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Photo: Marie-Pier LaRose/Le Verbe

Le monde va mal, donc Dieu existe

Beaucoup trouvent que notre monde va mal. Notre vie ordinaire ne cesse d’être bouleversée depuis quelques années par les restrictions sanitaires, les incertitudes, les peurs, etc. 

Face à ce qui ne tourne pas rond, plusieurs options s’offrent à nous : chercher des solutions, poser des actions, choisir la résignation, et j’en passe. 

Il y a toutefois une piste peu connue et un peu folle que je voudrais vous proposer : et si les maux qu’on vit pouvaient nous aider à connaitre Dieu ? Ça peut sembler étrange, mais c’est Thomas d’Aquin lui-même qui nous y invite : « Puisqu’il y a du mal, Dieu existe ».

Divulgâcheur : il y a du mal dans le monde

Notre point de départ est assez clair : il y a du mal dans notre monde. Pas besoin de faire beaucoup d’études pour savoir que bien des choses sont mauvaises. Le mal est une évidence qui s’impose à toute personne dès qu’elle entre en contact avec la réalité.

Notons un point important au passage : ce mal qu’on expérimente tous, ce n’est pas un produit de notre imagination, une invention personnelle. Si chacun pouvait déterminer librement ce qui est mauvais, il n’y aurait plus de problèmes, plus de maux. On serait un peu comme des magiciens capables de faire que le mal soit un bien. 

Si le mal ne s’imposait pas à moi, mais qu’il était purement relatif, on pourrait en faire ce qu’on veut. Malheureusement, on voit bien qu’on ne possède pas un tel contrôle sur les maux qui nous arrivent…

Mal par rapport à quoi ?

OK, y’a du mal. Mais encore ? 

Quand on y réfléchit un peu, les maux n’existent jamais seuls. Le mal implique toujours un bien et une fin. C’est comme ça que les choses sont faites. 

Prenons deux maux que je connais : la myopie et la procrastination. Dans les deux cas, il n’y aurait pas de mal si je n’étais pas privé d’un bien : la claire vision et le travail. Autrement dit, le mal est toujours relatif à un bien, car il est simplement la privation d’un bien. C’est simple : pas de bien, pas de mal. 

Dans ces deux exemples, on voit aussi que le bien est en même temps une fin qu’on peut atteindre ou manquer. Pour notre œil, la claire vision est son bien, sa fin. Pour notre action, le travail est un bien, une fin. 

On est ici devant quelque chose de très gros, d’universel. Si une réalité n’était pas faite en vue d’une fin qui est son bien, aucun mal ne pourrait la toucher. Comment mes lunettes pourraient-elles être bonnes ou mauvaises si elles n’avaient pas de but ? C’est toujours par rapport à une fin qu’on évalue si une chose est bonne ou mauvaise. Lorsqu’on ne vise rien, on ne peut pas manquer la cible. Impossible d’être privé d’un bien qu’on ne désire pas !

Quand Dieu arrive dans l’équation

Maintenant, il faut bien se tenir, car c’est ici que Dieu débarque.

Sans l’existence d’une intelligence au fondement de tout, il n’y aurait pas de bien ni de fin dans notre monde. Avant de paniquer ou de sauter au plafond, prenons un petit temps pour réfléchir.

Revenons à mes lunettes. Comment sait-on qu’elles sont conçues par une intelligence ? Après tout, on n’a pas vu son concepteur. En fait, le raisonnement qu’on fait naturellement est assez simple : les différentes parties de mes lunettes n’ont pas pu s’ordonner toutes seules en vue d’une fin. Sans l’aide d’une intelligence, les choses ne s’ordonnent pas en vue d’une fin. C’est toujours la même chose : pas d’ordre sans ordonnateur. 

On va me dire que je vais trop vite : est-ce que le hasard ne pourrait pas expliquer l’ordre que le mal bouscule ? 

En fait, recourir ici au hasard n’est pas seulement improbable, mais strictement impossible. 

Dire qu’une réalité est ordonnée par hasard en vue d’un bien, c’est non pas éclairer, mais contredire la chose même qu’on veut expliquer. Pour bien le voir, regardons un exemple simple : imaginons que je trouve dans les bois un arbre couché par-dessus une rivière et formant un pont solide. On est ici devant deux options fondamentales et logiques : ou l’arbre a été couché pour faire un pont ou alors il n’a pas été couché à cette fin et le résultat est purement accidentel, le fruit d’un hasard complet.

Ici, on voit bien que le simple hasard ne vient pas expliquer, mais nier qu’une chose soit faite en vue d’une fin. Si c’est purement par hasard que l’arbre fait office de pont, ça signifie qu’il n’est pas ordonné à cette fin, mais qu’il produit accidentellement cet effet. Autrement dit, il faut faire un choix : une chose ne peut pas être réellement ordonnée en vue d’une fin et être en même temps le pur fruit du hasard. 

Attention, on n’a pas dit qu’il n’y a pas de place pour le hasard dans notre monde ! C’est seulement que le hasard ne peut pas être l’explication ultime de l’ordre qu’on observe. Le hasard ne peut qu’être une sorte d’instrument ou de moyen utilisé pour atteindre un bien. Un peu comme la personne qui cherche l’interrupteur dans le noir et qui agite ses mains au hasard sur le mur.

 Eh oui, on peut utiliser le hasard pour atteindre une fin !

De nouvelles lumières 

Le mal nous a aidés à voir que notre vie est marquée par un ordre et qu’elle dépend donc d’un ordonnateur ultime qu’on appelle Dieu. Il en va ici comme de plusieurs choses dans notre vie : on prend mieux conscience d’un bien lorsqu’on en est privé. 

Évidemment, plusieurs questions demeurent. On ne comprend toujours pas pourquoi Dieu permet le mal dans le monde et on n’a pas tout dit sur cette cause intelligente de notre monde. Cependant, notre réflexion jette de nouvelles lumières sur notre situation. 

Même si le mal reste souvent mystérieux et énigmatique, notre réflexion nous aide à voir que nous sommes faits pour une fin et par Dieu. Ainsi, le mal qui nous touche de bien des côtés ne saurait être complètement absurde. Derrière nos maux se cache et se révèle non pas un pur hasard ou une fatalité aveugle, mais une sagesse qui nous conduit et nous parle. C’est ce que C. S. Lewis résume habilement en parlant du problème de la souffrance : « Dieu murmure dans nos plaisirs, il parle dans notre conscience, mais il crie dans notre souffrance : c’est son hautparleur pour réveiller un monde sourd1. »

Notes:

  1. C. S. Lewis, The problem of pain, in Complete C. S. Lewis, signature classics, Ed. Harper One, 2007, ch. 6, p. 604. Trad. libre.

Jean-Philippe Murray

Jean-Philippe a étudié la philosophie à l’Université Laval. Il est ensuite entré au séminaire où il chemine présentement pour devenir prêtre. Il ne cesse pas d’être attiré par la Vérité qu’il cherche avec passion et embrasse partout où il peut la trouver.