène étonnant (comme tu l’as bien dit, certains phénomènes tels que les éclairs sont étonnants seulement pour ceux qui en ignorent la cause), mais c’est plus profondément un phénomène observable qui dépasse les forces de toute nature créée et qui est le signe de l’action de Dieu, qui sert à authentifier ce qu’il révèle. La fin du miracle n’est pas d’épater la galerie, mais de confirmer une révélation divine en donnant un signe qui manifeste que c’est bien lui qui agit et se révèle. Le miracle est un peu comme le cachet ou la signature qu’une personne met à une lettre pour bien authentifier que c’est elle qui écrit. Dieu fait un miracle pour manifester que ce qu’il révèle vient de lui et que c’est donc crédible, digne d’être cru. Ainsi défini, on comprend mieux que le miracle se distingue de n’importe quel événement un peu extraordinaire ou imprévisible.
      On passe ensuite à la deuxième question qui est la plus délicate: comment reconnaitre qu’un miracle a effectivement eut lieu, que nous avons bien un phénomène qui dépasse les forces de tout nature créée (qu’elle soit humaine, terrestre, extra-terrestre ou angélique) et qui est le signe de l’action divine elle-même? Je tiens à préciser que c’est un point très important et que l’Église catholique est elle-même très prudente avant de confirmer qu’il y a bien eut un miracle (c’est ce qu’on voit par exemple dans le cas de miracles authentifiés à Lourdes qui sont l’objet d’enquêtes scientifiques et théologiques approfondies). C’est important d’être très vigilant dans ce domaine sans quoi on risque de rendre non crédible toute forme de miracle. Pour détecter qu’il y a bien un miracle, il faut d’abord reconnaitre que la nature a réellement des limites. C’est le travail de l’expérience quotidienne de la science et de la philosophie. Certes on ne connait pas positivement toutes les lois naturelles, mais on sait négativement que la nature ne peut pas produire certains effets. Je ne connais pas toutes les lois chimiques et naturelles, mais je sais qu’en mettant de l’hydrogène et de l’oxygène ensemble cela ne donne pas du chlore et je sais qu’une parole ne redonne pas la vie à une personne qui est bien morte. Autrement dit, on reconnait tous plus ou moins bien qu’il y a des effets qui dépassent véritablement l’ordre de la nature (les lois naturelles) et qui propres à Dieu. Également, il ne faut pas oublier que le miracle a une finalité religieuse, il vise à confirmer une révélation et une intervention de Dieu dans l’histoire humaine. Ainsi, un critère important et nécessaire pour confirmer que nous sommes bien en présence d’un miracle proprement dit c’est qu’il s’inscrit dans de véritables circonstances religieuses et non pas fortuites ou irrationnelles. C’est ce que disait Pascal lorsqu’il affirmait que « les miracles discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles ». Un phénomène extraordinaire, mais complètement hors contexte, sorti de nul part, ou lié avec une doctrine problématique ou profondément perverse, ne saurait être vraiment un miracle, car il serait opposé à la nature même de Dieu (qui est bon et sage) et ne pourrait pas être son oeuvre.
      Cela étant dit, on comprend mieux pourquoi la résurrection de Jésus apparait vraiment comme un miracle. La mort de Jésus est très claire et la vie qu’il retrouve n’est pas celle d’un malade, mais d’un homme en pleine force. On voit ici que l’effet constaté dépasse les lois naturelles et qu’il nécessite non pas seulement une autre cause naturelle, mais une intervention divine. De plus, le contexte religieux est très clair, car il avait prédit sa résurrection et cette dernière vise bien à attester le message qu’il a annoncé. De plus, ce miracle s’inscrit non seulement en continuité avec sa propre vie, mais avec ce qui était déjà annoncé et attendu par Israël. Si tu veux approfondir cette question des miracles (et plus largement de la crédibilité de la foi chrétienne), je te conseille ce court et excellent livre qui s’intitule «Le Christianisme est crédible» : https://www.amazon.fr/CHRISTIANISME-EST-CRÉDIBLE-Louis-Marie-Blignières/dp/2856524184.

      Ton troisième point concerne plutôt la théologie. Il serait faux de penser que (pour les Chrétiens) Dieu a envoyé quelqu’un d’autre (son fils) pour souffrir cruellement à la place des hommes. Il faut plutôt comprendre que c’est Dieu lui-même qui vient parmi les hommes pour les sauver (le Père et le Fils sont un seul Dieu pour les Chrétiens, ils partagent tout) et qu’il accepte de les aimer jusqu’au bout, jusqu’à la mort elle-même. Dieu ne voulait pas positivement que les hommes tuent Jésus et ses apôtres, il voulait qu’ils les accueille. Il voulait simplement partager sa vie divine avec les hommes, mais ces derniers ont refusé et ont décidé de tuer Jésus. Il nous montre qu’il nous aime en nous aimant au-delà de nos rejets et de nos fautes. Pour prendre une analogie (qui est forcément imparfaite), on peut comparer cet acte à celui d’un père qui va jusqu’à mourir pour sauver son enfant qui le rejette. Ce qu’il veut, ce n’est pas sa mort, mais le bonheur de son fils et parce qu’il l’aime d’un amour parfait, il accepte de tout faire pour l’aider même si cela veut dire qu’il doit souffrir et mourrir. Comme le Père qui va jusqu’à donner sa vie pour son enfant, Dieu nous montre son amour en nous montrant qu’il est près à tout (même à mourir s’il le faut) pour nous donner la vie éternelle.
      Pour ce qui est de la stratégie alternative que tu proposes, on rejoint le premier point que j’ai dit plus haut concernant les scénarios hypothétiques. D’ailleurs, il est assez remarquable de voir que ce n’est pas parce que les gens sont en bonne santé et qu’ils ont une vie tranquille, sans souffrances, qu’ils se tournent davantage vers Dieu pour l’aimer, lui rendre grâce et vivre avec lui. C’est même bien souvent le contraire… J’ai donc quelques réserves sur l’absolue efficacité de cette stratégie…

      En ce qui concerne ton quatrième point, je voulais surtout dire que la fête de Pâques est susceptible d’intéresser toute personne qui a des doutes sur Dieu, sur le fait qu’il est proche et n’est pas insensible à nos problèmes. Je sais bien que, dans les faits, beaucoup de personnes qui ne croient pas en Dieu ne sont pas intéressés par cette fête, mais je pense qu’elle devrait vraiment les intéresser. La différence entre Pâques et la fête du Canada (ou tout autre fête particulière), c’est que la dernière ne concerne que les canadiens ou une partie des hommes. Au contraire, la seconde concerne tout homme, car tous connaissent la souffrance et la mort et tous ont à se positionner d’une manière ou d’une autre par rapport à Dieu. Certes, on peut croire que Jésus n’est pas Dieu et qu’il n’est pas venu nous sauver, mais il me semble qu’il faille reconnaitre qu’elle concerne toute l’humanité. En effet, si c’est vrai, alors tout le monde est touché par cette bonne nouvelle et si c’est faux, alors tout le monde devrait s’en détourner, car l’erreur est un mal à éviter.

      Merci pour tes questionnements, ils m’ont vraiment fait réfléchir et je t’en remercie! J’espère que tes recherches ne s’arrêteront pas et que ces brefs partages pourront les nourrir.

      Au plaisir,
      Jean-Philippe

      • Salut! Un gros merci pour tes réponses. Par contre, j’ai bien peur d’avoir d’autres questions!

        1) Je suis d’avis qu’il n’y a rien qu’on devrait s’empêcher de questionner, même Dieu. Dans le même sens, il est important d’avoir un parti d’opposition au parlement pour questionner et défier le parti au pouvoir, sans quoi on tombe dans une dictature.

        De plus, il n’est pas nécessaire de tout connaître sur un sujet pour questionner les actions ou le raisonement d’autrui. Votre parallèle avec la biologie est intéressant, puisque poser des questions est fondamental à la méthode scientifique. C’est l’incompréhension et les questionnements des experts et des amateurs qui initient l’obtention de nouvelles connaissances.

        Finalement, vous semblez sugérer que, puisqu’on a de bonnes chances de se tromper en formulant une hyopthèse il est préférable d’avoir de l’humilité et de ne pas poser de questions. Comment peut-on savoir qu’on se trompe si on ne formule pas d’hypothèses et qu’on n’obtient pas de réponses concluantes? Il est donc difficile de connaître la probabilité qu’on a de se tromper avant de poser la question ou de formuler l’hypothèse.

        De mon point de vue, j’ai l’impression qu’on demande à tous les humains sur Terre de ne pas trop poser de questions, simplement croire en Dieu et lui faire confiance. Mais vous avez probablement raison, c’est une perte de temps questionner Dieu sur ses actions. Après tout, il n’est pas connu comme quelqu’un qui répond souvent aux questions! Les miennes en tout cas. C’est d’ailleurs la raison pourquoi je pose toutes mes questions sur ce site à la place!

        2) Merci pour les explications à propos des miracles, c’est intéressant. Si par définition un miracle est l’oeuvre de Dieu je ne vais pas argumenter qu’un miracle pourrait avoir une autre explication. Il reste qu’il faut déterminer que la résurrection de Jésus est un miracle! Nous ne sommes pas plus avancé à ce point-ci.

        Je suis bien content d’apprendre que l’Église catholique prend soin d’enquêter de façon scientifique les supposés miracles (pour ce qui est des enquêtes théologiques… je ne sais pas c’est quoi). C’est raffraichissant de lire ça puisque j’ai souvent entendu l’argument que la science ne peut pas être utilisée pour vérifier la véracité des miracles puisque ces derniers agissent à l’extérieur du domaine naturel.

        Il semble donc que l’Église serait d’accord avec l’affirmation que des tests contrôlés menant à des résultats pouvant être reproduits est la meilleure façon de confirmer un miracle. Ceci étant dit, étudier scientifiquement la véracité de la résurrection de Jésus me semble difficile en 2021. Pour tenter de le faire, on doit se replier sur un livre écrit bien après les faits. On a connu plus rigoureux comme étude scientifique! Attention, je ne nie pas que l’étude de l’Histoire soit une science, mais il reste que c’est plus incertain comme méthode pour trouver la vérité que d’autres domaines en sciences naturelles. Je reviens donc à mon point que Dieu devrait faire revivre Jésus de nos jours pour confirmer le tout.

        3) Donc, vous dites que Dieu prouve qu’il aime les humains en descendant sur Terre et en se sacrifiant. Je ne suis toujours pas convaincu que c’était la meilleure façon de nous montrer son amour mais je ne suis pas le plus grand des romantiques alors peut-être!

