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Mockaroon / Unsplash

Le point sur la pilule contraceptive

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Comment fonctionne la pilule contraceptive ? A-t-elle des répercussions sur la santé ? Y a-t-il des risques d’être enceinte malgré la prise de la pilule ? En dehors de la sacrosainte abstinence, y a-t-il une solution de rechange ?

La pilule : symbole de l’émancipation sexuelle des femmes. Victoire de la médecine sur les conséquences du sexe. Séparation du plaisir et de la fécondité. Enfin, la femme peut faire ce qu’elle a envie sans risquer de donner la vie !

Est-ce une vraie liberté ? Cela se discute. Mais avant de philosopher, encore faut-il comprendre de quoi on parle. Comment fonctionne la pilule contraceptive ? A-t-elle des effets secondaires ? Petit éclairage. 

Cours 101 : le cycle féminin

Pour comprendre le fonctionnement de la pilule, il est nécessaire de s’attarder un instant sur ce cycle féminin. 

Le cycle menstruel se divise en trois phases : la phase préovulatoire, qui commence avec les menstruations, la phase ovulatoire et enfin la phase postovulatoire (Knudtson & McLaughlin, 2016). Ces trois phases s’harmonisent grâce à l’augmentation et la diminution de différentes hormones sécrétées par le cerveau et les ovaires. Le cycle menstruel dure 29,3 jours en moyenne, mais sa durée et le jour de l’ovulation sont généralement variables d’un cycle à l’autre et d’une femme à l’autre (Bull et al., 2019). 


Cet article a été publiée dans le numéro spécial Amour Libre, automne hiver 2018. Pour consulter la version numérique, cliquez ici. Pour vous abonner gratuitement, cliquez ici.


Dans la phase préovulatoire, l’ovaire se prépare à libérer un ovocyte. Le col de l’utérus sécrète une glaire de plus en plus fluide et abondante dans laquelle les spermatozoïdes se déplacent comme sur une autoroute et peuvent survivre de 3 à 7 jours. Cette phase du cycle a une durée très variable ; il peut arriver qu’elle ne dure que quelques jours, et que l’ovulation survienne avant la fin des menstruations !

Lors de la phase ovulatoire, qui dure entre 16 h et 32 h, l’ovocyte est libéré dans l’une des trompes de Fallope.

En phase postovulatoire, la muqueuse utérine s’épaissit pour accueillir un éventuel embryon et la glaire cervicale, devenue collante et peu abondante, forme un grillage dans lequel s’empêtrent les spermatozoïdes. En l’absence d’un embryon, la muqueuse utérine se dégrade environ 14 jours après l’ovulation. Elle est naturellement expulsée pendant 3 à 7 jours : ce sont les menstruations, et le début d’un nouveau cycle.

Comment fonctionne la pilule contraceptive ?

La pilule contraceptive vient artificiellement modifier le cycle menstruel par l’ingestion d’une ou de plusieurs hormones, dans le but d’éviter à la femme de tomber enceinte. Les dizaines de pilules existantes sont classées dans deux groupes : les progestatives et les combinées.  

La pilule progestative, aussi appelée minipilule, est commercialisée au Canada sous le nom de Micronor®. L’hormone progestative qu’elle contient empêche l’épaississement de la muqueuse utérine, qui est alors trop fine pour accueillir un embryon, et entraine la sécrétion d’une glaire cervicale peu propice à la survie des spermatozoïdes. Cette pilule supprime les menstruations pour environ 10 % des utilisatrices.

La pilule combinée est un mélange d’hormones estrogène et progestative. Il existe plusieurs types de pilules combinées, avec des dosages plus ou moins forts et différentes combinaisons d’hormones. En plus des effets du progestatif, l’estrogène de la pilule combinée vient altérer les mécanismes des phases préovulatoire et ovulatoire du cycle menstruel, ce qui supprime notamment les menstruations (parfois remplacées par des saignements moins importants) et réduit la probabilité qu’un ovaire libère un ovocyte.

