bien commun
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Le retour du bien commun

Vous connaissez la devise des mousquetaires ? « Un pour tous et tous pour un ! » En ce temps de crise sanitaire, l’ensemble de la population est invitée à se rallier à ce cri et à jurer allégeance à une étrange entité : le bien commun. 

Notion parfois honnie, oubliée ou incomprise, le bien commun est ce pour quoi tant de personnes font aujourd’hui de nombreux sacrifices et efforts. Le bien commun, une sorte de beau-frère éloigné qui ne se pointe qu’en temps de crise ? 

Non pas. Dans les faits, ce bien est présent dans nos vies à tout instant, mais il est un peu comme notre propre existence, notre timbre de voix ou la langue que l’on parle : si familier que nous n’en prenons plus conscience. 

Les autres biens

Il faut souligner que certaines expressions comme « intérêt général » ou « bien public » ont voulu revêtir la dignité du bien commun. Toutefois, on ne doit pas les confondre. 

L’intérêt général n’est que la somme quantitative des intérêts individuels, alors que le bien commun est une réalité plus qualitative. 

Écoutez la chronique radio de Maxime sur le bien commun.

Les biens publics, tels que l’eau potable, les routes ou un air sain, sont des biens universels qu’on ne peut gérer de façon privée et qui ne nous appartiennent pas personnellement. Personne ne dit du fleuve Saint-Laurent, « ceci est à moi » — sauf peut-être dans un élan poétique. Nous dirions plutôt « ceci est à nous ». 

Le bien commun, pour sa part, appartient à chacun, comme nous le verrons. Un exemple : nous disons avec justesse « ceci est mon Parlement ». 

Bref, le bien commun, c’est le bien de la communauté elle-même, la bonne santé morale de la communauté, pourrait-on dire. C’est l’ensemble des conditions qui garantit le bonheur et l’épanouissement des personnes dans une communauté donnée, politique, bien sûr, mais aussi familiale ou religieuse. 

Le bien commun n’est pas étranger aux individus. En fait, le bien commun est plus personnel que le bien personnel.

Nous qui jouissons depuis longtemps de la paix à l’intérieur de notre pays (et au sein de la civilisation occidentale), nous oublions parfois que l’élément fondamental du bien commun est l’existence même de la communauté et la paix qui subsiste entre les parties. L’extrême opposé du bien commun est la guerre civile. 

Bien commun et bien individuel : opposition ? 

Au début des 1940 eut lieu une polémique qu’on nomma par la suite « querelle du bien commun ». Initié par le philosophe Charles de Koninck, professeur à l’Université Laval, le débat a pris une ampleur internationale. Nous pouvons en tirer deux leçons : d’abord, que le bien commun prime sur le bien individuel. Ensuite, et ceci est encore plus important, que ces deux biens ne s’opposent jamais. 

La raison en est que le bien commun n’est pas étranger aux individus. En fait, le bien commun est plus personnel que le bien personnel. Mystification de philosophe ? 

On peut l’expliquer comme suit : Si ce bien nous est si intime, c’est qu’il est la manifestation de notre nature la plus profonde, celle d’animal rationnel et d’animal social, social parce que rationnel et rationnel parce que social. 

Ainsi, quand un citoyen paie ses impôts, il garantit l’existence et l’épanouissement de sa communauté politique, communauté de laquelle dépend presque toute son identité : son langage, son éducation, sa sécurité, ses amitiés, son accès à la culture, aux arts, aux idées, etc. Lorsque les divisions, l’égoïsme ou l’idéologie détruisent le bien commun, les hommes se transforment de plus en plus en bêtes. Nous en avons malheureusement plusieurs exemples dans l’histoire.

Épanouissement collectif et individuel

Une objection se présente toutefois : si le bien commun est plus important que le bien individuel, n’y a-t-il pas des risques qu’une politique se réclamant du bien commun devienne totalitaire ? 

La notion bien comprise du bien commun exclut le totalitarisme, puisque ce bien est d’abord un ordre, une harmonie entre les parties d’un tout. Ainsi, une personne doit pouvoir agir et s’épanouir individuellement. C’est pourquoi une action guidée en grande partie par l’intérêt individuel sert aussi le bien commun indirectement, comme un homme ou une femme qui accomplissent honnêtement leur travail et qui en tirent une subsistance. 

On peut agir pour le bien commun sans aller jusqu’au sacrifice ultime. Aller porter l’épicerie à sa voisine âgée en temps de pandémie favorise directement le bien commun, car cela fait en sorte que les plus vulnérables ne le soient pas encore plus, et donc qu’une des parties de la communauté soit en bonne condition. 

Et après ? 

Une des choses qu’éclaire la situation actuelle est notre besoin d’autorité ainsi que la noblesse qui s’y rattache lorsqu’elle est bien exercée : le contentement et même l’amour affichés envers M. Legault pour sa gestion de la crise en sont un bon exemple. Saurons-nous conserver ce respect et cette amitié envers ceux qui assument des positions d’autorité, qui ne sont pas moins nécessaires en temps normal ? 

La crise que nous vivons demeure une crise sanitaire plus qu’une crise sociale. Il est plus facile en ce sens de coopérer et de faire certains sacrifices. Des crises plus graves, où pénuries et déplacements de population seront plus considérables, pourraient venir tester davantage notre capacité d’agir pour le bien commun. Aurons-nous encore l’étoffe des mousquetaires ?


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Maxime est doctorant en philosophie politique. Fort de son parcours académique et de divers engagements communautaires, il analyse l'actualité au prisme des grands enjeux sociaux et intellectuels de notre temps. Il est membre de notre conseil de rédaction.

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