        Vous dites également qu’il est prêt à tout pour nous donner la vie éternelle, même mourir. Je ne comprend pas. Pourquoi est-ce qu’il doit mourir pour pouvoir donner la vie éternelle aux humains? Sa puissance infinie devrait suffir, non? Le sacrifice semble superflu. Ah, et parlons-en de ce sacrifice. Est-ce que c’était vraiment un sacrifice? Dieu/Jésus s’est sacrifié… pour renaître quelques jours plus tard. Il aurait donc sacrifié quelques jours de sa vie éternelle, tout au plus. Un sacrifice infiniement petit, en relatif!

        4) Mes exemples n’étaient pas appropriés, en effet. C’est davantage comme la journée de la Terre, dont le message touche tout les Terriens. Les environnementalistes jugent cette journée intéressante et plein de sens pour tous, même les gens qui ne se soucient pas de l’environnement. Par contre, une fraction de la population ne trouve pas cette journée plus intéressante qu’une autre. Je pense que l’intérêt est une question de point de vue.

        Ceci étant dit, je comprends tout à fait que tu juges Pâques intéressante pour tous, l’inverse serait étrange venant d’un Chrétien! Je veux simplement te montrer l’autre côté de la médaille.

        A+ !

        • C’est normal que mes réponses amènent d’autres questions. Dans la mesure où on discute de grandes questions, je ne prétends évidemment pas répondre parfaitement à tout en quelques lignes!

          En ce qui concerne ton premier point (l’importance de questionner) je suis bien d’accord avec toi, mais je pense qu’on s’est mal compris. C’est le propre de la philosophie et de la théologie de questionner la foi (c’est d’ailleurs ce que je fais à longueur de journée!). Je suis convaincu qu’une telle étude est des plus importantes et qu’elle est très saine. D’ailleurs, la Tradition chrétienne n’a pas cessé de se questionner depuis 2000 ans et d’affirmer la nécessité d’utiliser la raison pour réfléchir sur la foi. Je ne voulais surtout pas laisser croire que je suis en faveur d’une quelconque forme d’obscurantisme.
          Je ne dis pas qu’il ne faut pas questionner, mais qu’il faut le faire avec humilité, en étant conscient qu’on peut se tromper, qu’on ne comprend pas tout. Je suis tout à fait d’accord avec vous : les hypothèses nous font toujours avancées, qu’elles soient erronées ou non. La mauvaise attitude que je voulais pointer et qu’il me semble important d’éviter c’est plutôt le questionnement arrogant. C’est pour cela que j’ai apporté l’analogie avec la biologie. Il est bon de poser des questions et des hypothèses concernant les processus naturels. Malheureusement, ce questionnement prend parfois une allure de condamnation arrogante où l’on prétend qu’un phénomène est absurde ou mauvais parce qu’on ne le comprend pas (ce fût le cas en biologie avec l’ADN superflu). C’est un danger similaire que je pointais concernant Dieu. Souvent, on se fait une image de ce que Dieu devrait faire et s’il ne le fait pas on s’imagine qu’il n’existe pas, sans se dire que notre image ou notre hypothèse est peut-être erronée. De telles hypothèses sont légitimes du moment qu’on les fait avec humilité, en étant conscient qu’il est fort possible de se tromper. De fait, si Dieu existe, il est fort probable qu’il ne soit pas exactement comme on se l’imagine! D’ailleurs, un dieu qui serait exactement comme on se l’imagine, c’est la définition même de l’idole (une divinité construite par l’esprit humain). Est-ce que mon propos sur l’importance de l’humilité est plus clair ?

          Pour ce qui est de l’enquête théologique liée avec les miracles, cela concerne leur contexte religieux, car c’est un élément intrinsèque au miracle proprement dit. Pour reprendre l’exemple de Lourdes, il y a plus de 200 cas dans lesquels des enquêtes scientifiques ont conclu à l’existence de phénomènes qui sont scientifiquement inexplicables. Cependant, sur tous ces cas, l’Église n’a reconnu que 70 miracles, car il ne suffit pas qu’un phénomène soit extraordinaire ou inexplicable scientifiquement pour qu’on ait un miracle (https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/miracles-apparitions-comment-leglise-enquete-8358.php). Il faut aussi qu’il ait un cadre et une signification religieuse. Cela s’appuie sur la finalité même du miracle : Dieu ne fait pas des miracles pour rien, mais pour révéler et authentifier quelque chose.

          Je suis d’accord que l’histoire n’est pas la discipline scientifique où l’on peut avoir les plus grandes certitudes. Cela étant dit, on peut tout de même obtenir d’importantes certitudes historiques. Par exemple, d’un point de vue historique, on peut savoir que César a existé et qu’il a mené certaines guerres, etc. Également, on peut savoir plusieurs choses sur Jésus, sur sa vie, sa mort et sur le fait que ses disciples disent l’avoir rencontré bien vivant après sa crucifixion. D’ailleurs, d’un point de vue strictement historique, les diverses sources qui nous renseignent sur Jésus sont beaucoup plus fiables que celles qui nous parlent de César ou de n’importe quel autre homme dans l’Antiquité.

          En ce qui concerne le sacrifice, vous avez raison lorsque vous dites qu’il n’était pas nécessaire que Jésus meure pour nous donner la vie éternelle. C’est d’ailleurs ce que j’essayais de dire. Ce qui nous sauve, c’est son amour infini. Si les hommes ne l’avaient pas tué et l’avaient accueilli, il nous aurait sauvé sans avoir à mourir. Mais bon ce n’est pas arrivé… Le cœur du sacrifice – tel que l’Église et la Tradition chrétienne l’ont compris – ne réside pas dans le sang ou dans la mort, mais dans l’amour. Ce qui donne une valeur infinie à l’acte de Jésus, ce n’est pas qu’il meure (preuve en est que la mort des bandits crucifiés avec lui ne fut pas salvifique!), mais qu’il aime Dieu le Père et tous les hommes d’un amour parfait et infini (car il est non seulement homme, mais aussi Dieu). Là, on rentre dans de grands sujets théologiques.

          Ton exemple avec la journée de la Terre me semble effectivement plus juste comme analogie avec Pâques. Cependant, j’irais encore plus loin. C’est un peu comme si des hommes disaient qu’ils ont découvert une solution pour complètement enrayer la pollution sur la terre. Il me semble qu’un tel événement devrait être souligné et intéresser tout le monde. Si ce qu’ils disent est vrai, il faudrait qu’on partage cette découverte, et si on doute de ce qu’ils disent, il faudrait s’y intéresser pour faire la vérité sur ce sujet important. D’ailleurs, je trouve que notre échange est un bel exemple de ce que Pâques devrait susciter : le questionnement et la discussion! Également, si Jésus apparaissait à chaque personne, j’ai l’impression que cela ne favoriserait pas toutes ces discussions et ces rencontres, mais que ça viendrait plutôt les court-circuiter. Ce serait un peu comme si un chef qui ne déléguait rien, mais voulait tout faire seul parce qu’il est meilleur. Ce serait peut-être plus efficace, il y aurait peut-être moins d’erreur, mais les autres ne pourraient pas vraiment participer à sa mission et ça viendrait nuire à la vie sociale. Comme vous voyez, je cherche moi aussi à comprendre pourquoi Jésus ne ressuscite pas à chaque année et n’apparait pas à tout le monde, pourquoi il a choisi de passer par des personnes pour se révéler. On peut toujours en discuter…

          En vous lisant, deux petites questions me sont venues :
          1. Qu’est-ce qui serait pour vous un signe suffisant pour croire que Dieu existe et que Jésus est vraiment celui qu’il dit être (Dieu venu pour nous donner la vie en abondance) ?
          2. Si Dieu existait vraiment et vous invitait à partager un bonheur parfait, est-ce que c’est quelque chose que vous désireriez ?

          Au plaisir,
          Jean-Philippe

          • Salut!

            Désolé de mon manque d’humilité et de mon ton qui peut sembler arrogant. Ce n’est vraiment pas le but. Je suis peut-être trop direct, mais, il est quand même ici question du salut de mon âme. Si Dieu existe c’est en posant des questions et en obtenant des réponses convaincantes que je vais devenir chrétien et éviter de passer l’éternité en Enfer. Vous pouvez comprendre, certainement, mon insistence à vouloir obtenir la vérité.

            Je ne comprends pas l’aspect religieux des miracles alors ce serait mieux de plutôt parler, de façon plus général, d’événements surnaturels pour éviter de me perdre. Pour faire court, je ne crois pas que ça existe. Ni les magiciens, ni les médiums, ni Dieu qui fait des miracles. Pour prouver le contraire, je suis d’opinion qu’il faut étudier scientifiquement et rigoureusement chaque événement dit surnaturel.

            Pour ce qui est de Lourdes, j’ai seulelement eu à lire le premier paragraphe d’un article Wikipédia à ce sujet pour apprendre que les miracles ‘confirmés’ sont des guérisons déclarées « complètes, durables et inexplicables dans l’état actuel des connaissances médicales ». Autrement dit, les 70 miracles (très peu considérant que 50 000 malades s’y rendent, en moyenne, chaque année) sont des guérisons présentement inexpliquées que les catholiques attribuent à la mère de Jésus. Il ne suffit pas d’éliminer certaines explications pour prouver que la bonne est divine. Une étude scientifique vigoureuse serait de mise pour tester l’hypothèse que la Vierge Marie a bien guérie chacun de ces malades.

            Juste une note rapide sur un passage qui m’a fait sursauter dans ta dernière réponse. On a des textes que César a écrit et des textes de ses contemporains qui le mentionne. On ne possède aucun texte écrit par Jésus et les textes le mentionnant on été produit quelques décennies après sa mort. Je ne serais donc pas prêt à dire que les sources historiques sont plus fiables pour Jésus.

            Pour la Journée de la Terre… Content que cet exemple soit plus approprié. L’analogie semble ne pas pouvoir aller plus loin par contre. Si des hommes disent qu’ils ont découvert une façon de complétement enrayer la pollution ils publieraient un article et, si leur méthode fonctionne, ils gagneraient un Prix Nobel et leur invention serait mise à profit. Faire découvrir leur découverte en soulignant une journée du calendrier ne serait probablement pas efficace.

            Des questions pour moi! Enfin nos échanges ne consisteront plus seulement à moi qui te tortures avec des questions.