Un embryon peut-il être conçu en prenant la pilule ?

Oui, pour deux raisons principales. Premièrement, les pilules contraceptives ont une efficacité pratique d’environ 91 % (Di Meglio et al., 2018). En effet, le stress, un oubli éventuel, la prise d’autres médicaments et d’autres facteurs diminuent l’efficacité théorique de ces contraceptifs (évaluée à 99 %). Cela signifie qu’une femme a en pratique un peu moins d’une chance sur dix de tomber enceinte en prenant la pilule (peu importe laquelle).

Une femme a en pratique un peu moins d’une chance sur dix de tomber enceinte en prenant la pilule.

Deuxièmement, les pilules contraceptives n’inhibent pas toujours la libération de l’ovocyte par l’ovaire. L’ovulation est généralement mesurée par l’observation d’une certaine concentration d’hormone progestérone qui est naturellement atteinte après la libération d’un ovocyte. Cette montée de progestérone est supprimée par la pilule combinée et la pilule progestative (chez 100 % et 50 % des femmes respectivement), mais l’absence de cette montée ne signifie pas que l’ovocyte n’a pas été effectivement libéré (Harrison et al., 2019). Et s’il y a ovocyte, la fertilisation par un spermatozoïde est possible ! 

Cela dit, les chances de survie de l’embryon résultant sont alors très faibles, car l’utérus n’est pas prêt à l’accueillir, aussi sera-t-il probablement expulsé sans que la femme s’en rende compte ni qu’un test de grossesse puisse identifier sa conception.

La pilule induit-elle des conséquences sur la santé ?

Oui. Il y a des conséquences positives : diminution de l’acné, des douleurs menstruelles, de l’anémie ainsi que de l’incidence de différents cancers (CHU de Québec, 2011). 

Cependant, il y a également des conséquences négatives. Bien qu’une femme fertile ne soit pas malade, la pilule est bel et bien un médicament : des effets secondaires sont à prévoir, et seront plus ou moins importants selon la santé, le métabolisme et les habitudes de vie de l’utilisatrice. Par exemple, la pilule progestative peut avoir un effet virilisant (poils, prise de poids, etc.) et entrainer des déprimes. Et la pilule combinée augmente le risque de cancer du sein et de l’utérus, le risque cardiovasculaire (Brahmbhatt et al., 2019) et le risque de thrombose veineuse (2 à 4 femmes sur 10 000 ; Vallée et al., 2013). 

La pilule a-t-elle réduit le nombre d’avortements ?

Non. De 1976 à 2010, la prise de contraceptifs hormonaux a augmenté et le nombre de grossesses imprévues a diminué, mais le nombre d’avortements annuel a augmenté (MSSS, 2011). Cela s’explique en grande partie par le fait que les femmes qui tombent enceintes de façon imprévue ont plus tendance à avorter que dans les années 80 (Bajos et al., 2004). 

Toutefois, le nombre d’avortements a diminué de 21 % entre 2003 et 2017 au Québec (de 26 997 à 21 203) ; cette baisse est probablement due au stérilet, dont l’utilisation a été multipliée par quatre sur la même période.

Y a-t-il une solution de rechange à la pilule ?

Oui. Les gynécologues vous le diront : aujourd’hui, on peut éviter une grossesse de bien des façons. S’il existait une méthode qui permette aux femmes et aux hommes de jouir sans contraintes et sans effet secondaire, il y a fort à parier qu’elle éclipserait toutes les autres !

Mais le fond du problème est bien ici : la fécondité est-elle vraiment une contrainte ? L’effet secondaire ultime est-il d’attendre un enfant ? 

Ou bien, la fécondité cyclique de la femme n’est-elle pas plutôt une dimension de sa beauté ? Et l’enfant, la fin la plus belle de l’amour ? 

