salades
Dan Gold / Unsplash

On a ouvert le bar à salades

Un texte de Michaël Poirier-Martin

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais c’est un temps favorable pour vendre sa salade.
Les gens cherchent les couleurs de l’espoir où ils peuvent bien les trouver, et le vert de la salade ne leur déplait pas.

Les différents clubs idéologiques ont nettoyé leurs terrasses printanières, dressé leurs kiosques, sorti leurs enseignes. Ils se sont brossé les dents, fardé les joues, ont tendu le bras pour s’envoyer quelques jets de parfum dans les quatre coins cardinaux.
Une petite musique d’ambiance tonalité pop-covid, et le premier venu a bien le gout de s’approcher.

Oui, il faut le dire, pour une fois, les gens ont les oreilles un peu plus ouvertes.
Car l’incertitude et l’inconfort, légers ou lourds, empêchent quiconque de vivre de manière légère et insouciante.
Comme un caillou dans la botte.
L’incertitude et l’inconfort expulsent la cire d’oreille.
Les gens ont les oreilles ouvertes pour écouter qui ?
Celui qui parlera plus fort et mieux.

On a ouvert le bar à salades

Les écolos en ont profité pour scander que le confinement avait agréablement ralenti la fonte des glaciers (laitue iceberg).
Les prophètes charlatans en ont profité pour dire que le monde était à veille d’exploser (salade de roquette).
Les médias iniques en ont profité pour commérer sur tout ce qui était commérable (salade de choux crémeuse).
Les élites bienpensantes en ont profité pour prêcher la sécurité et le calme, tout en cultivant la peur (salade César).

Certains ont interpelé des catholiques pour qu’ils fassent gouter leur laitue romaine, à côté des autres salades.
Ils n’avaient peut-être pas compris qu’on ne peut pas parler du Christ comme on vend une salade.
Le Christ n’est pas un produit ou une idéologie parmi d’autres.
Il est le Chemin, la Vérité, la Vie.

Saisir l’occasion

Mais les catholiques doivent cependant saisir l’occasion.
Non pas saisir l’occasion comme les faux prophètes manipulent les vulnérables.
Mais saisir l’occasion comme les apôtres ont prêché à ceux qui étaient sans espérance et rendu joyeux les païens. (Ac 13, 48)
Saisir l’occasion en évangélisant ses amis non-croyants.
Et l’évangélisation, c’est tout sauf balancer sa salade.
C’est plutôt favoriser la rencontre de Dieu et d’une âme sincère.

Dans le contexte actuel, l’imagination se fait poivrer sans relâche de chiffres, de courbes et autres abstractions mathématiques.
La conversation du commun des mortels peine à s’élever au-delà de la gestion sociale et très terrestre de l’épidémie.
On reste souvent les deux pieds bien enfoncés dans le kâkâ.

– Eille t’as-tu vu ça ? Ya autant de kâ ici que là-bas.
– Ouais, mais en proportion ya moins de kâ ici.
– Ouais, mais c’est quand même plusse de kâ qu’hier.
– Eille moé j’connais un kâ.
– Ah ouin, quel genre de kâ ?
– Un kâ pas dangereux.
– Moé aussi j’connaissais un kâ. Mais là yé guéri. Yé pu un kâ.
– Eille penses-tu qu’avec un masque, j’ai quand même des risques de devenir un kâ ?

De nouveaux et d’anciens sujets

L’épisode coronavirus permet et justifie bien des choses.
Et il peut aussi permettre et justifier l’audace de parler des vraies choses.
Si quelqu’un propose de sortir les pieds du kâkâ, de s’élever et recentrer les affaires autour de la vie intérieure, ça peut bien être rafraichissant pour plusieurs.
Les sujets qui, il y a quelques semaines à peine, étaient rabat-joies, déphasés, off-beat, ne le sont plus autant.
Les discussions spirituelles sont davantage possibles qu’avant.
L’autre a surement réfléchi plus qu’à l’habitude sur ses émotions, sa façon de réagir aux évènements.
Il a surement réfléchi à la valeur de ce qu’il a bâti jusqu’à maintenant, et s’il veut continuer de la même façon.
La prise de conscience de sa vie intérieure est souvent un premier pas vers la question de Dieu.

L’amitié est un pont qui permet de faire circuler pas mal plus de choses qu’on pense.
Encore faut-il que le pont soit construit, mais pour peu que deux personnes s’estiment et s’intéressent sincèrement l’une à l’autre, il y a un pont.
De fil en aiguille, on peut parler de beaucoup de choses.
Si vous êtes le seul ami qui parle des vraies choses, vous aurez beaucoup plus de crédibilité lorsque vous parlerez du Christ. Votre ami ne pourra pas penser que c’est simplement de la foutaise. Car la foutaise est défendue par l’ami qu’il estime le plus.
Alors, n’hésitez pas et soyez audacieux !

En terminant, si vous cherchez à respirer du vert, sortez voir les bourgeons ; c’est absolument merveilleux !


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