            1) Concrètement, je ne sais pas. Plate, je sais. Des preuves concrètes feraient sûrement l’affaire (pas des arguments théologiques, je ne suis pas assez intelligent pour les comprendre ceux-là). Dieu, s’il existait, saurait sûrement ce qui me ferait croire en lui. Il devrait essayer ça!

            2) Pas certain de comprendre la question. Un bonheur parfait ça sonne pas pire pantoute, bien sûr que je désire ça. Trop facile, ça peut pas être ça ta question. Est-ce que c’est pas plutôt: «Si tu deviens croyant est-ce que tu vas vivre ta vie selon la volonté de Dieu?» Difficile pour moi de savoir ce que je changerais dans ma vie si soudainement je devenais croyant. Probablement pas grand chose, sauf peut-être demander le pardon sur mon lit de mort pour éviter l’Enfer. Une chose est certaine, si jamais je deviens croyant et gagne la capacité de pouvoir dialoguer avec Dieu (comme il semble possible pour les chrétiens) j’aurais beaucoup de questions à lui poser!

            A+ !

  2. Je suis content de savoir que tu prends au sérieux ces questions, qu’elles ne sont pas seulement pour toi des curiosités secondaires et sans trop d’importances. Je t’encourage de tout cœur à poursuivre la vérité de toutes tes forces et avec humilité. Je suis persuadé que tu vas l’atteindre! Je poursuis la même course.

    Lorsque je parle du caractère ou contexte religieux des miracles, c’est pour bien dégager leur finalité : ils ne sont pas seulement surnaturels ou extraordinaires, mais ils visent à authentifier une révélation que Dieu fait de lui-même. Autrement dit, un événement qui apparaitrait surnaturel ou extraordinaire, mais qui ne servirait aucunement à révéler une vérité sur Dieu ou qui serait contraire à sa bonté ou sa sagesse ne pourrait pas être un miracle. Dieu ne ferait pas un acte surnaturel par pur caprice, sans raison, ce serait contradictoire avec ce qu’il est. C’est entre autres sur ce caractère religieux du miracle que les enquêtes théologiques vont se pencher. On peut prendre une analogie dans la vie d’un couple pour aider comprendre cet aspect religieux du miracle : pour qu’un mari reconnaisse qu’un bien exceptionnel qu’il a reçu vient bel et bien de sa femme, il faut qu’il cherche à savoir si sa correspond avec sa femme, avec son amour, ce qu’elle sait faire, etc. Est-ce que ce caractère religieux des miracles t’apparait plus clair? D’ailleurs, si tu veux approfondir ce qu’est une enquête théologique, voici un petit document qu’a fait l’Église à ce sujet : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19780225_norme-apparizioni_fr.html

    En ce qui concerne les miracles de Lourdes, il ne faut pas oublier que les 70 conservés sont seulement ceux que l’Église a voulu authentifier comme des miracles proprement dits, c’est-à-dire suite à plusieurs enquêtes scientifiques et théologiques. Il ne faudrait pas que cela nous empêche de voir tous les bienfaits spirituels que les gens retirent de leurs visites à Lourdes, ce qui est le principal. De fait, les miracles ne sont pas une fin en soi, mais des moyens donnés à quelques-uns pour les aider et aider ceux à qui ils en témoigneront. Si Dieu fait des miracles ce n’est pas pour épater la galerie, mais pour que les hommes puissent l’accueillir dans la foi et l’amour. Beaucoup de gens qui sont allés à Lourdes (pour rester avec cet exemple) disent avoir reçu des signes ou des guérisons qui leur témoignaient la présence de Dieu et qui les ont aidés. Même si les scientifiques et l’Église ne déclarent pas que ces signes sont des miracles, cela ne veut pas dire qu’ils sont sans importance et sans valeur.

    En ce qui concerne les sources historiques relatives à Jésus et à César, c’est un sujet passionnant que je t’invite à creuser. Les historiens – qu’ils soient chrétiens ou non – reconnaissent que nous avons de meilleures sources concernant la vie de Jésus que celle de César. Même si Jésus n’a pas écrit (comme c’est aussi le cas pour Socrate), plusieurs personnes qui l’ont connu ont écrit à son sujet. Même un historien juif du 1er siècle (Flavius Joseph), la tradition juive conservée dans la Mishna et le Talmud ainsi que des païens du 1er et du 2e siècle (Tacite, Pline le Jeune, Suétone) parlent de lui. D’ailleurs, le Nouveau Testament est de loin l’écrit le mieux conservé de l’Antiquité. C’est une excellente source historique. Par exemple, en 1986, nous avions 5364 manuscrits en grec s’étageant du 1er au 6e siècle, 36 000 citations du Nouveau Testament par les Pères de l’Église et de très anciens papyrus des 2e et 3 siècles. Par rapport aux autres grands textes de l’Antiquité comme ceux de Platon (le plus ancien manuscrit se situe 1300 ans après sa rédaction), ceux de César (le plus ancien manuscrit se situe 1000 ans après sa rédaction) ou ceux de Virgile (le plus ancien manuscrit se situe 800 après sa rédaction), on voit que le Nouveau Testament est une source historique fiable. Si tu veux creuser cette question des sources historiques sur Jésus, voici un site qui est intéressant : https://y-jesus.org/french/wwrj/1-jesus-reellement/

    Merci aussi pour tes réponses!
    Je trouverais ça intéressant d’entendre quelles sont ces preuves concrètes qui pourraient te convaincre, car si on ne sait pas ce qu’on attend, on risque de passer à côté si ça se présente. De plus, j’ai l’impression que parfois les gens attendent que Dieu leur apparaisse pour croire, comme si Dieu ne voulait pas qu’on le cherche activement. Évidemment, je ne dis pas que tu ne le cherches pas. D’ailleurs tes questions sont le signe que tu cherches réellement!
    D’ailleurs, je me demandais si tu attends d’être certain 100% pour croire en Dieu. Même si je pense qu’il y a des preuves de l’existence de Dieu qui nous donnent une certitude qu’il existe, on peut plus ou moins les saisir (comme n’importe quelle autre preuve dans les autres domaines). J’ai l’impression que ce serait problématique d’attendre d’être absolument certain que Dieu existe pour croire en lui, alors qu’on ne fait pas ça dans nos autres relations et qu’on n’utilise pas une telle attitude pour l’athéisme. En effet, un fiancé n’attend pas d’avoir une absolue certitude que sa fiancée l’aime pour l’épouser et même l’athée n’attend pas d’avoir une absolue certitude que Dieu n’existe pas pour ne pas croire en lui.

    En ce qui concerne ma deuxième question, elle était en fait tout simple et tu y as répondu dès le début de ta réponse! Beaucoup de gens non seulement ne désirent pas le bonheur que Dieu veut leur donner, mais en plus le rejette et le haïsse. C’est effectivement très étonnant, mais je l’ai souvent entendu, d’où ma question…
    D’ailleurs, je ne sais pas si c’est ta vision des choses, mais plusieurs pensent que si Dieu existait ce serait une mauvaise nouvelle pour eux, comme s’il était un ennemi de notre bonheur. Ça m’apparait assez étrange, car se réjouir de l’inexistence de Dieu, c’est se réjouir de l’absence du parfait bonheur, car Dieu (tel qu’il est conçu par les chrétiens, mais aussi par la philosophie classique) est le bien infini, la bonté même. Il y a dans ce monde des biens finis, limités, mais ce qu’on n’a jamais rencontré c’est une réalité qui possède en elle-même la plénitude du bien, la bonté même. J’ai de la difficulté à comprendre pourquoi on se réjouirait de l’inexistence du bien parfait… On peut douter que Dieu existe ou ne pas croire en ce qu’il nous révèle, mais ça m’apparait étrange de se réjouir que celui qui est le bien infini et éternel n’existe pas. Dis-moi ce que t’en penses!

    Au plaisir,
    Jean-Philippe

    • Salut!

      Je n’oserais jamais argumenter que les visiteurs de Lourdes ne retirent rien de bénéfique de leur passage. Qui suis-je pour dire que quelqu’un ne se sent pas mieux après son pélerinage. Mon problème c’est lorsque l’Église associe des guérisons à Dieu sans en avoir de preuves. Les études scientifiqes et théologiques que tu mentionnes sont loin d’être assez rigoureuses pour être en mesure de conclure que les guérisons sont divines. Pour mieux comprendre ce que j’ai en tête quand je parle d’études scientifiques, imagine un test pharmaceutique en bonne et dûe forme. C’est, selon moi, ce genre de test qui pourrait, ou non, confirmer que la Vierge Marie est bien la raison des guérisons.

      Je suis au courant que des historiens ont écrit sur Jésus. Comme ils l’ont fait pour César et de nombreux autres personnages de l’Antiquité. Je suis également au courant que le Nouveau Testament est génial pour en connaître davantage sur l’époque en question. Par contre, il y a plusieurs incohérences et contradictions dans ce document (sur l’année de naissance de Jésus, notamment), il faut donc faire attention lorsque la Bible est la seule source historique que l’on possède. C’est pas que je ne crois pas que Jésus à existé, au contraire. C’est plutôt que, si on me dit que Jésus avait des pouvoirs spéciaux, j’ai besoin de plus que des vieux textes et manuscripts pour y croire. Même chose si César, dans ses textes, expliquait qu’il lui était possible de léviter. La robustesse des preuves doit être proportionnelle à l’improbabilité des affirmations.

      1) Je ne sais pas quelle forme prendrait ces preuves. Un signe clair qui est visible et compréhensible simultanément pour tous les humains sur Terre? Comme tu dis, je cherche pas mal ces pruves et je ne trouve pas, Dieu ne rend pas ça facile!

      Ta remarque sur le pourcentage de certitude est très intéressante. Je suis d’accord avec toi qu’il est problématique d’attendre d’être certain à 100% avant de croire en quoi que ce soit. En fait, je vais plus loin en étant d’avis qu’il est impossible d’être certain à 100%. À propos des choses les plus banales jusqu’à l’éxistence de Dieu. Tout comme tu n’es probablement pas certain à 100% que Dieu existe, je ne suis pas certain à 100% qu’il n’existe pas.

      Donc, non, je ne vais pas attendre d’être certain à 100% avant de croire en Dieu. Dans mon cas, le pourcentage de certitude requis avant de croire à quelque chose dépend, entre autres, de la gravité et de l’importance de la croyance. Je n’ai pas besoin d’une certitude très haute pour déterminer quel t-shirt je dois porter en m’habillant le matin. Je vais par contre avoir besoin d’une certitude plus près de 100% pour croire que Dieu existe, vu les implications et conséquences énormes qui résultent de cette croyance. Ce n’est pas facile à exprimer, j’espère que tu comprends.