Il y a certainement de meilleurs moments que d’autres pour enfanter. Cela dit, reporter une grossesse se fait aisément sans contraceptif grâce aux méthodes d’auto-observation du cycle menstruel (Billings, Serena et autres) qui ont une efficacité pratique supérieure à la pilule (Bhargava et al., 1996 ; Peragallo Urrutia, 2018).

Avec ces méthodes, aucun effet secondaire, mais une belle contrainte : la femme n’est plus disponible en tout temps pour s’unir. La jouissance n’est plus illimitée : pour éviter une grossesse, il faut s’abstenir une dizaine de jours par mois.

L’union des corps n’est peut-être pas toujours possible, mais qu’en est-il de l’union du cœur ? S’aimer et passer de bons moments ensemble ne nécessitent pas forcément une absence de vêtements. Et le désir d’union, loin d’être étouffé par des marques d’amour différentes, s’attise dans l’attente.

Références : 

Nathalie Bajos, Caroline Moreau, Henri Leridon, Michèle Ferrand, « Pourquoi le nombre d’avortements n’a-t-il pas baissé en France depuis 30 ans ? », Bulletin mensuel d’information de l’institut national d’études démographiques, n° 407 (décembre 2004), pages 1-4. 

H. Bhargava, J.C. Bhatia, L. Ramachandran, P. Rohatgi & A. Sinha, « Field Trial of Billings Ovulation Method », Contraception, Vol. 53, n° 2 (février 1996), pages 69-74.  

Yasmin Brahmbhatt, Maitreyee Gupta & Seyed Hamrahian, «Hypertension in Premenopausal and Postmenopausal Women», Current Hypertension Reports, vol. 21, n°10 (octobre 2019). 

Jonathan R. Bull, Simon P. Rowland, Elina Berglund Scherwitzl, Raoul Scherwitzl, Kristina Gemzell Danielsson & Joyce Harper, « Real-world menstrual cycle characteristics of more than 600,000 menstrual cycles », Nature Partner Journals Digital Medicine, vol. 2, n° 83 (août 2019), 8 pages. 

CHU de Québec, Contraceptifs oraux (la pilule), dépliant du planning familial, 2011. 

Giuseppina Di Meglio, Colleen Crowther, Joanne Simms, «La contraception chez les adolescents canadiens», Paediatrics & Child Health, Vol. 23, n°4 (juillet 2018), pages 278–284.

Donna Harrison, Cara Buskmiller, Monique Chireau, Lester A. Ruppersberger & Patrick P. Yeung Jr., «Systematic Review of Ovarian Activity and Potential for Embryo Formation and Loss during the Use of Hormonal Contraception», The Linacre Quarterly, Vol. 85, n°4 (janvier 2019), pages 453-469.

Jennifer Knudtson & Jessica E. McLaughlin, Le cycle menstruel, Le manuel Merck, 2016. Disponible sur : https://www.merckmanuals.com/fr-ca/accueil/problemes-de-sante-de-la-femme/biologie-de-l’appareil-genital-feminin/le-cycle-menstruel

Ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS), Taux d’interruption volontaire de grossesse, 2011. Disponible sur : https://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/statistiques-donnees-sante-bien-etre/statistiques-de-sante-et-de-bien-etre-selon-le-sexe-volet-national/taux-dinterruption-volontaire-de-grossesse/

Rachel Peragallo Urrutia, « Effectiveness of Fertility Awareness–Based Methods for Pregnancy Prevention », Obstetrics & Gynecology, Vol. 132, n° 3 (2018), pages 591-604. 

Jean-Pierre Vallée, Pierre Gallois & Yves Le Noc, « Risques vasculaires de la contraception estroprogestative », Médecine, Vol. 9, n° 3 (mars 2013), page 121-127.


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Ariane Beauféray

Mariée et mère de deux enfants, Ariane est doctorante en aménagement du territoire et développement régional et biologiste de formation. Elle s'intéresse à l'écologie intégrale (protection de l'environnement, du vivant, etc.) et développe de nouveaux outils pour aider la prise de décision dans ce domaine.

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