      2) Je dois être honnête avec toi, je ne sais pas ce que c’est le parfait bonheur et le bien infini que Dieu serait par définition. Mon cathéchisme me fait défaut, ou bien ces termes sont trop abstraits pour moi…

      Est-ce que je pense que si Dieu existait ce serait une mauvaise nouvelle? Oui. Il suffit de penser à tous les humains de l’histoire qui n’ont pas connu ou cru à son existence et qui vont, en conséquence, passer l’éternité en Enfer.

      De plus, j’essaie d’imaginer quelques changements dans nos vies…
      – Terminé les crevettes, homards, moules, huîtres, etc (Lévitique 11:9-12). Regrettable.
      – Terminé les gillets contenant du coton et du lin (Deutéronome 22:11). Tannant.
      – Terminé les relations homosexuelles, sinon c’est la mort (Lévitique 18, 20). Horrible pour une portion de l’humanité.
      – Retour en force de l’esclavage? J’ôse espérer que ça n’arriverait pas, mais Dieu ne semble pas trop avoir de problème avec ça (Exode 21), donc peut-être.

      L’existence de Dieu me semble donc désagréable sur plusieurs points, je ne sais pas si le bonheur qu’il m’apporterait serait assez pour que je considére ça comme une bonne nouvelle au final.

      A+!

  3. Je trouve ça intéressant ce que tu dis sur la certitude liée aux signes de la présence de Dieu et en même temps ça me questionne. Voici les questions/réflexions que ça soulève chez moi. Dis-moi ce que t’en penses :
    1. J’ai l’impression que ce n’est la même attitude de chercher des signes rationnels pour croire que Dieu se révèle à nous et demander à Dieu de nous donner certains signes très précis et presque irréalisables sans quoi nous ne croirons pas en lui. Pour reprendre l’analogie avec le fiancé et la fiancée, ça m’apparait juste que la fiancée cherche des signes rationnels qui lui permettent de croire que son fiancé l’aime vraiment, mais ça m’apparait problématique si elle lui impose une multitude d’épreuves irréalisables pour qu’il prouve son amour. De ce que j’ai pu étudier, il me semble que Dieu donne une multitude de signes suffisants pour croire en lui. La Résurrection de Jésus m’apparait assez clair. Pour prendre un exemple plus proche, la mère d’un ami a été entièrement guérie d’une sclérose en plaque avancée suite à la prière d’un prêtre qui était de passage. Les médecins ont reconnu qu’une telle guérison en une journée n’avait aucune explication scientifique. Le lien entre la prière et la guérison est ici assez clair même si on n’a pas une certitude à 100%…
    2. Je comprends bien ce que tu dis sur le pourcentage de certitude et ça m’apparait assez juste. Je ferais toutefois une distinction entre la connaissance de Dieu et de son existence vs la connaissance de sa Révélation. J’ai la certitude et même l’évidence que Dieu existe, qu’il est créateur, infini, unique, bon, etc., car j’ai pu le découvrir au moyen de preuves philosophiques. Lorsqu’on étudie bien ces arguments on peut saisir qu’elles sont vraiment démonstratives, c’est-à-dire que la conclusion découle nécessairement de la vérité des prémisses. Cependant, on peut aussi en avoir une compréhension plus ou moins confuse et certaine même si on ne les a pas étudiées attentivement. En ce qui concerne la connaissance de la Révélation que Dieu nous fait en Jésus-Christ, nous avons moins des preuves philosophiques, mais plutôt des signes concrets et rationnels qui nous donnent une assez grande certitude: cohérence et sagesse des paroles de Jésus, miracles, résurrection, fiabilité historique des témoignages, etc.. J’ai d’ailleurs l’impression (ce fût le cas pour moi) qu’on peut davantage accueillir ces signes rationnels entourant la Révélation que Dieu nous fait quand on découvre préalablement avec la raison que Dieu existe (abstraction faite de telle ou telle religion).
    3. Je suis tout à fait d’accord avec toi lorsque tu dis que pour croire quelque chose d’invraisemblable il faut des preuves proportionnelles à l’improbabilité de la chose. Sans ça, on quitte la foi et on tombe dans la crédulité. Par contre, ce qui m’apparait lorsqu’on étudie la valeur historique du Nouveau Testament, c’est qu’on réalise sa solidité. Tout d’abord, l’étude historico-critique menée depuis plus d’un siècle a bien mis en lumière qu’on y trouve plusieurs sources différentes, ce qui est un critère important pour juger l’historicité de textes. Autrement dit, le Nouveau Testament, n’est pas un livre écrit par un ou plusieurs réunis, mais plutôt la réunion de plusieurs livres et sources différentes. De plus, lorsque regarde attentivement les incohérences et contradictions, on remarque qu’elles ne concernent pas le cœur de ce qui est rapporté, mais qu’elles portent plutôt sur des éléments secondaires. D’ailleurs, ces quelques incohérences sont même un signe de crédibilité historique. De fait, lorsqu’on évalue des témoignages en histoire ou en droit, on ne s’attend pas à ce que les témoignages soient absolument identiques sur tous les points. D’ailleurs, si des témoignages sont identiques sur tous les points, cela apparait même suspect. Également, lorsqu’on regarde la qualité des témoins qui rapportent la vie de Jésus, on voit qu’ils sont crédibles. Non seulement ce sont des personnes morales et ordinaires (ce ne sont pas des fous), mais en plus ils ont tout à perdre en nous partageant leur témoignage. De fait, les apôtres ont été martyrisés et la majorité ont été tués à cause de ce qu’ils ont témoigné sur Jésus. On voit mal pour quelle raison ils auraient mentis en inventant des choses sur Jésus… De plus, l’hypothèse qu’ils se soient tous trompés au moyen d’une hallucination collective et répétée est plus qu’improbable d’un point de vue psychologique. Évidemment, on peut et on doit creuser ce sujet, mais il me semble que cela nous amène à voir que ces témoignages sont vraiment crédibles.

    Merci pour ta réponse concernant le lien entre Dieu et le bonheur. Il me semble que c’est un point capital, presque aussi important que les preuves pour croire en Dieu. Voici quelques remarques et questions que j’avais pour toi :
    1. Il me semble que si on pense que l’existence de Dieu est une mauvaise nouvelle, on va tout faire pour s’y opposer. D’ailleurs, je pense même que celui qui ne veut pas que Dieu existe ne trouvera jamais de preuves suffisantes pour croire en lui. C’est ce qu’on voit dans plusieurs autres domaines ou situations de la vie : par exemple, quand un mari jaloux veut absolument croire que sa femme le trompe, rien ne pourra le convaincre de l’inverse. De même, certains fondamentalistes ne veulent tellement pas croire qu’il y a une évolution des espèces qu’ils refusent obstinément toutes les preuves apporter pour leur démontrer le contraire. Penses-tu que ça pourrait être un danger : passer à côté des signes que Dieu donne parce qu’on ne veut pas croire qu’il existe?
    2. Je voulais aussi faire quelques remarques concernant ce qui t’apparait mauvais relativement à Dieu. Tout d’abord, quand je dis que le bonheur parfait se trouve en Dieu lui-même, cela découle de ce qu’est la définition générale du bonheur ultime : un bien en dehors duquel il n’y a rien d’autre à désirer, qui comble complètement tout désir, une fin ultime. Si tu possèdes un bien, mais qu’il ne te comble pas pleinement, que tu continues à désirer autre chose même quand tu l’as, ça veut dire que cela n’est pas le bonheur parfait. À partir de ce critère, on peut voir que les choses qui nous entourent ne sont pas le bonheur parfait, car on ne cesse pas de désirer autres choses quand on les a. Plus encore, on peut voir que le bonheur véritable doit résider dans une réalité qui possède toutes les perfections désirables, qui ne lui manque rien. S’il manquait quelques biens à cette réalité, on désirerait encore autre chose en l’ayant et ce ne serait pas le bonheur ultime. C’est pourquoi la notion même de bonheur ultime nous tourne vers un être qui est parfait, qui n’est pas limité dans le temps ou l’espace, qui possède la connaissance et l’amour, etc. bref, vers Dieu. Évidemment, la philosophie nous permet de creuser davantage cette identité entre Dieu et le bonheur, mais j’espère que ces quelques remarques t’aident à mieux comprendre ce lien dont je parlais. Évidemment, il y a forcément un caractère abstrait lorsqu’on réfléchit à Dieu, parce qu’il n’est pas une partie de la création, mais ça ne veut pas dire que ce soit irrationnel. Les recherches en mathématique ou en physique atomique ont aussi quelque chose d’abstrait, mais elles ne sont pas pour autant irrationnelles. Dis-moi ce qu’en t’en penses!
    Ma première remarque concernant le lien Dieu et le bonheur était philosophique, car elle ne parlait en rien de la foi chrétienne ou d’une quelconque révélation. Ma deuxième remarque est plutôt théologique, car elle concerne ce qui t’apparaissait mauvais spécifiquement dans la foi chrétienne. Tout d’abord, Dieu n’envoie pas les gens en Enfer, car ce qu’il veut c’est nous faire participer à sa vie divine et bienheureuse. C’est le cœur de la foi chrétienne : il nous a tant aimés qu’il s’est fait homme pour nous rejoindre (Jn 3, 16). Si quelqu’un va en Enfer, c’est parce qu’il a délibérément refusé Dieu. Autrement dit, on ne tombe pas en Enfer comme on tombe dans un trou qu’on ne voit pas, mais, si on y va, c’est en pleine connaissance de cause, parce qu’on l’a choisi. Je ne sais pas si tu le savais, mais c’est pour cette raison que l’Église croit et enseigne que ceux qui ont ignoré Dieu ou Jésus-Christ, sans qu’ils en soient responsables, pourront participer à la vie divine. Si Dieu punissait des gens qui n’ont pas pu connaitre Jésus parce qu’ils n’ont pas cru en lui, il ne serait pas bon et juste comme on le croit!
    D’ailleurs, ne penses-tu pas que ce serait une bonne nouvelle qu’un Dieu juste et bon existe quand on regarde les nombreuses injustices présentes sur terre? Il me semble que si Dieu existe, toutes les injustices qu’on observe autour de nous et qui semblent avoir le dernier mot trouveront une réponse, ce qui est une très bonne nouvelle. Autrement dit, si Dieu n’existe pas, c’est une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui subissent des souffrances injustes. Au contraire, s’il existe un Dieu bon et juste, c’est une bonne nouvelle parce qu’on découvre qu’aucune injustice en ce monde ne sera sans réponse. Évidemment, je ne dis pas que Dieu existe parce que ce serait une bonne nouvelle. Je ne dis pas non plus qu’on a tout de suite les réponses à toutes les énigmes et qu’on comprend tout, loin de là. J’essaie simplement de montrer qu’il est désirable et souhaitable qu’il existe.
    En ce qui concerne les passages de l’Écriture que tu cites, je ferais simplement remarquer que ce sont uniquement des passages de l’Ancien Testament. Or, la Bible contient aussi le Nouveau Testament et c’est à la lumière de celui-ci qu’on peut lire le premier. De plus, la Bible elle-même se lit et s’interprète à la lumière de l’Église et de sa tradition, sans quoi on peut lui faire dire une chose ou son contraire… Le meilleur moyen de regarder ce que Dieu apporte réellement comme changement dans notre monde, c’est de regarder la vie des saints (saint Laurent, saint François, saint Maximilien Kolbe, sainte Mère Teresa, etc. et tous les autres saints qui n’ont pas été canonisés et qui vivent aujourd’hui). De fait, si on veut savoir ce que Dieu change, il faut regarder ceux qui se laissent vraiment changer par lui! D’ailleurs, je me demandais si tu connaissais des saints, s’il y en a que tu trouves particulièrement inspirants?

    Merci encore pour ce bel échange!
    Jean-Philippe

    • Salut! Je dois dire pour commencer que j’aime beaucoup ces échanges!

      Je pense qu’une bonne partie de notre différence d’opinion sur l’existence de Dieu peut être expliquée par les deux choses suivantes:

      – Notre hypothèse de départ est différente. Mon hypothèse de départ, dans le cas de l’existence de la Fée des dents, de Ganesh et de Dieu est qu’ils n’existent pas. Des preuves doivent donc soutenir l’existence de ces entités pour que ma croyance change. Tu sembles avoir comme hypothèse de départ que Dieu existe, il faudrait alors des preuves de la non-existence de celui-ci pour changer ta croyance. Le problème c’est que des preuves de la non-existence de quelque chose qui n’existe pas c’est quasi-impossible à obtenir. C’est la raison pourquoi on ne peut pas prouver que la Fée des dents, Ganesh et Dieu n’existent pas. C’est aussi la raison pour laquelle, dans notre système de justice, le fardeau de la preuve est sur celui qui affirme qu’un crime a été commis.

      – La seconde différence semble être au niveau des preuves nécessaires pour nous faire croire en Dieu. Tu es satisfait de la «multitude de signes suffisants» que tes études t’ont fait découvrir. Tu mentionnes la Résurrection de Jésus et la guérison d’une sclérose en plaque suite à une prière, mais je suis certains que tu as d’autres preuves. Dans mons cas, ça me prend plus. N’oublions pas qu’on parle ici de l’existence d’un être infiniement bon, infiniment puissant et qui sait tout. N’est-ce pas normal que je demande plus de quelqu’un avec un CV aussi reluisant? Les «signes très précis et presque irréalisables» que tu trouves problématique que je demande avant de croire me semble bien à la hauteur de Dieu s’il possède les qualités qu’on me dit qu’il possède. Dans ton analogie avec le couple, il me semble en effet absurde de demander le même genre de preuve pour croire en l’amour de l’autre. On a ici affaire aves l’amour d’un humain pour un autre, quelque chose de commun et peu improbable. Il faut alors adapter son niveau de scepticisme.

      Je pense que cette petite synthèse de nos différences couvre bien les raisons pourquoi je suis athée et tu es théiste. Je suis curieux de t’entendre là dessus.

      Pour ce qui est de ma réponse sur la nouvelle que serait l’existence de Dieu. Tu dis que, puisque je pense que ce serait négatif, je ne vais jamais trouver de preuves suffisantes. C’est intéressant comme point de vue, mais plutôt facile à refuter puisque la même chose s’applique à un croyant qui pense que la non-existence de Dieu serait négative. On peut s’entendre sur une chose, ce genre de biais n’aide pas à cheminer vers la vérité. Il faut rester objectif et rigoureux, même si c’est difficile.

      Donc un bonheur parfait se trouve en Dieu. Voulant dire qu’aucun désire ne peux y exister, qu’il contient une fin ultime. Ça le comble donc pleinement? C’est encore très flou pour moi et ça me semble contradictoire. Pourquoi est-ce Dieu à créer le Monde et toutes les espèces vivantes s’il était comblé et ne pouvais avoir aucun désir de le faire? J’ai déjà peur de la réponse théologique à laquelle je ne vais pas comprendre grand chose! Mais bon, j’imagine qu’on ne peut pas jaser de ces sujets sans finir par discuter théologie. Je te donne comme défi de vulgariser au maximum ta réponse pour le néophyte que je suis!

      Heureux d’apprendre que Dieu n’envoie pas les gens qui ne croient pas en lui en Enfer mais seulement ceux qui le rejette. Je devrais être correct comme je n’ai encore rien trouvé à rejeter. Tout à fait d’accord avec toi, si Dieu punnissait des gens qui n’ont pas pu connaitre Jésus parce qu’il n’ont pas cru en lui, il ne serait pas bon et juste.

      Qu’est-ce que d’apprendre que Dieu existe fera pour les injustices dans le monde? Il y a déjà des injustices dans le monde présentement et, selon toi, Dieu existe. Qu’est-ce qui va changer si c’est confirmé qu’il existe bel et bien? Dieu à une réponse pour remédier aux injustices? Il attend quoi pour l’appliquer? Je peine à voir ce qui va changer dans les injustices mondiales si on apprend demain matin que Dieu existe. Ça nous indiquerait pas au contraire que Dieu a créé le monde avec des injustices et ne fait rien pour les corriger?

      Tu dis qu’on peut faire dire une chose ou son contraire à la Bible si on ne l’interprète pas à travers la lumière de l’Église et de sa tradition. N’est-ce pas un problème majeur pour un livre qui est supposé être inspiré par un être parfait et qui peut, selon toi, être utilisé comme source historique fiable?

      Aussi, il faudrait m’expliquer comment on fait pour interpréter différement certaines horreurs qu’on retrouve dans l’Ancien Testament. Ça me semble être une tâche titanesque d’interpréter « L’homme qui couchera avec un mâle à coucherie de femme, ils font une abomination, les deux. Ils sont mis à mort, à mort, leurs sangs contre eux. » comme étant autre chose qu’une terrible et cruelle condamnation de l’homosexualité. Comment un Dieu qui possède un amour infini peut accepter que cette phrase se trouve dans son livre sacrée?

      Au plaisir!

      • Encore une fois, merci pour tes réflexions et tes questions. Même si je me donne naturellement des objections quand je réfléchis, c’est encore mieux d’avoir un autre interlocuteur avec qui échanger!

        Ta réflexion sur notre différence concernant l’existence de Dieu est intéressante. Je suis bien d’accord sur ce que tu dis concernant la difficulté de démontrer la non-existence d’une chose. Par contre, j’ai l’impression que notre hypothèse de départ est bien la même : Dieu n’est pas évident et donc pour savoir qu’il existe et pour croire en lui il nous faut des arguments rationnels. D’ailleurs, j’étais moi-même agnostique il y a six ans avant de découvrir dans mes études et discussions qu’il y avait des preuves de l’existence de Dieu. Au début je ne les comprenais qu’imparfaitement, mais plus je les ai creusées et plus elles me sont apparues concluantes. La différence entre nos positions m’apparait ainsi être la suivante : y a-t-il vraiment des preuves de l’existence de Dieu? Est-ce que ce constat te semble juste?

        En ce qui concerne ton deuxième point (les preuves nécessaires pour croire en Dieu), je ferais une double remarque pour éclairer nos positions.
        Premièrement, je distinguerais les preuves concernant l’existence de Dieu et les raisons de croire spécifique en le Dieu révélé par Jésus-Christ. Ce n’est pas la même chose de prouver qu’il existe un Dieu créateur, infiniment bon, sage, etc. et d’avoir des raisons de croire en la révélation de Dieu qui est faite dans le judaïsme et le christianisme.
        En ce qui concerne seulement l’existence de Dieu, je pense qu’on peut avoir de véritables démonstrations en partant de notre expérience du monde. Le procédé général de ces preuves est assez simple : on part des effets qui nous entourent et dont on a l’évidence (il existe des réalités qui changent, qui sont plus ou moins bonnes, qui n’existent pas par elles-mêmes, etc.) et on regarde si elles impliquent nécessairement l’existence d’une cause première ayant les attributs qui correspondent à ce qu’on entend par le mot « Dieu ». Bref, on part des effets et on essaie de voir si on peut en déduire nécessairement l’existence de leur cause première qu’est Dieu. C’est la même démarche qu’on utilise dans la vie de tous les jours pour savoir si une réalité qu’on ne voit pas existe. Par exemple, si je veux savoir s’il y a quelqu’un dans une maison, je vais regarder autour de la maison s’il y a des traces me permettant de déduire qu’il y a bien quelqu’un à l’intérieur (traces de pas récentes, voiture dans l’entrée, fenêtres ouvertes, télévision ouverte, etc.). Le scientifique utilise un procédé similaire quand il veut savoir s’il existe des particules élémentaires qui ne sont pas directement observables : il part de certains effets et déduit si elles impliquent l’existence de particules ayant telle ou telle propriété. Le biologiste fait une démarche similaire lorsqu’il veut prouver qu’il y a bien une évolution des espèces : il étudie plusieurs effets (les fossiles, les ADN, etc.) et conclut qu’ils impliquent l’existence d’une évolution des espèces. Ainsi, je pense qu’on peut vraiment démontrer l’existence de Dieu en partant des effets qui nous entourent pour remonter jusqu’à la connaissance de leur cause ultime et nécessaire qu’est Dieu. C’est l’approche classique qui a été utilisée par un très grand nombre de philosophes au cours de l’histoire. Si tu veux, ce serait une joie de développer plus en détail cette approche!
        En ce qui concerne les raisons de croire en le Dieu révélé par Jésus-Christ, ce n’est pas exactement le même procédé qu’on utilise. Dans ce cas-ci, il me semble qu’il faut regarder s’il y a de bonnes raisons de croire ce que Jésus nous dit. Pour ce faire, il faut écouter ce qu’il nous dit et s’assurer qu’il ne nous dit pas des choses contradictoires avec ce qu’on a déjà pu connaitre sur Dieu (avec la première méthode). Comme il nous a donné des miracles pour nous assurer qu’il était bien envoyé par Dieu, il faut étudier ces miracles pour voir s’il est rationnel d’y croire. De ce que j’ai pu étudier, il m’apparait qu’il y a plus de raisons de croire à ce que Jésus nous dit, non seulement parce qu’il est sage et honnête, mais aussi parce que les miracles qu’il a faits me semblent assez bien attestés. Évidemment, il faudrait creuser ce point pour bien voir qu’on peut faire confiance dans ce que ses disciples nous ont transmis. Il me semble aussi que les premières preuves concernant l’existence de Dieu préparent ou disposent à accueillir ce que Jésus nous révèle sur Dieu. Si on pense que Dieu n’existe pas, on risque d’avoir de la difficulté à croire les différents signes que Jésus donne pour montrer qu’il est bien envoyé par Dieu.
        Est-ce que cette distinction t’apparait claire et juste entre (1) preuve de l’existence de Dieu et (2) signes effectués par Jésus pour rendre crédible son témoignage sur Dieu? Évidemment, je pense qu’il faudrait creuser davantage ces deux avenues pour voir si elles conduisent vraiment à bon port!
        Deuxièmement, je ferais une remarque sur ce que tu dis concernant les preuves ou signes qu’un être infiniment bon et juste comme Dieu devrait nous donner. Je suis assez d’accord avec ce que tu dis. Il faut adapter les preuves qu’on cherche en fonction de l’improbabilité de l’acte de foi, on ne cherche pas les mêmes raisons dans tous les domaines. Dans la mesure où Dieu est vraiment bon et sage et qu’il nous a donné une intelligence, ça m’apparait logique qu’il nous donne des raisons de croire en lui. Ce serait étrange qu’il nous donne une raison et qu’il nous dise ensuite, quand vient le temps de croire en lui et de faire l’acte le plus important de notre vie : n’utilise surtout pas l’intelligence ce que je t’ai donnée! Par contre, je vois peut-être une double différence entre nos positions. Tout d’abord, comme je l’ai dit plus haut, je pense qu’il nous a justement donné des preuves de son existence et des signes très clairs qu’il nous a parlé en Jésus-Christ. Ensuite, j’ai l’impression que tu limites Dieu dans certaines idées bien fixées et formées a priori. C’est un peu ce que je te disais dans un message précédent à propos des hypothèses sur Dieu : elles sont légitimes, mais il faut toujours les faire avec prudence et humilité, car – par définition – Dieu dépasse ce qu’on peut penser de lui. J’ai l’impression, dis-moi si je me trompe, que tu procèdes de la manière suivante, en adoptant la méthode des sciences expérimentales : « Si Dieu est sage, bon et tout puissant, alors il devrait donner tel ou tel signe ; or, je ne vois pas tel ou tel signe, donc il n’existe pas » Ce n’est pas bête, il y a quelque chose de juste, mais le danger c’est de passer à côté de signes raisonnables que Dieu te donnerait parce que tu en attends d’autres. C’est pour ça que j’utilisais l’analogie avec le couple, tout en étant conscient qu’on ne demande les mêmes preuves dans un tel contexte. Dans le couple, les amoureux ont une liberté et donc il serait étrange de demander impérativement tel signe et non pas tel autre. Il en va d’une manière similaire avec Dieu : puisqu’il est bon et sage il nous donne de solides raisons de croire, mais comme il est libre, il décide comment il les donne. Le problème n’est pas de chercher de bonnes preuves (je suis d’accord avec toi sur ce point), mais d’attendre une bonne preuve en particulier, négligeant les autres que Dieu voudrait nous donner.
        Est-ce que ce point t’apparait plus clair? Qu’en penses-tu?

        Je partage aussi ce que tu dis concernant l’importance de rester objectif lorsqu’on réfléchit sur Dieu. Notre volonté et nos sentiments obstruer notre raison quelle que soit notre position. Cependant, je pense que le croyant et l’athée ne sont pas complètement dans des positions symétriques et c’est pourquoi j’ai fait cette remarque. Cette asymétrie dépend du point de départ commun que nous avons : la non-évidence de Dieu et la nécessité de prouver qu’il existe et se révèle. Pour croire en Dieu, il faut chercher et trouver de bonnes preuves alors que pour ne pas croire en lui, il n’y a pas grand-chose à faire. Ainsi, celui qui ne veut pas que Dieu existe est dans une position qui me semble plus facile à défendre, car il n’a pas d’arguments à trouver et si on lui présente des arguments pour l’existence de Dieu il peut toujours s’y opposer de mille et une manière. Au contraire, celui qui voit que l’existence de Dieu serait bonne doit quand même trouver des preuves pour être certain que c’est vrai et doit répondre aux objections qu’on lui présente, ce qui est plus difficile. C’est un peu ce qu’on voit dans certains débats entre les évolutionnistes et les fondamentalistes en biologie. Comme l’évolution des espèces n’est pas une évidence, quelque chose qu’on voit directement, il faut apporter des preuves pour démontrer qu’elle est réelle. Les évolutionnistes ont donc la partie la plus difficile, car ils doivent démontrer qu’il y a bien une évolution et répondre aux objections alors que les seconds n’ont rien à démontrer et peuvent toujours trouver des objections pour affirmer que les preuves des évolutionnistes ne sont pas absolument certaines. Autrement dit, quand on ne veut absolument pas qu’une chose non-évidente soit vraie, il est beaucoup plus difficile de changer d’avis. Ça reprend un peu ce que tu disais en parlant du fardeau de la preuve : celui qui la porte est nécessairement dans une position plus difficile, ce qui est le cas pour le croyant. J’aimerais bien savoir ce que tu penses de cela.

        En ce qui concerne la bonne nouvelle qu’est Dieu pour les injustices, mon point concernait la vie après la mort. Si on découvre qu’il existe un Dieu qui est juste et qu’il y a ici-bas des injustices qui ne sont pas réglées, on peut en déduire qu’il y aura une justice rendue après cette vie (sinon Dieu ne serait pas juste). C’est ce que je voulais dire en disant que le mal n’aura pas le dernier mot : les injustices ici-bas ne cessent pas du jour au lendemain parce qu’on sait que Dieu existe, mais on découvre qu’il y aura un jugement final, qu’il y aura après cette vie une justice parfaite. De plus, puisque Dieu n’est pas seulement juste, mais aussi miséricordieux, son existence est également une bonne nouvelle pour nous tous qui faisons – à des degrés divers – du mal. S’il était uniquement juste, on aurait effectivement de quoi avoir peur! Est-ce que ça tu comprends mieux pourquoi je disais que c’est une bonne nouvelle, face à toutes les injustices, de savoir qu’un Dieu juste et bon existe? D’ailleurs, il me semble que si on sait qu’il existe un Dieu infiniment juste et miséricordieux, ça nous transforme dans notre manière de vivre sur terre. En tout cas, c’est ce qui s’est passé pour moi et je vois que c’est ce qui s’est passé dans la vie de tous les saints. En effet, une personne qui croit réellement que Dieu existe, qu’il l’appelle à partager sa vie parfaite et qu’il sera jugé après cette vie, va vouloir conformer sa vivre la meilleure vie possible ici-bas.

        En ce qui concerne le bonheur parfait qui se trouve en Dieu, il y avait deux points que je voulais faire. J’essaierai de les dire le plus simplement possible! Premièrement, je voulais dire qu’il était impossible pour nous les hommes d’être absolument comblés par quelque chose d’autre que Dieu. Il y a autour de nous beaucoup de bonnes choses (la nourriture, le sport, les amis, les voyages, etc.), mais il n’y aucune réalité dans ce monde qui a la bonté même, qui est infiniment bonne. Autrement dit, il n’y a sur terre que des biens finis ou limités (constatation banale). Or, la seule chose qui pourrait rendre parfaitement heureux des hommes (c’est-à-dire des êtres dotés d’une intelligence et capable de connaitre la bonté en elle-même et non seulement quelques biens limités) c’est la possession du bien infini, du bien auquel il ne manque rien, qui est bon sans limites. Lorsqu’on creuse ce point et qu’on cherche comment doit être ce bien infini et parfait qui peut vraiment nous rendre heureux, on réalise qu’il doit avoir les attributs de Dieu, qu’il doit être Dieu : il ne peut pas être corruptible, il doit être éternel, il avoir toute perfection, posséder la sagesse, l’amour, etc. Ici, on est encore sur le terrain de la philosophie, ce n’est pas une réflexion qui s’appuie sur le christianisme ou sur une autre religion.
        Deuxièmement, si Dieu est parfait et qu’il ne lui manque rien, on peut logiquement en déduire qu’il n’avait pas du tout besoin de créer le monde et que la création est donc l’acte d’amour le plus gratuit et désintéressé qui existe. Ça semble bizarre quand on n’y a jamais réfléchi, mais en fait c’est absolument logique. Quand nous on fait quelque chose, on en retire toujours un bénéfice parce que nous ne sommes pas parfaits et qu’on a toujours des biens à acquérir. Si j’étudie, c’est pour apprendre, si je fais du sport, c’est pour me détendre, et même lorsque j’aide un ami, j’en retire une joie. Par contre, si Dieu crée, ce n’est pas parce qu’il en a besoin (sinon il ne serait pas parfait et ne serait pas vraiment Dieu). La seule raison qu’il peut donc avoir pour créer c’est pour partager gratuitement sa perfection, sa bonté, son bonheur. La création est ainsi l’acte d’amour le plus désintéressé. On peut voir une certaine analogie lorsque de bons parents agissent envers leurs enfants. Ils ne feront pas les choses pour eux-mêmes, mais parce qu’ils veulent partager leur vie et leur bonheur à leurs enfants. Ça nous montre bien qu’il faut se méfier de nos hypothèses initiales quand on veut réfléchir à Dieu. Encore ici, on n’est pas entré dans le terrain spécifique de la religion, mais on est resté dans le domaine philosophique, dans ce que la raison peut savoir sur Dieu. Je ne sais pas si j’ai réussi, mais j’espère que j’ai réussi à quelque peu vulgariser ces réflexions qui ne sont pas simples!

        En ce qui concerne tes questions sur la Bible elles sont intéressantes et très importantes. Elles permettent de préciser certaines mauvaises compréhensions qu’on s’imagine facilement au sujet de la Bible (je les partageais aussi avant). Encore une fois, ça va nous permettre de mieux comprendre la manière dont Dieu agit. Ici on entre effectivement en théologie, mais j’essaierai d’être le plus simple possible!
        Premièrement, la Bible n’a jamais été pensée comme un manuel autosuffisant que chacun pourrait utiliser de son côté, une sorte de livre de recette qui se suffirait en lui-même pour faire la cuisine de son côté. Les différents auteurs qui ont écrit ses différents livres l’ont toujours fait en étant conscients qu’ils faisaient partie d’une communauté (juive pour l’Ancien Testament et chrétienne pour le Nouveau Testament) et que c’est dans cette communauté qu’elle a sa pleine valeur et utilité. Ainsi, la Bible est une partie de la vie chrétienne et de l’Église, un de ses éléments, mais elle n’en est pas l’unique. On ne peut donc jamais lire la Bible en l’isolant du reste de la foi et de la communauté, sans quoi on risque de tomber dans interprétations problématiques.
        En ce qui concerne l’inspiration de la Bible, il ne faut pas se méprendre sur cette idée. Les catholiques croient certes que les auteurs qui ont écrit ces livres ont été inspirés par Dieu, mais cela ne veut pas dire qu’ils étaient de purs instruments passifs utilisés par Dieu, un peu comme l’est mon ordinateur quand j’écris. L’Église croit plutôt que c’est avec le plein usage de leurs facultés (et donc aussi de leurs limites humaines) que certains hommes ont écrit les livres bibliques. La Bible est ainsi pleinement l’œuvre de Dieu et l’œuvre d’hommes, Dieu décidant de coopérer avec certains hommes pour se révéler. Ça nous aide à comprendre une manière classique dont Dieu fonctionne et qui apparait assez rationnelle : Dieu ne veut pas agir et se manifester en solo, mais il veut (dans la mesure du possible) que sa création et spécialement les hommes puissent participer à son œuvre. Un peu comme un bon père avec son fils. Un bon parent ne veut pas seulement faire de belles choses, mais il veut aussi que son fils (imparfait à bien des égards) coopère à son œuvre. C’est pourquoi « l’infaillibilité » ne la Bible ne veut pas dire que tout ce qui est écrit dedans est une vérité révélée par Dieu et absolument vrai. Quand les catholiques croient que la Bible est infaillible, cela veut dire qu’elle enseigne sans erreur la vérité que Dieu a voulu révéler pour notre salut (pour qu’on parvienne à la vie éternelle et parfaite). Évidemment, quand cette vérité est écrite par des hommes, on y trouve aussi des éléments humains susceptibles d’erreurs, mais n’affectant pas notre salut. Ce que les catholiques croient concernant l’inspiration de la Bible t’apparait-t-il plus clair?
        Comme on est ici dans le domaine de la foi (ce n’est pas la raison qui démontre que la Bible est un livre inspiré), cela ne change pas l’utilisation de la Bible comme une source historique fiable. En effet, quand on utilise la Bible comme une source historique, on ne la considère pas comme un livre inspiré par Dieu, mais simplement comme un témoignage humain. Si je devais supposer l’inspiration divine de la Bible pour défendre que Jésus est bien envoyé par Dieu, il y aurait un argument circulaire : Je voudrais montrer que Dieu s’est révélé dans l’histoire et pour ce faire j’utiliserais un livre que je supposerais déjà inspiré par Dieu! En fait, lorsqu’on utilise le Nouveau Testament comme une source historique sur la vie de Jésus et qu’on juge qu’elle est fiable, c’est en se servant des critères historiques utilisés pour tous les autres témoignages historiques, en faisant abstraction de la question de son caractère révélé.
        En ce qui concerne l’interprétation de passages qui apparaissent horribles dans l’Ancien Testament, ce n’est effectivement pas simple. C’est une tâche à laquelle les chrétiens n’ont pas cessés de s’atteler depuis 2000 ans! Il y a un bon article à ce sujet dans le Verbe qui pourrait t’intéresser : https://le-verbe.com/idees/pourquoi-dieu-pete-un-plomb-dans-la-bible/
        Sans entre dans tous les détails, ça nous amènerait trop loin, je te partage un principe important qui peut aider une telle interprétation. Il ne faut pas oublier que la Bible est la collection de textes écrits à des époques historiques précises et suivant une certaine pédagogie. Si Dieu se révèle à des hommes vivants dans milieux violents pour les amener à devenir meilleur, il devra leur parler pour qu’ils comprennent et puissent changer. Ainsi, pour les catholiques, il y a des éléments de l’Ancien Testament qui contiennent de l’imparfait et du provisoire, qui étaient précisément destinés pour des hommes d’une époque historique précise en vue de les faire grandir. C’est ce que dit Jésus par exemple lorsqu’il parle de la répudiation de sa femme : « c’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi. » (Mt 19, 8) Les différents livres bibliques apparaissent ainsi comme un témoignage de la pédagogie par laquelle Dieu sort progressivement les hommes des immoralités dans lesquelles ils sont. Pour prendre une analogie, on peut comparer cette pédagogie de Dieu avec le discours d’un bon parent qui n’est pas le même envers son enfant lorsqu’il a 6 ans et lorsqu’il a 20 ans. À un enfant de 6 ans, le parent donne des lois appropriées à son âge et qu’il pourra comprendre. Cependant, il ne s’adressera pas de la même manière à son enfant lorsqu’il aura 20 ans. Le bon parent ne change pas, mais il adapte son discours à son enfant pour le faire grandir. D’ailleurs, on voit qu’il y a bien dans l’Ancien Testament des lois et principes qui sortent de l’ordinaire de l’époque et qui appellent l’homme à vivre une plus haute moralité : interdiction de l’inceste, du viol, de la fraude, du sacrifice humain, obligation de prendre soin de l’étranger, des infirmes, etc. Cette pédagogie culmine ultimement en Jésus qui révèle pleinement la bonté de Dieu et la perfection à laquelle tous les hommes sont appelés. Ainsi, bien des formules qui étaient imparfaites, mais avaient une raison d’être à certaines époques, sont aujourd’hui caduques ou du moins profondément modifiées.
        C’est ce qu’on peut voir quand on cherche à comprendre le passage précis que tu pointes (Lv 20, 13). Il y a ici quelque chose que les chrétiens conservent comme une vérité révélée au travers de ce passage : l’acte homosexuel n’est pas bon, il s’oppose à une des finalités essentielles de l’acte conjugal (le don de la vie). Cependant, il faut bien faire attention dans la lecture de ce passage. La condamnation de l’acte homosexuel n’est pas la condamnation des personnes homosexuelles (elles peuvent être bonnes de bien des manières!) et cette condamnation n’implique pas qu’il soit légitime de mettre à mort ceux qui commettent de tels actes. L’Église est très claire lorsqu’elle parle de la manière dont il faut considérer ceux qui sont homosexuels : « ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute forme de discrimination injuste. » (Catéchisme de l’Église catholique, #2358) Le passage affirme plutôt que l’acte homosexuel détourne de la vie et conduit à la mort, à l’instar de bien d’autres actes. D’ailleurs, le verset suivant condamne l’inceste d’une manière encore plus forte en disant : « L’homme qui prend pour épouses une femme et sa mère : c’est un inceste. On les brûlera, lui et elles, pour qu’il n’y ait point chez vous d’inceste. » (Lv 20, 14) Évidemment, on ne brûle pas les gens qui commettent des incestes. Le passage montre que de tels actes conduisent à la mort. D’ailleurs, quand on lit ces passages du Lévitique, on voit bien l’usage d’un style hyperbolique visant non pas à présenter des rétributions exactes, mais à dénoncer de manière claire certaines conduites. De telles paroles doivent être interpréter avec l’ensemble de la loi et de la révélation. Or, la loi dans l’Ancien Testament dit aussi qu’il doit y avoir une proportionnalité entre la faute et la conséquence (la loi du talion, Ex 21, 23). Bref, on peut avoir de longues discussions sur l’interprétation de tels passages (ce qui n’est pas mon intérêt premier) et je ne prétends pas avoir tout répondu. Je voulais simplement montrer qu’on peut (et dans mon cas c’est même un devoir) interpréter ces passages d’une manière conforme avec le reste de la foi et de ce qui est dit dans la Bible.

        Au plaisir de te lire!
        Jean-Philippe

        • Salut,

          Mon premier constat n’était pas bon donc. Ton hypothèse de départ était également que Dieu n’existe pas. Mon deuxième point reste valide il me semble. Les preuves amassées par l’humanité pour prouver l’existence de Dieu sont suffisantes pour te convaincre alors qu’il m’en faut plus.

          Je n’attends pas un signe de l’existence de Dieu en particulier. J’ai juste donner un exemple de ce qui aurait une bonne chance de me convaincre. Donc, je ne devrais pas passer à côté du signe ou de la preuve. De toute façon, si quelqu’un prouve que Dieu existe, ça va passer en boucle aux nouvelles.

          Tu as tout à fait raison, il me semble beaucoup plus facile d’être un athée qu’un théiste, puisque nous n’avons pas à trouver les preuves mais seulement à trouver les failles dans les preuves avancées par les croyants. Le porteur du fardeau de la preuve à toujours plus de travail devant lui. Mon point était davantage que le croyant peut également avoir un biais et manquer d’objectivité s’il pense que la non-existence de Dieu serait terrible. Ça pourrait par exemple prendre la forme d’un chrétien qui décide d’ignorer les objections qu’un athée soulève.

          Pour la vie après la mort, je comprends mieux ton point. Les gens qui souffrent d’injustices sur Terre vont pouvoir se dire qu’ils vont passer l’éternité dans le bonheur si Dieu existe. C’est très bien ça! Quoiqu’un peu dommage qu’ils doivent passer leur vie sur Terre à subir des injustices.

          Nos comportements vont définitivement changer si on apprend que Dieu existe. C’est un peu ce que je voulais exprimer quand j’ai listé des trucs qu’on ne pourra plus faire. Je ne suis simplement pas convaincu que d’avoir quelqu’un qui épie tout ce que je fais, dicte ce que je peux et ne pas faire, même s’il dit m’aimer, sera agréable.

          J’y pense, ma difficulté à te suivre vient peut-être du fait que j’ai beaucoup de misère à visualiser quoique ce soit qui est infini. Que ce soit un Univers inifiniment grand, l’éternité, ou la bonté inifinie de Dieu. Tu sembles plus à l’aise d’utiliser ce terme, infini. Mon cheminement académique en science me fait peut être approcher ce terme de façon trop mathématique. Tout ça me fait penser au paradoxe de la pierre. «Est-ce que Dieu pourrait créer une roche tellement lourde qu’il ne pourrait pas la soulever lui-même?» Les infinités deviennent problématiques lorsqu’elles s’opposent.

          Si Dieu à créé le monde et les humains pour partager gratuitement sa perfection, sa bonté, son bonheur, il avait donc un désir de partager. Je ne sais pas à quoi ressemblerait un être qui est infiniement comblé mais je n’ai pas l’impression qu’il se lancerait dans un projet comme la création de l’Univers. Il semble donc que Dieu avait un besoin de partager son amour, il n’était pas comblé.

          Je m’attendais à une explication du genre pour excuser les passages horribles dans la Bible. Les bons passages c’est Dieu, les mauvais c’est les humains. C’est un peu facile! C’est comme si tu écrivais ta prochaine réponse en y écrivant de très bons points, mais aussi un ou deux sophismes et que tu mets le blâme pour ces erreurs sur ton ordinateur. Ou encore un parent qui se pense responsable de la découverte du remède contre le cancer de son enfant mais pas du triple meurtre qu’il a commis.

          Encore mieux pour excuser les lapidations et les meurtres dans la Bible: dire que c’est des hyperboles! Vraiment? Un peu dangeureux d’écrire ça comme ça. Il faudrait que Dieu réalise que ce qui est écrit dans la Bible a eu, et continue d’avoir, des impacts sur le comportement des humains. Quand tu produis un ouvrage d’une aussi grande importance, une relecture est de mise pour s’assurer que les humains qui écrivent à ta place n’écrivent pas des niaiseries.

          Sur ton point que certains passages de la Bible sont destinés à nos ancêtres, mais pas à nous. Je refuse de croire qu’il a déjà été moral de tuer un homme parce qu’il a couché avec un autre homme, même il y a 2000 ans. Je refuse de croire que l’esclavage a déjà été moral. Je suis aussi d’avis que l’homosexualité n’est pas mauvais (honnêtement, je suis dégoûté de lire que ça t’apparaîs comme une vérité révélée). Je suis d’avis que la peine de mort et la Loi du talion sont immorales. J’ai des meilleures valeurs que Dieu? En toute humilité, on dirait bien que oui…

          Je comprends pourquoi tu as moins d’intérêt à discuter et défendre ces points, ça doit pas être facile. Les chrétiens préferrent habituellement parler de l’amour infinie de Dieu, c’est plus facile.

          A+!

          • Merci encore pour tes réponses,

            Je ne sais pas si les nouvelles s’intéressent beaucoup à la question de Dieu… D’ailleurs, il me semble que les hommes peuvent toujours refuser une preuve ou bien parce qu’ils ne la comprennent pas ou bien parce qu’ils ne la veulent pas. Ne penses-tu pas que c’est un peu problématique de dire qu’il n’y a pas de preuves de l’existence de Dieu simplement parce que des gens à une époque et dans une société donnée n’en parlent pas?

            Il me semble que tu pointes quelque chose d’important lorsque tu parles des difficultés à penser à Dieu. On ne peut effectivement pas imaginer Dieu, se le représenter, sans tomber dans des caricatures, des formes d’anthropomorphismes. On ne peut pas se le représenter, se l’imaginer, mais on peut comprendre des attributs qu’il doit avoir et surtout comprendre comment il ne doit pas être (connaissance négative). Pour saisir la différence entre l’intelligence et l’imagination, tu peux faire une petite expérience toute simple : tu peux penser et imaginer un triangle, mais dans le cas d’un chiliagone (polygone à mille côtés) tu peux très bien comprendre ce que c’est sans pouvoir l’imaginer. Évidemment, tu peux t’imaginer un polygone avec beaucoup de côtés, mais ça ne te permet pas représenter exactement un polygone à mille côtés. Quand on réfléchit et on discute sur Dieu, il faut donc se situer au niveau de la pensée et chercher à comprendre, comment il doit être, quelles notions sont contradictoires ou impliquées avec ce qu’on sait de lui.
            Dans le cas de l’infini, il y a deux sens. Le premier c’est celui dont tu parles, l’infini dans l’ordre mathématique (une quantité à laquelle on peut sans fin une autre quantité). Le deuxième est d’ordre qualitatif et désigne simplement la perfection, le fait de ne manquer de rien. Quand on dit que Dieu est infini, ce n’est pas dans le premier sens (car il n’est pas matériel et n’a pas de quantité), mais dans le second sens. Évidemment, je n’ai pas l’expérience d’une réalité parfaite, je ne peux pas l’imaginer, mais je peux saisir cette notion au moyen de la négation : elle n’est pas comme toutes les réalités limitées que j’expérimente, elle est une réalité à laquelle il ne manque rien. Le paradoxe que tu soulèves joue sur une fausse compréhension de la toute-puissance divine et de la perfection : une chose contradictoire ne peut pas exister, elle est intrinsèquement impossible. Quand on dit que Dieu ne peut pas créer une pierre si lourde qu’il ne puisse pas la lever ça ne limite pas sa perfection ou sa puissance, car une telle réalité est en elle-même contradictoire et impossible. La toute-puissance se comprend classiquement comme le fait de pouvoir tout faire ce qui est intrinsèquement possible, ce qui peut exister. Une chose contradictoire n’est rien du tout, ça n’existe pas. Ainsi, quand on dit que Dieu ne peut pas faire une chose contradictoire, on dit qu’il ne peut pas rien faire. Dans ce paradoxe (et d’autres similaires) on joue aussi sur la tournure verbale. Si je dis Dieu ne peut pas se casser une jambe, aller aux toilettes ou se tromper etc., ce n’est pas un signe d’imperfection, mais plutôt l’inverse. Ici, la tournure de la phrase nous induit en erreur, car elle laisse croire qu’il y a un manque.
            Il me semble que c’est peut-être aussi ce qui se passe lorsque tu présentes les changements que Dieu apporterait dans notre vie (dis-moi si je me trompe). Dans la manière dont tu en parles, Dieu apparait comme un dictateur qui est principalement là pour nous rendre malheureux. J’ai l’impression que ça ne correspond pas à ce que vivent les chrétiens et que ça ne correspond pas non plus à ce que la raison elle-même peut savoir sur Dieu (un Dieu mauvais serait une contradiction, un cercle-carré).
            C’est aussi vrai quand tu dis qu’on ne peut pas imaginer un être infiniment comblé, qui ne manque de rien. Par contre, je ne comprends pas pourquoi tu dis ensuite qu’un tel être (parfait, ne manquant de rien) ne voudrait pas créer. Pourquoi ne voudrait-il pas créer? Il me semble que plus un être est bon et plus il veut gratuitement partager le bien qu’il a. J’ai aussi l’impression qu’on confond facilement volonté et désir étant donné qu’ils sont très liés dans notre expérience. Désirer c’est aimer quelque chose qu’on n’a pas, mais vouloir n’implique pas la notion de manque, car on ne cesse pas de vouloir un bien quand on le possède. Ainsi, quand on dit que Dieu veut partager son bien, ça n’implique qu’il lui manque quelque chose qu’il désire obtenir en créant, mais simplement qu’il veut donner gratuitement. C’est ce qu’on veut dire quand on précise que la création est un acte d’amour gratuit ou désintéressé : ce n’est pas pour en tirer un bienfait personnel, mais simplement pour partager quelque chose.

            J’ai l’impression de mieux comprendre une divergence importante concernant notre manière de regarder les maux ou problèmes dans le monde (ou dans la Bible) et leurs rapports à Dieu. J’aimerais bien savoir ce que tu en penses.
            De mon côté, j’arrive dans un premier temps, au moyen d’arguments, à la conclusion que Dieu existe et dans un deuxième temps j’essaie de comprendre comment certains maux ou problèmes peuvent se réconcilier avec l’existence du Dieu bon préalablement découverte. De ton côté, j’ai l’impression que tu pars plutôt des problèmes ou des maux et que tu en conclus que Dieu n’existe pas ou du moins qu’il est peu probable qu’il existe. Il me semble que cette divergence explique une bonne partie de nos manières d’aborder le rapport entre l’existence du mal et Dieu. C’est aussi pour cette raison que je préférais me concentrer sur la question des preuves de l’existence de Dieu et de signes de crédibilité concernant Jésus, parce qu’il me semble que le meilleur point de départ. De plus, les questions morales et d’interprétations bibliques que tu as soulevées sont évidemment des questions complexes et sensibles qu’on ne traite pas en quelques lignes sur internet… Je suis désolé si je t’ai blessé en essayant d’y répondre brièvement.

            J’aurais toutefois une petite question concernant le fondement même de la morale : comment peut-il exister une morale universelle si Dieu n’existe pas? Comme toi, je pense qu’il y a des choses qui sont toujours immorales, autrement dit qu’il y a objectivement des choses bonnes et mauvaises. Par contre, en cherchant le fondement de la morale, il m’apparait que le bien et le mal ne font sens que si l’homme a une nature et une finalité. Si je n’ai pas une nature et certaines fins objectives qui en découlent, tout me serait indifférent, une chose ne pourrait pas être objectivement meilleure ou pire qu’une autre. Par exemple, si mes yeux n’avaient pas une fin et un bien objectif (voir) ou si mon intelligence n’avaient pas une fin et un bien naturel (connaitre la vérité), la perte de la vue et l’erreur ou le mensonge ne seraient pas des maux. Autrement dit, la notion même de bien et mal objectif implique une nature et une finalité qu’on peut atteindre ou manquer.
            Quand ensuite on cherche le fondement de cette nature humaine et de ses finalités intrinsèques (qui en découlent), il m’apparait que ça ne peut faire sens que s’il y a une intelligence créatrice qui en est responsable. Ici, l’argument ne s’appuie pas sur une complexité (comme celui de William Paley) ou sur une ignorance (Dieu bouche-trou), mais sur le lien entre la finalité et l’intelligence. Si une réalité est faite en vue d’une fin, elle doit nécessairement avoir pour cause (parmi toutes les causes qui sont en jeu) une intelligence, car seule l’intelligence peut saisir l’ordre entre deux choses et ordonner l’une en vue de l’autre. Évidemment, une réalité sans intelligence peut atteindre par accident une fin, mais dans une telle situation le terme atteint n’était pas vraiment sa finalité. De plus, comme il est ici question de la nature même de l’homme qui est ordonné en vue d’une fin, ça ne peut pas être une intelligence quelconque qui en soit responsable, mais une intelligence proprement créatrice. En effet, il n’est pas ici question de modifier une réalité préalable pour lui ajouter une fin supplémentaire. Ce qu’il nous faut ici, c’est une cause responsable de l’existence d’une réalité naturelle (l’homme) et de sa finalité, bref une cause capable de créer (créer signifie faire quelque chose à partir de rien, sans matière préalable).

            Au plaisir de te lire,
            Jean-Philippe

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